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19 juillet 2009

pierre qui roule...

Boulders On Affiche

il est des soirs où on aimerait être une pierre.

un rocher.

un bloc.

plongé dans une mer chaude.

huileuse.

ressourçante.

être minérale. sans âme ni esprit.

juste pour le bonheur de cette eau chaude tout autour.

 

 

09 juillet 2009

trapéziste

peinture de Teefanny

 

prendre son élan

retenir son souffle

et se lancer dans le vide

sentir son coeur vibrer, frissonner, trembler.

sera-t-on capable d'y arriver ?

seule ?

bien cramponner ses pieds, serrer ses cuisses

mains libres

dos souple

âme légère

plonger vers un monde inconnu ?

tête la première.

sentir le sang nous monter à la tête

l'envie qui vient ensuite

adrénaline

impulsion neuronale

bonheur

et peur...

quand je serai grande, c'est sûr, je serai trapéziste...

08 juillet 2009

grives

photo Mandine

 

Les filles aiment être emmenées dans les coins à grives.

lèvres sucrées

bouche pleine

les filles ferment les yeux et disent : on est arrivés ?

bientôt

bientôt.

alors elles laissent la lune ronde les envelopper

elles ont les yeux qui brillent

les lèvres sucrées

et la bouche pleine.

Les filles disent : et si on changeait de coin ?

- Tu veux ?

- Non.

Les filles aiment être emmenées dans les coins à grives

la nuit quand les espoirs sont perdus

quand rien n'a plus de sens

quand la lune est ronde.

06 juillet 2009

Liane

elodie-danse_15.jpg photo Alexandre Maller

 

Quand les filles ondulent se déhanchent

Se déroulent se laissent aller à onduler

Elles sont liane

Elles s’enroulent se déroulent s’enroulent autour

Elles se propagent se déploient

Elle grimpent grimpent grimpent s’entortillent

Flexibles elles se cambrent ploient plient s’enroulent

Elle s’accrochent se décrochent

Liseron lierre ou clématite

Elle s’enroulent s’enroulent autour se déroulent

Se faufilent partout langoureuses filantes

Légères douces sauvages

Volubiles

Elle s’attachent se détachent

Liane

Grimpante

 

02 juillet 2009

le secret des animaux d'Afrique (suite)

je l'avais promis, je dois m'y tenir... (dommage, je n'arrive pas à vous montrer leurs dessins, magnifiques pourtant...)

Soudain, l'éléphant voit son copain l'hippopotame. Il se dit : Qu'est-ce qu'il est gros !

Et curieux comme il est, il regarde dans l'eau. Il se coince la trompe sius une pierre. Il veut se dégager, il tire... Sa trompe s'allonge et il sort de l'eau.

"ah ah ah !, crie l'éléphant, ça fait mal !"

 

Puis le serpent entendu du bruit et va voir ce qu'il se passe. La souris entend aussi du bruit, elle arrive.

L'éléphant crie  : "ah ah ! une souris !!!"

le serpent dit : "je vais l'avaler cette petite soruis !"

La souris croque la langue du serpent et s'enfuie. "aïe ! aïe ! aïe ! ma langue est toute fourchue !" hurle le serpent.

 

il va falloir encore attendre demain pour la fin...

28 juin 2009

peut-être...

La vie est comme une fleur, elle flétrie et se fâne par la vieillesse ou bien par par les maladies qui se propagent dans l'air.................

- maman ?

- oui, mon ange ?

- moi, quand je serai grande, je voudrais un amoureux tout beau.

- bien sûr... tu choisiras.

- tu sais comment il sera, mon amoureux ?

- non...

- il aura des yeux sombres, une grosse voix... parce que ça me fait toujours des "choses" au milieu du ventre quand j'entends des grosses voix. un peu comme des guilis...

- hum...

- et puis je voudrais qu'il soit un peu grand, un peu fort. et beau... les autres filles elles le regarderont elles diront "waow" quand elles le verront, mais lui, il regardera que moi... et aussi...

- oui ?

- je voudrais qu'il porte des chemises et des pantalons d'homme, qu'il boive de l'alcool parfois et qu'il fume. et qu'il dise plein de gros mots...

- non ???

- si ! mais il sera intelligent. très. il sera le chef. et les autres ils auront peur de lui... et même, quand je serai avec lui, moi, je n'aurai jamais peur... parce qu'il sera là... et quand on sera seuls, il m'embrassera toujours. parce qu'il aimera ça. et moi aussi. quand on sera seuls, il sera pas pareil...

- eh ben dis donc...

- et puis, il m'attendra les soirs où je danserai tard. et moi j'attendrai quand il aura des réunions. on se verra pas toujours. mais on s'attendra. comme ça, quand on se verra, ça sera toujours trop bien...

- et tu as décidé ça toute seule ?

- maman ?

- oui...

- tu crois qu'il était comme ça mon papa ??

- Oh... mon ange !

24 juin 2009

scènes de vie

scene-de-vie_04.jpg photo Alexandre Maller

 

- je n'ai besoin de personne. plus peur du vide. plus peur du manque.

- détends-toi.

- c'est mon histoire. ça ne regarde personne.

- je te trouve très... très...

- m'en moque. ce que tu penses m'importe peu.

- très... dure !

- va au diable !

- comme si je tapais dans un mur.

- c'est bon ? t'as fini là ?

- non... je voudrais te revoir...

- hum... je suis fatiguée...


pousser les volets. fermer les yeux. allonger son corps. et laisser l'absence l'envahir. encore. comme chaque jour.

une habitude. une respiration interrompue. souffle court. amputation éternelle.

l'air frais a du mal à rentrer à l'intérieur.

fermer les yeux. dormir.

 

20 juin 2009

chez elles

Alexandre Maller m'a contactée, suite à une photo de lui postée sur mon blog sur laquelle j'avais posé quelques mots.

comme une envie de mélanger les images et les lignes d'émotions en lettres noires.

je ne peux pas résister...

chez-elles_19.jpg

 

demain... entendre sa voix troublante. voir ses yeux tombants. désirer sa chemise, la toucher, l'enlever.

toucher la peau en dessous. sentir la fraîcheur de la bouche. sensuelle. pleine. excitante.

ce soir, demain et les autres jours encore... sa bouche. ses mains longues. ses mots crus. mon corps nu.

demain ou jamais. ça n'a aucune importance. au dehors l'air est si chaud.

 

28 mai 2009

liste

jouer de la guitare ne plus ronger les ongles défaire les boutons de ta chemise noire boire du rosé parler plusieurs langues perdre quelques kilos adopter une petite fille écrire mourir rire au vent porter des petites robes acheter du thé sauter en parachute me glisser sous la couette aller en Afrique ou en Inde rester trois jours au lit à boire de l'eau et lire être allongée au soleil croire en Dieu respirer faire mon bâptème de plongée oublier aimer ma mère danser aller au cinéma fumer me tricoter un pull dessiner aller au diable dire non

non

non

mode_11.jpg

photo Alexandre Maller

24 mai 2009

j'aurais pu

 

DSC00046.JPG ©  Camille Lesimple

j'aurais pu...

naître dans un pays en guerre perdre tous mes cheveux par un matin d"hiver me faire renverser par une auto et rester clouée dans un fauteuil roulant naître sans y voir devoir trier les déchets dans une décharge pour trouver de quoi survivre avoir un père alcoolique perdre le goût mourir de chagrin oublier de respirer détester la lumière du jour être battue à mort par un souteneur être réfugiée politique recevoir une balle perdue par un chasseur inconscient ne jamais grandir avoir le souffle court le sang qui bleuit dormir dans des cartons en pleine rue ne jamais connaître la saveur de l'amour le vrai vivre à une époque où les filles n'avaient pas le droit de lire me faire piétiner par un éléphant ne jamais pouvoir voter être mariée de force ne pas porter d'enfant en mon ventre rester prisonnière durant des années dans un lieu sordide ne jamais pouvoir te dire "je t'aime" me faire lapider pour sorcellerie ne jamais plonger dans la mer devoir attendre mon tour assister au coup de machette qui aurait tué mes parents ne jamais sentir une goutte de pluie devenir dépendante d'une drogue quelconque être achetée tomber d'un arbre et rester dans le coma casser des cailloux à Cayenne être enrôlée dans une secte me faire kidnappée par des trafiquants oublier mon nom ne jamais connaître la douceur de bras d'enfant autour de mon cou avoir un coeur de pierre des os friables un interdit bancaire...

 

19 mai 2009

blessée (3)

elle sent une odeur.

envoûtante.

Une chaleur dans le coeur. dans les veines. dans l'âme.

elle se redresse et avance. claudiquant.

elle repousse les branches qui lui barrent le passage et avance.

près du gros tronc, le petit paquet est toujours là.

elle passe à côté.

sourit.

elle traverse le chemin. et avance.

la route.

elle marche sur la route. claudiquant.

elle ralentit. un vague souvenir d'une vie d'avant.

d'une souffrance qui s'évanouit.

elle aperçoit la fine chaîne dorée abandonnée sur le bord de la route.

la ramasse.

la serre contre son coeur. et avance.

sourit aux passants qui se retournent sur sa lumière.

sourit aux oiseaux qui volettent au-dessus d'elle. revenus.

son pas est encore incertain. mais ses yeux brillent.

elle aspire longuement et respire profondément.

elle avance encore.

et quand fatiguée, elle stoppe un instant, elle se rend compte qu'ils sont des dizaines derrière elle à la suivre.

à suivre sa lumière.

hommes femmes enfants chats écureuils oiseaux...

un loup.

chef de meute.

elle sait. elle ne souffre plus.


° Ce qui m'empêche d'oublier °

18 mai 2009

blessée (2)

il est venu plusieurs jours.

la regarder.

enfin, l'apercevoir.

ce jour-là, il s'assoit sous un arbre et attend.

elle ne l'a pas vu.

elle avance, boitant.

- bonjour !

surprise. peur. grognement.

elle montre les dents et se drape dans ses vêtements recousus.

il parle. doucement.

quelques mots. puis d'autres.

cachée derrière le large tronc de l'arbre, elle écoute.

elle sent encore la douleur dans son corps, dans son âme.

il dépose un petit paquet au sol. tout petit.

et se lève enfin.

quand il se tourne vers elle, soudainement, il voit son visage sourire.

coup dans son coeur.

- j'étais venu pour vous voir. je vous ai vue... merci pour votre lumière... si peu commune... si vous permettez, je reviendrai...

mais déjà, elle est retournée se terrer.

seule.

un animal.

un loup.

souffrant encore.

 

° Ce qui m'empêche d'oublier °

17 mai 2009

blessée

elle était allongée sur le bord de la route.

pas vraiment allongée.

recroquevillée mais couchée.

l'oeil hagard, le cheveu hirsute, la peau crasseuse, elle ne ressemblait plus réellement à un humain.

un animal.

un loup.

blessé.

son corps tremblait et elle poussait de petits gémissements.

son corps était recouvert de petites plaies qui ne cicatrisaient pas et la faisaient se tordre de douleur.

quand la souffrance devenait insupportable, elle hurlait.

effrayant les passants, elle hurlait.

inquiétant les oiseaux qui ne volaient plus au-dessus d'elle, charognards de l'âme, elle hurlait.

un animal.

un loup.

blessé.

deux jours qu'elle hurlait ainsi quand elle entendit un bruit.

son coeur s'arrêta de battre. elle écoutait.

lui.

elle ne distinguait qu'une silhouette dans le lointain, ses yeux ne pouvaient plus regarder, aveuglés par la lumière du petit jour.

elle reconnut son souffle.

ses mots.

"alors, comment vas-tu ?", demanda-t-il en lui balançant un coup de pied direct dans les côtes.

elle serra les dents. ne hurla pas.

"dégage" eut-elle juste la force de murmurer, secouée de douleur.

un autre coup de pied. en plein ventre.

"écoute, moi aussi, j'ai mal. mais je fais ça pour toi. alors ne souffre pas. et guéris vite. c'est tout ce que je souhaite."

elle reçut le dernier coup de pied en plein dos, plus violent encore que les précédents.

et la douleur la fit vomir.

dernier hoquet de vie. dernier sursaut d'espoir.

deux jours qu'elle avait attendu un signe de lui.

pourtant.

elle ramassa ses vêtements qui flottaient sur son corps couvert d'ecchymoses, s'en drapa, serrant le tout comme un bandage et elle s'enfuit.

elle n'avait besoin que d'un coin à l'abri. un coin où il ne la verrait plus, ne la blesserait plus.

elle se terrait.

lêchait chaque jour ses plaies, se nourrissant de ce que la nature lui offrait.

écoutait le souffle du vent.

admirait les couleurs de la vie qui revenait, peu à peu.

mais elle respirait toujours mal.

et boitait lorsqu'elle arrivait à marcher.

elle essayait d'oublier ses mots : "je fais ça pour toi, alors guéris vite..."

essayait d'oublier ses maux.

un jour peut-être.


° Ce qui m'empêche d'oublier °

 

16 mai 2009

révélation (7)

Il saisit son téléphone, rectangle noir qui vibre en silence, se lève, s’excuse et sort de la salle de réunion pour écouter son interlocuteur.

- Oui ? J’espère que c’est urgent, je suis en plénière sur le budget triennal…

Il déambule dans le couloir.

Puis s’arrête.

Interdit.

-       Comment ?

Il raccroche d’un geste nerveux.

Il s’apprête à décrocher à nouveau, à appuyer sur les touches. Se ravise et glisse l’appareil dans la poche de son veston de lin.

Il entre à nouveau dans la salle et replonge dans la discussion,  absent.

D’abord reprendre ses esprits. Cette journée a été épuisante. Il a roulé longtemps pour arriver jusqu’au château de Mario Armino, couturier en vogue installé dans la région, qui organisait un défilé de sa nouvelle collection dans l’enceinte du château. Il a eu une invitation.

S’y est rendu avec excitation.

Petit, il adorait regarder les défilés des mannequins à la télévision, alors c’était un peu de son rêve d’enfant qui prenait forme.

Et puis, il a espéré, un instant, un vague instant, y voir Juliette.

Mais il avait mal lu l’invitation, tout à son émoi.

Le défilé au château, c’était pour la veille.

Il était reparti, déçu.

Alors, au retour, il a emprunté le chemin de terre où ils se sont vus pour la dernière fois, il y a trois semaines.

Mais il faisait noir et il avait une réunion pour délibérer sur le budget triennal.

Il n’avait pas osé la contacter. Ni se servir des informations à son sujet.

A cause de Martine.

Martine.

Elle n’avait pas oublié.

Et elle avait, à plusieurs reprises, posé des questions sur cette inconnue croisée sur le chemin.

Et puis, elle lui avait parlé de leur rencontre. Ce n’était pas la première fois que Martine jouait sur la corde sensible des souvenirs. Mais cette fois-ci, il s’était rendu compte que c’était différent.

Que cherche-t-elle ?

Et qui est cette Juliette ?

Martine avait évoqué l’année du bac. Elle avait manifesté dans les rues de Marseille.

Qu’est-ce qu’elle avait ri ce jour-là…

Elle parlait de ça avec nostalgie mais Paul ne comprenait pas pourquoi elle évoquait tout cela.

Ca remontait à si loin.

Voyons, combien d’années ?

Vingt-deux.

Oui, c’est ça, vingt-deux ans.

Martine Juan. Avant qu’il ne la connaisse.

La même, presque.

Quelques kilos en plus.

Et des cheveux blancs.

Il s’en voulait de ses pensées. D’accord il n’aimait plus Martine et il se demandait même s’il en avait été un jour amoureux, mais cela ne lui donnait pas le droit d’être amer envers elle.

Tout ça à cause de ce pantalon de viscose noir, fluide, qui avait dansé un jour au milieu de son chemin.

Pourquoi Martine et lui s’étaient-ils mariés ?

Est-ce que Martine l’avait aimé ?

Ou alors, elle s’était leurrée. Et avait gâché sa vie.

Il passe sa main sur son visage, geste devenu machinal, secoue la tête pour effacer le visage de Juliette qui ne le quitte pas.

Secoue la tête pour oublier son rire qui ne le quitte pas.

Son rire à elle. Cristallin. Enfantin.

Essaie de se reconnecter à la conversation.

Il entend les chiffres énoncés, les montants et les demandes d’explications de certains élus. Il voit les mines se fâcher, s’emporter, lui demander son avis du regard. Il ne peut que fuir.

Son esprit est ailleurs.

Il élude les œillades appuyées de ses collègues.

Depuis trois semaines, cette rencontre l’obsède.

Sur le chemin, avant de venir, il a refait encore et encore les mêmes gestes, a avancé lentement, s’est garé et a attendu.

Espéré.

Attendu.

Vérifié l’heure. Vingt heures. Presque. Il lui restait quelques minutes pour se rendre à la réunion de la communauté de communes.

Il se doutait bien que personne ne viendrait.

 

Vingt jours qu’il s’interroge, veut comprendre, analyse, réfléchit. Trois semaines qu’il est débordé et ne peut agir comme il  le veut.

Vingt nuits que ses rêves sont troublés. Il se revoit vingt et un ans plus tôt. Lorsqu’il a rencontré Martine.

Et la réalité le rattrape. Vingt et un ans, c’est si long. Et si court à la fois. Il n’a guère vu les années passer.

Tellement de choses ont changé.

Il ne se sent plus en phase avec le Paul de l’époque. Aujourd’hui il est enfin sûr de lui, déterminé. Il sait ce qu’il ne veut plus être. Ne veut plus vivre. Il est devenu exigeant. Voilà, c’est ça, exigeant.

Il écoute les hommes et femmes qui l’entourent. Entend les décisions. Lève le doigt. Vote acquiesce. Les mots frappent dans sa tête.

Les voix l’étourdissent.

Il respire. Profondément.

Il voudrait oublier l’appel de tout à l’heure.

Mais il sait qu’il est trop tard.

La reverra-t-il un jour seulement ? Seulement eux deux ?

 

 l'âge d'homme

 

14 mai 2009

révélation

l'épisode 7 arrive.

mais, histoire de vous tenir en haleine, je vous soumets un petit test :

- à votre avis, qui a laissé un message sur le téléphone de Juliette ?

- et quelle est la teneur du message ?

 

 

allez, allez, faites travailler votre imagination...

12 mai 2009

révélation (6)

oui, je sais, j'ai mis longtemps avant de continuer...

mais j'ai fait ce que j'ai pu...

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Elle saisit son téléphone, rectangle rose qui vibre en silence  : messagerie vocale. Un nouveau message.

Elle s’apprête à décrocher, appuyer sur les touches et écouter.

Se ravise et pose l’appareil sur la table de la cuisine.

D’abord prendre une douche. Cette journée a été épuisante. Elle a roulé longtemps pour arriver jusqu’au château de Mario Armino, couturier en vogue installé dans la région, qui organisait un défilé de sa nouvelle collection dans l’enceinte du château. Elle a eu une invitation.

S’y est rendue avec excitation.

Petite, elle avait rêvé de devenir styliste, alors c’était un peu de son rêve d’enfant qui prenait forme.

Et puis, elle a espéré, un instant, un vague instant, y voir Paul.

En vain.

Paul comment déjà ?

Paul Frémin.

Oui, c’est ça. Paul Frémin.

Au cocktail qui a suivi, elle a cherché désespérément son visage dans la foule.

En vain.

Alors, au retour, elle a emprunté le chemin de terre où ils se sont vus pour la dernière fois, il y a trois semaines.

Mais il faisait noir et elle savait qu’il n’y aurait personne.

Elle n’a pas cherché à le retrouver. Ni à obtenir des informations à son sujet.

A cause de Martine.

Martine Juan. Elle n’a pas oublié.

C’était il y a combien d’années déjà ?

L’année du bac, elle s’en souvient. Elles avaient manifesté ensemble dans les rues de Marseille.

Qu’est-ce qu’elles avaient ri ce jour-là…

C’est là que tout avait commencé.

Donc, combien d’années ?

Vingt-deux.

Oui, c’est ça, vingt-deux ans.

Martine Juan.

La même, presque.

Quelques kilos en plus.

Et des cheveux blancs.

Que faisait-elle là ? Est-ce un hasard ? Habite-t-elle dans les environs ? Avait-elle un rendez-vous ce jour-là ? L’a-t-elle reconnue ? Elle n’en sait strictement rien mais si la vie les a remises sur la même route, c’est qu’il y a une raison.

Lui.

Peut-être…

Paul…

Martine et lui se connaissent, elle en est sûre. Elle se dit qu’ils sont peut-être amis ?

Amants ?

Mariés ?

Martine mariée ? Impossible…

Ou alors, elle s’est leurrée. Et elle a dû gâcher sa vie.

Elle a envie de rire. Son rire à elle. Cristallin. Enfantin.

Depuis trois semaines, cette double rencontre l’obsède.

Martine Juan. Justement.

Vingt-deux ans après.

Sur le chemin, elle a refait les mêmes gestes, a avancé lentement, s’est garé et a attendu.

Espéré.

Attendu.

Vérifié l’heure. Vingt heures trente-cinq.

Et accepté que personne ne viendrait.

 

Vingt jours qu’elle s’interroge, veut comprendre, analyse, réfléchit. Trois semaines qu’elle est débordée et ne peut agir comme elle le veut.

Vingt nuits que ses rêves sont troublés. Elle se revoit vingt-deux ans plus tôt. Et la réalité la rattrape. Vingt-deux ans, c’est si long. Et si court à la fois. Elle n’a guère vu les années passer.

Mais pour elle, rien n’a changé.

Elle se sent être la Juliette de l’époque. Légère, joyeuse, non conventionnelle, rebelle, sûre d’elle, déterminée. Sans aucune inquiétude sur l’avenir.

Elle essuie ses cheveux dans une onctueuse serviette blanche, secoue la tête.

Sourit encore.

Monte dans sa chambre et enfile une longue chemise de coton.

Puis redescend pour écouter enfin le message laissé sur son téléphone. Les mots frappent dans sa tête.

La voix l’étourdit.

Elle respire. Profondément.

Quand elle l’écoute à nouveau, elle sait qu’elle va le revoir un jour. Elle ne sait plus si elle en a tellement envie.

Finalement…

 


 

 

30 avril 2009

suspens

elle sent les petits cheveux humides qui lui chatouillent le nez. elle aime cette odeur d'amande et de lait.

elle aime sentir son petit corps si léger qui s'appuie contre elle.

elle aime ses petits doigts posés sur sa peau.

petits doigts comme une caresse.

petits doigts maillons fragiles de cette chaîne qui les relie.

elle ferme les yeux et se laisse bercer par le mouvement de son corps, de son coeur.

elle laisse le sommeil l'envahir.

demain, ils doivent se lever de bonne heure pour l'infirmière.

les soins.

la douleur.

encore.

elle se dit juste avant de plonger dans un rêve d'éternité que ce soir encore elle a dormi contre son petit corps et que ça, la vie ne le lui prendra jamais.

et comme chaque fin de journée, elle prie pour qu'il y en ait d'autres.

cadeaux.

moment partagés.

vie en suspens.

son enfant.

40257~Mere-a-l-enfant-Affiches.jpg

(j'ai trouvé cette belle illustration sur le site d'helenablue)

27 avril 2009

petites filles

les petites filles voient grand

elles espèrent en demain

espèrent en leur père

confiantes souriantes légères

les petites filles tricotent leurs rêves

la nuit quand le loup rode sous leur lit

le jour quand elles dansent dans la cour

avec les autres enfants

quand les poésies s'écrivent sur les cahiers

les petites filles mettent des pulls trop grands

de leur père

ou pas.

nues.

elles lèvent les bras lèvent les pieds lèvent les yeux

haussent les épaules

et s'en vont

confiantes souriantes légères

traverser le grand champ calme

leur vie

aujourd'hui

demain

bientôt

 

16 avril 2009

objets perdus

Objets perdus

photo de Laurence Leblanc (Objets perdus)

 

sur le vieil agenda craquelé

quelques mots griffonnés

vestiges d'un temps passé

un hier jamais abordé

 

Minâ feuillette sans réfléchir le vieil agenda trouvé derrière la pile de combinaisons en satin. armoire lourde et poussiéreuse.

elle a du s'y reprendre à trois fois avant de réussir à tourner la clé dans la serrure de la porte.

armoire lourde et ancienne.

elle regarde les murs au papier peint défraîchi. depuis combien de temps cette maison n'a-t-elle pas été habitée ?

elle s'imagine : la vie, les gens, le bruit, la musique, les cris, l'amour... 

un jour un homme et une femme se sont aimés sur ce grand lit abandonné.

son grand-père et sa grand-mère.

elle se lève, se rassoit. un peu plus fortement.

le sommier grince. elle s'amuse. 

elle croit voir les paquets multicolores empilés sur le haut de l'armoire les veilles de Noël. elle sourit en pensant aux combinaisons de satin qui ont du dormir bien des nuits par terre, jetées après des enlacements fiévreux.

elle caresse le bois.

armoire lourde et vivante.

elle prend le temps de lire quelques lignes du vieil agenda mais les mots la traversent et ne restent pas en elle.

elle sent juste une vague odeur de vanille rance.

elle cherche alors une trace laissée entre les pages gondolées.

un doux billet.

un vieux ticket.

une fleur séchée...

 

Minâ referme le vieil agenda. elle va être en retard. aujourd'hui elle retrouve Léo. après des mois d'absence, il revient. diplôme en poche.

elle tourne la clé dans la lourde armoire poussiéreuse et tapote sur le dessus du lit pour lui rendre sa netteté.

met l'agenda dans son sac. pense à Léo. se sent heureuse.

 

08 avril 2009

légéreté

lever le voile

poser les bonnes questions

réponses en moments suspendus

gouttes d'absolu.

créer des images

inventer un horizon

prendre son élan

s'envoler

ne plus se retourner.

 

flavie_flament_voile_reference.jpg