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18 juillet 2017

mon fils, ma bataille

on ne s'y attend pas.

on garde des images dans notre tête, des odeurs, des sensations, on croit que rien ne change.

lui et moi on était fusionnels.

petit bout d'homme accroché à ma taille, à mon cou, à ma vie, à mon moi. la prolongation de mon moi.

chaleur, partage, connexion... 

l'un et l'autre rivés.

j'ouvre les yeux cet été et trouve un homme en face de moi. toujours fusionnel, rivé, connecté, mais grand, musclé, barbu, souple... 

je n'en reviens pas.

le petit bout d'homme est devenu une montagne carrée, solide, si tendre.

Image du Blog angeltm.centerblog.net

dessin tiré d blog d'Angeltm

dys

je viens de suivre une formation sur les troubles d'apprentissage pour les enfants "dys" et haut potentiel (HP) inadaptés dans un circuit scolaire classique, tellement largués quand il faut être dans le moule, tellement riches de tout ce qui ne se voit pas.

 enseigner est une chose,

écrire pour les enfants en est une autre,

toucher du doigt les difficultés que peuvent rencontrer les apprenants tout au long de leurs apprentissages me paraît être le fondement de l'évolution de mon travail.

je ne sais pas où cela va me mener, mais j'ai ouvert une caverne d'Ali Baba et je sens qu'un trésor est à y découvrir...

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12 juin 2017

Romanie

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maintenant j'habite un autre pays
maintenant, je vis en Romanie
je ne sais pas pourquoi mais je sais celui
j'ai mis mes affaires dans un caddie
le vert, celui de ma mamie
j'ai tout posé au pied du lit
la force des mains, les frissons, les envies
merci

07 juin 2017

avertissement

le doigt s'est tendu vers elle, pointant son coeur réduit en cendres :

- toi, tu seras seule. encore. tu croyais quoi ? que tu allais t'en sortir comme ça, avec une pirouette ?

elle met un genou à terre, incapable de tenir debout.

- tu croyais quoi, dis-le ? qu'il suffisait d'un baiser langoureux, une nuit à deux, un catalogue de belles promesses et tout allait changer ? non, mais c'est à hurler de rire ! tu es pathétique ma pauvre. pa-thé-ti-que !

les mots sont autant de coups qu'elle reçoit en plein ventre.

- tu seras seule, encore. tu retourneras aux doutes, aux errances, aux larmes, aux regards en biais, aux regards ennemis. tu te demanderas pourquoi, ce que tu as bien pu faire pour subir ça, tu penseras que tu en as fait trop, ou pas assez. tu ne sauras plus. plus jamais. tu erreras.

elle se plie en deux. douleur intense.

- tu n'oublieras pas. tu ne pourras pas. et tu resteras seule. encore. parce que c'est ainsi que tu dois être.

20 février 2017

PNE

voilà, cette année encore, c'est officiel, je fais partie des 50 nouvelles pré-sélectionnées parmi les 271 envoyées au Prix de la nouvelle érotique...
j'ai reçu ce message (voici un extrait) qui me permettra de patienter jusqu'au 25 mars à minuit, pour apprendre que je ne suis pas la gagnante mais tant pis, encore une fois le plaisir était au rendez-vous...

"Cher(e) auteur(e),

Félicitations ! Votre nouvelle est retenue parmi les 50 textes qui participeront aux délibérations finales du PNE 2017 !

C'est avec une immense joie que nous vous confirmons le passage déterminant de l'étape des présélections. Nous vous félicitons très sincèrement, car faire partie de cette short-liste révèle d'ores et déjà chez chacun(e) d'entre vous un niveau d'écriture et d'imagination particulièrement appréciable.

Que cela soit structurel ou le fruit d'une combinaison de planètes favorable le soir du 29 octobre, vous avez su retenir l'attention du jury de présélection.
"

29 janvier 2017

écriture

au commencement il y avait la peur, le souvenir des mots durs, des regards sans âme, des absences, des oublis, des manquements.

il y avait la peur devenue familière, ancrée, encrée dans l'histoire pour longtemps.

la peur a porté l'encre, le stylo, la main. la peur a brouillé les pistes, tordu les tripes, entortillé les courages, tué les initiatives, démoli la confiance.

il y a eu ensuite les coups du sort, les coups du hasard ou les mauvais coups tout courts, enchainés, accumulés, déstabilisants, déroutants.

pas facile de croire.

pas facile d'avancer. de continuer, de ne plus avoir peur, de prendre des risques, de le faire..

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14 janvier 2017

poings et pieds liés

je ne sais plus comment c'est arrivé, comment j'en suis arrivée, là.

je l'aime bien, mon gosse, pourtant.

mais je ne sais pas assumée. ma mère m'a souvent répété que je n'étais qu'une godiche, elle me surnommais "Oneba, l'idiote".

oui, je me nomme Oneba, et je suis le cinquième enfant d'une famille d'agriculteurs ivoriens, mes parents n'ont jamais passé beaucoup de temps avec nous, on a grandi par nos propres moyens, on a poussé à l'air libre, comme on n'a pu. je ne sais pas ce que c'est qu'éduquer un enfant, je ne sais pas ce que c'est qu'être mère.

mais je voulais étudier. ça, je me l'étais jurée. oh, pas devenir énarque, ni avocate, mais avoir un diplôme, un vrai et trouver un travail respectueux.

c'est pourquoi je rêvais de venir en France. pour nous, en Côte d'Ivoire, la France c'est l'Eldorado. j'allais chaque jour à l'école et je travaillais dans un coin, le soir, pour faire tous mes devoirs. j'étais une élève sage, courageuse. pas très futée, mais travailleuse.

je ne sais plus vraiment, ou je refuse de savoir, comment j'ai laissé Cauphy m'approcher, alors que je serrais les dents pour réviser mon bac, mais il m'a mise dans son lit et il m'a engrossée.

enceinte, pleine, et mon rêve qui s'envolait. j'allais avoir dix-huit ans.

David, c'est un enfant facile, comme s'il avait toujours senti qu'il ne fallait pas me déranger, il s'est toujours adapté à tout, il ne pleure jamais, il ne demande rien.

je ne sais plus comment c'est arrivé, mais Kevin l'a trouvé "empoté" dès les premiers jours. il n'est pas empoté mon gosse, il est juste réservé, il n'ose pas, il ne dit rien, il s'adapte, il accepte, il ne demande rien.

Kévin, je l'ai connu quand j'ai enfin pu venir en France. mes grands-parents m'ont gardé David pendant que je bossais dans un bar en travaillant mes cours.

je m'en sortais comme je pouvais, Cauphy s'est vite fait la malle, avoir un gamin ce n'était pas pour lui, merci, au revoir.

mais j'ai réussi, et avec David dans mes bagages, je suis venue en France.

je voulais juste un homme, qui m'aime, me respecte et me permette de rester vivre là.

je ne voulais pas ce qui est arrivé. je ne suis vraiment qu'"Oneba, l'idiote".

 

Un petit garçon, âgé de 8 ans, a été retrouvé mort dans une baignoire à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) mercredi 11 janvier. La mère de la jeune victime et son compagnon, soupçonnés de l'avoir torturé et tué. Depuis plusieurs mois, l'enfant aurait, "de manière régulière, fait l'objet de sévices très appuyés, de coups et à certaines occasions était entravé par des liens", a-t-on indiqué de même source. Le jour du drame, l'enfant aurait été à nouveau puni et frappé avant de devoir supporter "la punition de la baignoire", emplie d'eau froide. Il aurait été entravé aux chevilles et aux poignets avec des liens, retrouvés ensuite dans l'appartement. Né en Côte d'Ivoire et élevé par sa grand-mère, David avait rejoint sa mère en France fin août dernier. Âgée de 26 ans, celle-ci était venue en France en 2008 pour poursuivre des études de droit. Elle était actuellement femme au foyer. Âgé de 31 ans, son compagnon travaillait comme ouvrier au moment des faits.

 

11 octobre 2016

la couverture jaune

il vit là, sur une couverture jaune allongée à même le sol, au dessus de la bouche d'aération, devant un petit hôtel presque familial, il vit là livré au regard des passants, aucune intimité pour se mettre à l'abri des regards, toute sa vie déballée sur ce trottoir froid.

il a des yeux doux, ses cheveux poivre et sel sont coupés courts et sa barbe est bien entretenue, ses yeux coulent, il sort un paquet de feuilles de papier toilette soigneusement pliées les unes avec les autres, les unes sur les autres, les unes dans les autres, il en extrait une s'essuie les yeux lentement ses mains tremblent et puis il replie le reste des feuilles en un même paquet soigné qui replace vite à l'intérieur de son veston, poche précieuse de tout ce qui est vitale. et le papier toilette est vital.

sur sa couverture une bouteille de vin pas encore ouverte c'est le matin peut-être attendra-t-il un peu avant de la déboucher et tout le monde pourra commenter sur son besoin d'alcool lui qui est livré au regard des passants alors que tant d'autres personnes boivent de l'alcool dès le matin mais cachés chez eux, à l'abri des regards scrutateurs, même parfois validés par leur fonction, des alcooliques mondains, des professions pressés et débordés qui boivent sans que personne n'ait rien à redire, alors que lui...

est-ce parce qu'il était déjà dépendant qu'il en est arrivé là ? est-ce d'en arriver là qui l'a rendu dépendant ?

vaste débat ce matin avec un collègue "alcoolique anonyme" et surtout vaste question que celle des gens qui vivent dehors à même le sol, comme des chiens.

je pense à mon fils, et je l'imagine un jour lointain où je ne serais plus en vie et où personne ne viendrait saisir sa main tendue. mon coeur se serre.

et les larmes coulent sur mes joues du désarroi de cette société.

17 septembre 2016

vendanges 2

Cécile a 33 ans.

Elle a arrêté l'école tôt, est vendeuse dans une chouette boulangerie mais avec des patrons qui profitent de sa gentillesse. depuis un peu plus d'un an, elle a rencontré Alex qui été le colocataire du mec avec qui elle sortait à l'époque.

coup de foudre.

ils vivent ensemble à présent.

quand elle était plus jeune, elle a passé un concours pour entrer dans la police car son père est flic.

premier grade, avant garde champêtre. elle a réussi. elle a un poste, qui désormais n'existe plus, où elle bossait comme un garde champêtre mais était moins payée.

pendant deux ans, elle a vécu au milieu de flics "ripoux". souvent, on entend "ne généralisons pas, il y en a des biens, c'est comme partout...", sauf que là, Cécile l'affirme : ils sont tous corrompus, et ceux qui résistent se font emmerdés et finissent par craquer.

de nombreuses fois ses "collègues" et supérieurs, de fait puisqu'elle avait un grade en dessous de tout, l'ont coincée dans un coin pour tenter de la peloter, ou lui faisaient des réflexions déplacées.

elle a vu des fllics arrêter des jeunes qui avaient du shit sur eux, les verbaliser, confisquer leur came et se cacher dans un parc pour fumer leur butin. elle a vu tant de choses qui l'ont choquée qu'elle a démissionné.

elle s'est retrouvé sans rien, mais elle a préféré. pour elle, être flic ce n'était pas ça. elle n'a pas supporté.

aujourd'hui elle est vendeuse dans une boulangerie.

comme quoi, tout le monde a le choix de ne pas faire un boulot où on passe son temps à emmerder les gens sans les protéger. même une petite nana sans ressources mais intelligente !

je suis contente de l'avoir rencontrée..

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12 septembre 2016

vendanges

Richard a 60 ans, c'est un ancien toxico qui fume encore des joints. de ces années "folles" de sa jeunesse il en garde un stigmate à vie : le sida.

ce fils de gendarme a tout remis en question, l'autorité, la société, le travail, le lien avec les autres..

il aime la même femme depuis 35 ans, a une seule fille et a vécu tant de choses qu'il raconte raconte raconte..

j'ai croisé son regard clair au milieu d'un visage à la peau burinée au-dessus des ceps de vigne, sous un beau soleil.

je me nourris de ses histoires, de sa personnalité, de tout ce qu'il m'apprend et je ne peux m'empêcher de penser que l'humain est un réservoir de découvertes, de ressentis, tellement passionnants, je ne m'en lasse pas.

je savoure toutes ces occasions qui me sont données de rencontrer des gens, différents, uniques, riches, de les écouter, de comprendre un peu le fonctionnement de l'Homme.

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28 août 2016

mes deux filles

mes filles sont belles, je me dis depuis plusieurs jours.

au dedans.

au dehors.

leur force, leur caractère, leurs idées, leur vision du monde.

leur courage, leur sourire, leur tendresse, leur rage.

depuis toujours, être leur mère est une incroyable aventure, pleine de surprises, d'émotions, de coups au coeur, de sourires béats.

mes filles sont belles.

 huile de William-Adolphe Bouguereau, 1901

 

"Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande sœur et la petite sœur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d'œillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l'extase."
 
 
"Mes deux filles" de Victor Hugo (1802-1885) (La terrasse, près d'Enghien, juin 1842)

 

16 août 2016

baiser d'amour, éveil des sens

"Le bon vieillard voulut l'en empêcher, mais il eut beau faire, le prince ne l'écouta pas. Or, les cent années étaient justement écoulées et le jour était venu où la Belle au bois dormant devait se réveiller. Lorsque le fils du roi s'approcha de la haie d'épines, il vit de magnifiques fleurs qui s'écartaient d'elles-mêmes sur son passage et lui laissaient le chemin. Derrière lui, elles reformaient une haie. Dans le château, il vit les chevaux et les chiens de chasse tachetés qui dormaient. Sur le toit, les pigeons se tenaient la tête sous l'aile. Et lorsqu'il pénétra dans le palais, il vit les mouches qui dormaient contre les murs. Le cuisinier, dans la cuisine, avait encore la main levée comme s'il voulait attraper le marmiton et la bonne était assise devant une poule noire qu'elle allait plumer. En haut, sur les marches du trône, le roi et la reine étaient endormis. Le prince poursuivit son chemin et le silence était si profond qu'il entendait son propre souffle. Enfin, il arriva à la tour et poussa la porte de la petite chambre où dormait la Belle.
Elle était là, si jolie qu'il ne put en détourner le regard. Il se pencha sur elle et lui donna un baiser. Alors, la Belle au bois dormant s'éveilla, ouvrit les yeux et le regarda en souriant."

 

La Belle au bois dormant

 

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09 août 2016

Mon amour... Ce matin...

Mon amour... Ce matin...

les ombellifères sont accueillantes,

les pipistrelles sont somnolentes,

le petit chat mordille les pieds,

dans la cuisine l'odeur du café,

sur les ronces les mûres noires,

dans mon coeur un doux espoir

 

Mon amour... Ce Matin...

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08 août 2016

rêve partagé

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"On ne peut pas tout partager, il faut s'aménager un jardin secret. En avançant dans la vie, on acquiert cette sagesse fondamentale qui vous indique les rêves qui sont à partager et ceux qui sont à garder secret."

L'Oeil du léopard - Henning Mankell

je veux aller au bout du bout, avec toi, mon homme délicat...

07 août 2016

fantasmes

elle écrit en pensant à lui

elle ne sait pas qu'il existe

elle soupire en pensant à lui

elle ne sait pas comment il est

mais elle rêve de ses caresses

de sa chaleur de sa douceur de sa force de son sourire de ses mots de ses mains de son dos accueillant de ses yeux qui brillent de ses désirs de ses envies

elle ne sait pas qu'il existe

et pourtant...

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22 juillet 2016

eternamento

elle le regarde dormir, grand oiseau aux ailes repliées, grand corps fin aux allures de prince.

elle a quatorze, lui presque dix-huit, elle dort à ses côtés mais l'instant d'avant il la serrait contre lui, il lui disait des mots rares, des mots qui n'appartiennent qu'à eux. il pose ses mains sur son corps, petite femme, et elle sait.

elle le regarde dormir et elle a l'impression d'avoir attendu tant d'années avant de le croiser enfin.

il est venu la chercher avec sa mobylette, il portait la veste de costume de son père et elle, des baskets colorés. ils ont filé à travers la ville, libres, heureux, profondément heureux. ils ont roulé jusqu'à la mer... la Lune était pleine. il l'a couchée sur le sable, il l'a embrassée.

elle a quatorze ans, lui presque dix-huit et rien ne sera plus jamais pareil...

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14 juin 2016

endormie

c'est un moment particulier, elle ne bouge pas, elle est endormie, elle respire doucement, le vent frais entre par la fenêtre entr'ouverte, déjà quelques oiseaux gazouillent, et les géraniums trônent fièrement sur la balcon, ils sont heureux d'avoir survécu à un drôle d'hiver, d'être encore là, tâches de couleur dans ce paysage matinal, dehors la vie reste assoupie, bientôt tout va réveiller, elle va se réveiller, mais pour le moment il est seul debout à la regarder, seul à assister à cette scène, sa belle dormeuse glissée sous un drap blanc, une épaule qui dépasse, un de ses pieds qui joue les indisciplinés et s'extrait du matelas, il est là seul et il se dit qu'il voudrait que cela dure, que cela ne cesse pas, que cette douceur, cette fragilité-là ne décident pas de lui faire faux-bond un matin d'orage, il se penche, respire l'odeur de son cou, cette peau laiteuse mollement affalée sur le lit, il passe délicatement son nez derrière son oreille, il laisse le temps en suspens quelques minutes, il la regarde encore, elle gémit dans son sommeil, mais ne se réveille pas, il est temps pour lui de partir.

il dépose délicatement un baiser sur l'arrondi de son épaule.

c'est un moment particulier.

Afficher l'image d'origineLa Dormeuse - Tamara de Lempicka

 

03 juin 2016

petit poucet

c'est bête je n'ai plus de cailloux, j'aime bien ce jeu.

jeter des cailloux en cachette sur les gens qui passent. je vois bien leur tête quand le petit projectile leur tombe dessus. je ne m'en lasse pas. mon père me répète à chaque fois que ce n'est pas bien, que je vais avoir des ennuis et que je dois être respectueux. il fait des gros yeux tempête mais je sais qu'il ne m'arrivera rien. 

maman a demandé : on s'arrête pour faire une pause ?

papa a répondu : oui.

je me suis dit : youpi, je vais pouvoir lancer des cailloux sur les passants.

encore une fois, mon père m'a grondé : ne refais plus jamais ça !

j'ai hoché la tête mais quand je me suis éloigné pour faire pipi, je n'avais qu'une idée en tête : ramasser quelques petites pierres.

je les glisserai dans la poche de mon pantalon et quand on roulera à nouveau, j'ouvrirai la vitre et je les jetterai.

j'aime bien ce jeu.

euh... est-ce que c'est par là que je suis passé ?

mais oui, pourtant, j'en suis certain, il y avait ce gros arbre et aussi ces branches par terre.

mais pourquoi il n'y a plus papa ni maman, ni même la voiture ?

je ne suis pas fou, ils étaient bien là il y a cinq minutes. est-ce qu'ils ont disparu ? c'est peut-être le monstre de la forêt qui les a emportés ? j'ai entendu dire qu'il y avait un ours méchant qui rôdait par ici.

c'est sûr, il a du les emporter.

il faut que je me cache, sinon il va venir me chercher aussi. 

mon papa ! ma maman ! il faut que je les retrouve !

 

Yamato Tanooka, 7 ans, avait disparu samedi soir sur l’île d’Hokkaido, au nord du Japon. Il avait été laissé sur le bord de la route par ses parents en guise de punition, car il jetait des cailloux sur les passants. Durant 5 jours, le petit garçon a bu de l'eau mais n'a rien mangé. il avait faim et il avait une température corporelle bien basse mais il était sain et sauf.

21 mai 2016

la femme de l'ambassadeur

elle n'ouvre la bouche que pour acquiescer, boire une gorgée de café, mieux écouter.

la femme parle, parle, parle. son flot de paroles est fluide, tellement riche. elle parle du Nigéria, de Légos, de la Hongrie, Séville, Vienne, Haiti, la Lybie, Israël, de la politique, les élections demain à Vienne qui s'avèrent dangereuses, des concepts humanitaires, l'eugénisme, la transhumanité, de la Silicone Valley, GAFA, Hilary Clinton, Donald Trump, le CRISPR-Cas9, le trafic d'enfants, de sexualité, de Xaviera Hollander, de films à voir, de livres à lire, des années 70, 80 ou 90, des articles qu'elle a écrits.

elle est fascinée. la femme est journaliste. Le Monde, Libération, L'Evènement du Jeudi...

elle a connue la femme à Vienne, en Autriche. elle avait eu un coup de foudre, une nuit entière passée à parler, à écouter, à partager, à rire.

depuis, elles se revoient. et toujours ces moments sans heures, où elle peut lancer la femme sur de multiples sujets, et écouter.

elle se demande comment on peut vivre une vie aussi chargée, aussi palpitante, retenir autant de choses depuis tellement d'années, la vie des gens qu'elle peut raconter avec tant de détails, tant de gens, de personnalités, d'histoires. avoir été dans tant d'endroits, le faire encore et encore, comprendre toutes les politiques, toutes les civilisations, les périodes de l'Histoire...

la femme est imbibée de tous ces souvenirs qui sont si entiers, si réels.

elle se dit que tant de gens vivent des vies fades. que c'en est même dingue !

la femme est passionnée, humble, inquiète mais consciente. elle ne côtoie que des gens comme elle. elle a vu tant et tant. elle a vécu tant et tant. rien n'est insipide dans ce qu'elle raconte. rien, rien, rien. et parfois un éclat de rire qu'elles partagent, soulagées de pouvoir être aussi légères. après les mots nobles, les mots crus. 

elle se dit que la femme ne doit jamais disparaître. 

 

 

 

07 mai 2016

un nouveau monde

le corps est grand, très grand, équilibré, dosé.

la peau est lisse, douce.

l'odeur est subtile, raffinée, poudreuse.

les yeux sont bleus.

le sourire charmant.

l'humour est pertinent, vif, irresistible.

des mains ne sort aucune promesse.

des lèvres ne sort aucun reproche.

si on fait le tour, on ne trouve pas de cordage, pas de chaîne, pas de lien.

pas de ronces blessantes.

pas de pulvérisation de poison destructeur.

dans le lointain le ciel est clair, immense, sans nuages.

venir, partir, revenir, repartir.

pas de passeport, de visa, de douanes.

pas de frontières, de territoires limités.

un univers à explorer, à l'infini, sans lassitude.