10 juillet 2010
S.O.S. (3)
Et Francine avait commencé à avoir peur. Sérieusement peur.
Alors, bravant les interdits elle était partie voir sa fille. Elle l’avait trouvée tuméfiée, lèvres boursouflées, yeux gonflés et noircis.
Elle le savait.
Francine le savait depuis le début. Les histoires se reproduisent en cycles générationnels.
Ce n’était pas juste.
Bénédicte avait accepté de passer l’après-midi avec sa mère. Avait raconté qui était ce Marco.
Videur de boite de nuit depuis plusieurs années, Marco Balestra avait rencontré Bénédicte au cours d’une soirée festive organisée par les étudiantes infirmières.
Bénédicte avait accompagné ses copines dans cette boite de nuit branchée et avait certainement bu plus que de raison.
Lorsque Marco lui était tombé dessus, argumentant son attitude trop aguicheuse, Bénédicte avait ressenti la violence de ses coups de poing sur son visage au diapason de la violence des battements de son cœur qui craquait pour l’homme fort et musclé qui la tabassait.
Francine écoutait, se retenant de pleurer. Pourquoi avait-il fallu que ça arrive à Bénédicte ? Elle avait déjà tellement donné, elle, quand elle était jeune femme et elle espérait en avoir suffisamment parlé pour éviter que le drame ne se reproduise.
Mais, obstinée, Bénédicte ne savait que lui répéter : Je l’aime, c’est l’homme de ma vie, tu sais, et puis il n’est pas toujours brutal. Juste quand il rentre fatigué et saoul. Ou qu’il est contrarié. Sinon, c’est un homme merveilleux tellement attentionné et si amoureux aussi…
Ca, Francine n’en doutait pas, elle connaissait la chanson sur le bout des doigts.
Il lui avait sûrement dit également qu’il ne pouvait vivre sans elle, parce qu’elle était sa source d’équilibre et que grâce à elle, il allait changer et se contrôler.
Francine était repartie mortifiée ce soir-là. Mais Bénédicte l’avait convaincue de lui faire confiance, elle savait ce qu’elle faisait, elle n’était plus une enfant et elle allait faire sa vie avec Marco, quoi qu’on puisse lui dire.
Pour Francine l’attente avait pris sa place dans sa vie. Elle savait qu’un jour ou l’autre, le téléphone sonnerait. Elle croisait les doigts pour qu’il ne soit pas trop tard alors.
Depuis cinq mois, Bénédicte n’appelait plus.
23:58 Publié dans un peu de moi | Lien permanent | Commentaires (16)
Commentaires
Écrit par : cheyenne / Laura Millaud | 11 juillet 2010
il faut vivre cela pour le comprendre... l'emprise amoureuse...
n'est-ce pas ?
Écrit par : calouan | 11 juillet 2010
Écrit par : cheyenne / Laura Millaud | 11 juillet 2010
on me l'a racontée récemment.
alors je l'ai crachée dans une nouvelle, toujours pour dire, prévenir, avouer...
et l'ai envoyée à un concours de nouvelles.
on verra.
je suis comme toi, je ne sais pas ce qui retient ces femmes-là mais cette Bénédicte-là elle y est encore, avec lui, des gnons partout et le coeur en écharde...
j'aime que tu réagisses.
mes écrits ne souhaitent ni gloire ni succès, juste partage et réaction...
Écrit par : calouan | 11 juillet 2010
Les motifs de Benedicte, c'est autre chose.
Tu nous diras les resultats du concours de nouvelles, ca m'interesse. C'etait le sujet ?
C'est parceque c'est toi que je me permets de reagir ! :))
Écrit par : cheyenne / Laura Millaud | 11 juillet 2010
oui, je dirai sur mon blog si je suis nommée un jour dans un concours (on peut rêver !!).
la mère et la fille, pourtant jusqu'à présent très liées, se sont disputées. réellement. le genre de violence verbale qui blesse et détruit.
la mère n'ose plus intervenir. et encore moins contre le gré de sa fille. j'ai appris moi aussi qu'on ne peut sauver les gens malgré eux. et qu'on DOIT les laisser à un moment maîtres de leur vie... c'est un peu ce que j'écris ici...
Écrit par : calouan | 11 juillet 2010
Parfois on n'y peut rien.
Même pas en y laissant notre peau.
Juste d'espérer qu'une autre main se tende.
Pour les aider.
Pour nous aider.
Écrit par : Babelle | 11 juillet 2010
Juste conserver le lien ou en tout cas leur garder la porte ouverte .
C'est bien de pouvoir parler avec vous.
Écrit par : cheyenne / Laura Millaud | 11 juillet 2010
garder la porte toujours ouverte, toujours,
le lien tissé au fil des années se conserve,
enfin je crois.
Je le vois.
Écrit par : Babelle | 11 juillet 2010
Parce que c'est vrai que ça terrifie, cette impuissance de la maman.
Mais toutes les filles, heureusement, ne courent pas vers le danger!!!
Décidément, elle nous touche, cette histoire.
Écrit par : Babelle | 11 juillet 2010
et un jour, leur fille leur dit : tu es trop nulle, tu ne sais rien, tu m'as toujours étouffée ou au contraire pas assez aimée ou...
bref, un jour les mères reçoivent ce terrifiant cadeau de l'indépendance de leur fille.
un temps, et on espère un temps seulement, l'enfant ne reconnaît plus la mère, la renie, la rejette.
et tout l'amour du monde ne peut panser la plaie qui saigne abondamment.
et tout l'amour du monde est parfois bien malmené quand l'orgueil est bafoué, quand on se sent rejetée, oubliée, reniée...
l'amour a ses limites.
il faut savoir aussi se sauvegarder parfois...
je crois.
ce qui n'empêche nullement de laisser la porte ouverte.
Écrit par : calouan | 12 juillet 2010
je réagis pour les rapports mères filles, bien entendu.
Écrit par : Babelle | 12 juillet 2010
mais quand l'affecte est en jeu, difficile de résister à la tornade de leur souffle...
une histoire en rappelle toujours une autre, des mots d'autres mots...
Écrit par : calouan | 12 juillet 2010
;))
Écrit par : Babelle | 13 juillet 2010
Écrit par : Babelle | 13 juillet 2010
Et je suis "contente" de voir que cet épisode a suscité tant de discussions, surtout de la part de mères... en effet cela fait peur d'imaginer être à leur place, voir son enfant, sa fille foncer droit dans le mur sans pouvoir rien faire à part attendre qu'elle ait un déclic.
C'est si important de parler de ces faits, ces réalités pour certaines, bravo à toi Calouan d'en parler, de dénoncer par tes mots!
Écrit par : Sabbio | 24 juillet 2010
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