07 décembre 2009
journado
samedi matin avait lieu la présentation officielle à Aix, mairie annexe quartier Nord, du journal créé et réalisé avec les jeunes journalistes que j'ai accompagnés.
vous vous en souvenez, je vous en ai parlé régulièrement ?
le journal a remporté un tel succès que le n°2 nous est commandé pour 2010.
alors le voici :


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06 décembre 2009
écureuil
dans Twilight, Edouard dit à Bella : "je ne peux pas vivre dans un monde où tu n'es pas..."
- je suis sûre qu'il aurait pu dire ça...
- oui.
- tu crois qu'il va faire comme Edouard, qu'il va revenir ?
- peut-être mais sous une autre forme. il a déjà vécu sa vie d'homme, alors s'il revient ce sera un... écureuil !
- un écureuil ?
- oui, je le crois vraiment.
- d'accord...
s'il vous plait, si vous croisez un écureuil, prenez-en bien soin...

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05 décembre 2009
juste une ombre
Mais je crois t’avoir vu
Pas plus tard qu’hier
Je te distingue dans le monde
Des images de toi
J’en vois 25 à la seconde
Mais je crois t’avoir vu
De mes propres yeux
J’en suis presque sûre
J’en mettrais ma main au feu
Mais c'était juste une ombre,
C’était juste une silhouette qui ressemble à toi,
C’était juste une ombre
Je recherche quiconque…
Mais C'était juste une ombre, c'était juste une silhouette qui ressemble à toi, c’était juste une ombre
Je recherche quiconque te remplacera.
Mauss & Charlie
"Je recherche"
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jardin
Ton salon ne désemplit pas. Je pense à tes murs. Tes tableaux. Les marches de l'escalier en colimaçon qui mène à ton jardin. J'ai toujours été pressée de partir. De courir. De croquer ma vie à pleine bouche. Toi, tu étais dans la dégustation. "L'arbre est comme le bon vin, disais-tu. Il faut en connaître l'année. La nuance du vert. L'âge. L'odeur. La saveur." Tu étais en admiration devant un abricotier que tu avais fait planter par ton jardinier. Tout près d'un bougainvillier. Ils s'étaient accouplés. Le grimpant avait pris ses aises sur le tronc. Si bien qu'on ne distinguait plus l'un de l'autre. (...)
De ta main tu m'indiquais ton jardin. Tu voulais que je les vois tous les deux. Je hochais la tête : "Je sais, je sais. La preuve du rêve est dans les arbres. Suis pressée. Pas le temps. Je regarderai demain."
Demain n'est pas venu. Ta mort, oui.
Hyam Yared
"Sous la tonnelle"
je reste ta liane. enroulée à ton tronc.
et "ce livre sur la transmission, l'amour inconditionnel et surtout la rigueur des libertés essentielles" est notre jardin.
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04 décembre 2009
lumière
elle dormait dans un cocon d'épines.
elle dormait pour rêver. elle rêvait de liberté et d'espace.
quand elle se réveillait il y avait les barreaux en or massif autour du cocon. elle posait ses mains tremblantes sur les barreaux et regardait au loin.
rêvait de s'envoler là-haut. là-bas.
elle pensait au jour où un ange viendrait avec la bonne clé afin d'ouvrir la cage autour du cocon épineux. alors elle pourrait le suivre.
un jour, elle a compris. elle a retiré une à une les épines du cocon et en a fait une scie.
ça a pris du temps mais elle a réussi. et lorsqu'elle a voulu scier les barreaux de la cage, l'ange est apparu.
ouf ! soupirait-elle, j'ai eu peur de ne pas y arriver. peur d'être trop fatiguée pour scier tous les barreaux.
il a ouvert la cage et l'a emportée vers un monde de lumière et d'étincelle. il a fait briller un magnifique feu dans son coeur pour réchauffer ses mains tremblantes et son âme glacée.
il répétait : ce feu vient de toi, c'est ton amour qui l'alimente. je ne fais que rajouter des bûches pour que jamais il ne cesse.
elle est allée là-haut là-bas. elle pensait à sa scie toute neuve qu'elle n'avait même pas utilisée et à tous ces voyages qu'elle faisait.
avec lui. sans lui aussi. parce que ses ailes déployées l'entrainaient plus au-delà de ses rêves.
il l'encourageait : vole tu es un ange toi aussi. vole !
un beau soir, l'ange est parti. emporté par ses rêves et sa lumière.
il a laissé les bûches. pour que jamais le feu ne cesse.
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03 décembre 2009
épicerie : début
elle est assise sur le lit attentive. Evismoten parle de sa voix douce et posée. il lui tend la petite bouteille de champagne ouverte sans accessoire qui perle un peu. elle lèche la mousse qui entoure le goulot mais ne quitte pas des yeux l'homme sage qui lui fait face.
Evismoten a toujours été là quand son âme s'emmêlait. sage, doux, patient, à l'écoute.
elle aime sa force morale et son apparente force physique.
Evismoten est fait de pierres blanches et friables qui charpentent un être aux certitudes ancrées. Evismoten se déplace par mouvements lents réfléchis. Chacun de ses pas est une poussée terrestre qui emporte un peuple tout entier.
elle est assise sur le lit attentive et l'alcool coule lentement dans sa gorge. elle est déjà grisée par l'invraisemblance du moment les bulles pétillantes l'enivrent un peu plus. pourtant son esprit est alerte.
Evismoten trinque et parle. parle et observe. observe et sourit.
- c'est ce soir ou jamais que nous devons nous laisser aller aux confidences.
elle acquiesce. elle ne sait même pas pourquoi "ce soir ou jamais" mais elle acquiesce. par cette impossibilité, qui caractérise sa relation avec cet homme, de désapprouver quoi que ce soit.
elle est assise sur le lit attentive et il la rejoint. face à face de mots d'histoires de souvenirs enfilés sur un collier d'émotion.
elle écoute et s'étonne. elle s'étonne et pleure. elle pleure et parle.
surprise de la profondeur de l'échange elle parle pleure écoute et ne pense plus à rien d'autre qu'à ce qu'elle entend.
il la serre contre lui tremblant. Evismoten est empli des mots des autres de tous ces mots qu'ils lui livrent par touches diffuses et qu'il collectionne précieusement. ces mots qu'ils connait choisit assemble. mais il ne les partage que rarement. ou pas comme ça en tous cas. pas dans l'air du temps. il les partage sur des feuilles de papier qui s'empilent sur son bureau.
rarement dans l'air du temps.
quand les mots ont séché quand les larmes coulent seules libres et désengagées de quelque nouveau souvenir elle se lève ouvre la porte et sort.
- bonne nuit. il est temps de nous reposer un peu.
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01 décembre 2009
cassure

"Notre coeur peut devenir fort à l'endroit de la cassure."
Jack Komfield
(pour Gaëlle : voilà décembre qui pointe son nez... tu vas pouvoir respirer...)
22:20 Publié dans une maille endroit | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30 novembre 2009
recroquevillée
la pluie. elle n'a jamais aimé la pluie. jamais.
le vent le froid d'accord mais la pluie... cette eau à moitié pas en totalité. elle préfère plonger dans la piscine. nager. se mouiller en entier.
le chat a traîné le filtre dans l'escalier. sur les marches elle a balayé le café parsemé.
elle a pensé à ses baisers leurs bonheurs leurs projets. elle se passe des films elle s'en crée.
elle a révisé la musique avec l'ainée. le miroitement des harmonies ça les a bien fait rigoler.
elle a compté ses sous a été acheté des fruits et des loukoums - ouf elle a assez - et parlé avec Francis. et pleuré aussi. pleuré.
elle voudrait ne plus parler. recroquevillée.
le chauffe-eau est réparé.
elle pense à Lilas Lolita Angelito et Hugo. et leur papa. elle se demande ce qu'ils font s'ils sont heureux. elle voudrait les retrouver.
elle s'est dit : comment c'est possible encore une journée ? une journée sans lui sans l'entendre le voir le respirer ?
elle sait que ça sera toujours ainsi désormais.
et ça... Seigneur s'il vous plait...

14:16 Publié dans une maille endroit | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
29 novembre 2009
Roussillon
aujourd'hui je serai au Salon du livre et de l'illustration jeunesse de Roussillon...
un magnifique village du Vaucluse en ocre et chaleur...
je vous imagine nombreux en Parisie mais si jamais ils en restent par ici...


07:36 Publié dans une maille envers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
3 semaines
j'ai cliqué "3 semaines" sur Internet car aujourd'hui cela fait 3 semaines... 3 douloureuses semaines...
et j'ai découvert cette étonnante association qui a comme objectif de s’occuper d’enfants en difficultés, difficultés morales, difficultés sociales, difficultés dans leur santé,...

une coïncidence qui n'en est peut-être pas une...
allez savoir...
07:32 Publié dans fil de coton | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28 novembre 2009
haut...
voilà, c'est imminent...
mon premier recueil de nouvelles.
je le dédie à l'homme que j'aime, pour toujours...
parce qu'il est en moi chaque seconde chaque particule de temps...

aux éditions Quadrature (vous pouvez le commander à partir du 10 chez votre libraire ou chez l'éditeur directement, les frais de port sont offerts... je le signale juste en passant...)
12:39 Publié dans une maille endroit | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
à toi à moi
Elle ne peut pas faire tout le chemin (...)
Elle vient en chantant elle ne sait rien faire d'un instrument
(...)
Elle vient muette elle ne sait rien faire des mots (...)
Elle est venue amoureuse elle n'est venue que pour ça
S'il n'y avait pas eu d'espoir elle ne serait pas venue
Et il n'y aurait pas eu de cris dans la ville
(Il n'y aurait pas eu de ville).
"La chanson basse de Corbeau" (1970)
Ted Hughes

08:26 Publié dans une maille envers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27 novembre 2009
au vent
Je n'ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu'on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien
Le vent l'emportera
Ton message à la grande ourse
Et la trajectoire de la course
A l'instantané de velours
Même s'il ne sert à rien
Le vent l'emportera
Tout disparaîtra
Le vent nous portera
La caresse et la mitraille
Cette plaie qui nous tiraille
Le palais des autres jours
D'hier et demain
Le vent les portera
Génétique en bandoulière
Des chromosomes dans l'atmosphère
Des taxis pour les galaxies
Et mon tapis volant lui
Le vent l'emportera
Tout disparaîtra
Le vent nous portera
Ce parfum de nos années mortes
Ceux qui peuvent frapper à ta porte
Infinité de destin
On en pose un, qu'est-ce qu'on en retient?
Le vent l'emportera
Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J'emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi
Le vent les portera
Tout disparaîtra
Le vent nous portera
17:34 Publié dans fil de coton | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26 novembre 2009
bidonville
quand Marie-France Coudurier arrive à Arequipa cette année-là elle découvre une femme seule avec ses enfants dans un bidonville insalubre. les enfants ont faim et il n'y a vraiment rien à manger.
pour elle il y a urgence.
quelques années plus tard, "Bambins des bidonvilles", l'association qu'elle a créée a permis l'installation d'une cantine (le comedor) où les enfants de l'école viennent déjeuner.
les femmes du village ont trouvé une raison de partager. d'exister.
aussi Marie-France Coudurier ne veut pas s'arrêter là. Outre la crèche (la cuña) qui existe et accueille les enfants, l’association tend à se développer afin de devenir autonome. un nouveau bâtiment est en construction et Marie-France, qui va régulièrement au Pérou, veille à ce que tout évolue rapidement. d’ici peu "Bambins des Bidonvilles" s’agrandira et accueillera une boulangerie (de fabrication française), des ateliers de tissage, une salle pour le gardien et quelques bureaux.
Marie-France pourra alors lancer d’autres projets dans d’autres bidonvilles d’Arequipa et peut-être du Pérou.
ça mérite un peu d'attention. Marie-France Coudurier se déplace en vélo et draine ainsi des nouveaux adhérents régulièrement.
un bien beau projet...

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épicerie : sous la treille

Violette sentait le froid qui s'engouffrait dans le col de son manteau. elle frissonna et remonta le col de lainage épais.
elle aperçut la devanture accueillante et se décida à pousser la porte.
tout était calme au dedans et elle apprécia la douce chaleur qui l'envahit immédiatement. elle se promena au milieu des rayonnages et lut les étiquettes qui s'offraient à son regard.
"idioties en bobines" ; "petits messages à tricoter" ; "palabres emmêlées"...
elle se dit qu'elle allait trouver ici ce qui allait la délivrer.
personne ne vint déranger sa recherche alors elle s'aventura au fond de la boutique. elle découvrit une porte vitrée entrouverte. des bruits s'en échappaient. des murmures.
elle s'approcha et assista à un spectacle qui retint toute son attention. sur une large terrasse surplombée d'une treille se tenait une femme attablée. elle n'était pas seule et sur la grande table en faïence s'étalaient des cahiers et des feuilles. elle vint plus près et écouta ce qu'il se disait.
- montre les quadrilatères que tu vois sur cette feuille...
elle distingua un petit être pelotonné sur les genoux de la femme.
elle toussa.
- hum... excusez-moi...
cela eut pour effet de faire sauter le petit être hors des genoux et Violette découvrit une petite boule de laine d'où s'échappait quatre membres frêles et pâles. une tête ronde en dépassait. Un large sourire fendit le visage et elle put constater que la bouche était édentée.
- je ne voulais pas vous déranger, s'excusa-t-elle...
- je vous en prie j'arrive répondit la femme d'une voix où elle devina des relents de tristesse.
Toutes deux se regardèrent avec affection sans bien comprendre pourquoi et la femme se leva frôlant une liane de la treille qui lui chatouilla les cheveux.
elle entre dans la boutique et pousse la porte vitrée.
- continue tout seul mon amour je vais revenir...
son corps ne la porte presque plus. elle s'accoude au comptoir et demande : alors, vous cherchez quelque chose de précis ?
- oui...
le silence qui suit a quelque chose de chaud de rassurant. leurs yeux parlent pour elles.
- je vous écoute.
- eh bien... je voudrais des mots magiques...
elle fait mine de ne pas comprendre.
- oui... enfin... des mots en kit pour une formule magique.
en un éclair un nom flotte dans sa tête : Evismoten.
elle se dit qu'elle n'a jamais pensé à ça. à se crocheter des mots magiques pour apaiser sa peine.
elle ne peut empêcher la douleur de lui vriller le ventre.
ne pleure pas. cette cliente est là pour une chose bien précise et ce n'est pas un hasard... pas aujourd'hui.
- d'accord. on va vous trouver ça. mais je n'ai pas l'habitude de ce genre de demande. ça va prendre un peu de temps il semble.
- j'ai tout mon temps.
L'épicerie des mots quel drôle d'endroit...
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25 novembre 2009
épicerie : cache-cache

"maman, cherche-moi... sais-tu où je suis ?"
elle sent son coeur se serrer. cette voix douce, encore enfantine, elle l'aime tellement.
elle bouscule les cartons : "filins de mots désolés" "chutes de colère étouffée" "pelotes de mots décorés" -tiens ça sent Noël, soupire-t-elle- elle fait du bruit de façon intentionnée.
elle crie avec une certaine mesure : "allons, montre-toi..." alors que son regard n'a pas quitté la boule de laine qui respire doucement sur le canapé.
elle avance à pas de loup, mimant tout de même une quête qui se poursuit.
et soudain, elle place ses bras en cercle et entoure la boule de laine qui sursaute.
- oh tu m'as trouvé !
- je t'ai fabriqué je t'ai aimé dorloté engraissé je ne vis que pour toi et tes sourires alors n'oublie jamais cela : je te trouverai toujours, où tu que sois...
une petite tête rougie par la chaleur du lieu qui la confinait apparait alors, édentée et rayonnante.
- tu m'entends ? où que tu sois je te trouverai toujours...
- tu crois ?
- non j'en suis certaine. tu es en moi. tu résonnes en moi.
elle s'arrête avant de poursuivre ses confidences. les larmes sont là encore encore encore.
et si il en était de même pour Evis ? si elle restait connectée à lui quoi qu'il arrive quoi qu'il se passe au dehors ? si au-dedans dans son âme dans son être il s'y trouvait pour toujours ?
la douleur au creux du ventre se fait sentir plus violemment que jamais et elle regrette ces moments de doutes. ces moments où elle sent que des vautours s'arrachent l'âme de son Evis. que des mains invisibles le manipulent pour le faire entrer dans des boîtes des caisses des bobines...
Evis ne la quittera jamais et même si le futur est un temps qu'elle récuse à utiliser désormais elle sait qu'elle n'a pas besoin de ces démonstrations publiques pour vivre avec lui en elle. pour vivre avec ce merveilleux amour qu'ils ont partagé. et dont personne ne peut deviner l'intensité. même les vautours aux yeux aussi acérés que leurs griffes...
elle embrasse tendrement la boule de laine et murmure : je t'aime.
elle sait qu'Evis l'a entendue.
- allez, il est l'heure d'ouvrir l'épicerie, on est en retard ce matin !
10:49 Publié dans une maille endroit | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24 novembre 2009
épicerie

le jour est déjà levé quand son réveil retentit. elle sursaute. elle ne dormait pas pourtant l'instant d'avant.
du moins il lui semblait.
que toute la nuit elle ne s'est pas endormie. qu'elle n'a pas pu. l'alcool partagé avec ses deux amis hier les larmes qui gonflent son coeur et débordent si souvent le manque le manque le manque. terrible.
elle a hurlé durant des heures qu'elle ne voulait pas vivre sans lui. elle l'a hurlé dans sa tête. parce qu'il y a les enfants les voisins les autres. tous les autres.
elle dormait pourtant et la sonnerie criarde la fait sursauter.
à la radio elle entend François Bayrou. elle l'a vu une fois. à Bordères. Bordères...
ça y est les larmes sont de nouveau là.
l'eau de la douche est froide. le cumulus doit avoir un problème pense-t-elle. elle s'en moque. eau froide eau chaude. rien n'a d'importance.
elle enfile un jean un pull noir et attrape les clés en appuyant sur la touche de la cafetière. il n'y a que ça qu'elle arrive à avaler le matin. un café bouillant. et pendant qu'elle entend le glouglou du café qui passe elle descend le long escalier étroit qui mène à la boutique.
elle dispose les derniers arrivages : "pelote de mots d'humeur" "mots d'amour en fils dorés" "mots satyriques en filoche" "poésie de mots à l'envers" "écheveau de mots en rire".
elle place les mots sur les étagères. recule d'un pas pose un regard circulaire sur sa boutique : "l'épicerie des mots" sera ouverte dans un quart d'heure. elle a juste le temps de boire son café de se mettre deux gouttes d'"Opium" derrière les oreilles (c'est Evis qui lui avait offert ce gel de parfum) de mettre un trait de crayons sous les yeux pour qu'on ne voit pas qu'ils ont pleuré toute la nuit et de moucher son nez.
elle soulevera bientôt le rideau de fer et laissera entrer les premiers clients.
elle préparera un thé "nuit à Mogador" et disposera quelques cookies que sa fille a confectionnés dans une assiette.
début de la journée.
une autre journée.
sans lui. sans Evis.
soyez bienvenus à l'épicerie des mots...
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23 novembre 2009
1000e
voilà arrivée la 1000e.
note.
pas note de musique. ni note d'évaluation.
note. à partager. des mots. tricotés entre vous et moi.
je veux rendre hommage aux comédiens que je suis allée voir encore une fois hier et qui donne vie à ce spectacle pour lequel j'ai participé à l'écriture : Picacubes (comme ça, si le papa de Lucas passe par là, je lui adresse mon salut...).
si vous voulez découvrir Laurent Kiefer qui joue le rôle de Picasso.
il y a également Brigitte Quittet, Charlotte Hamer, Laurence Chanot et la sublime Sofi Szoniecky. sans oublier les enfants : Lucas, Manon, Anna, Alexane, l'"alma" de ce spectacle...
je devais y aller hier avec mon homme d'amour. j'y suis allée seule. alors cette 1000e note est aussi pour lui.
encore.

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22 novembre 2009
lever du jour
"Je n'aime pas le matin, la lumière du jour qui revient. Schumann l'a compris, Robert, ce cher Robert dont les Chants de l'Aube étaient ceux de la folie, ceux de l'asile.
Atroce déception quotidienne que le réveil : avoir à délaisser le sommeil si riche en couleurs, en dimensions, en significations, pour la pâle pauvreté du réel, où l'on n'a d'autre choix que d'avancer, mettre bêtement un pied devant l'autre... Chaque matin la chute.
Chassés et l'Eden et condamnés à trainer notre corps, notre poids, notre nudité, notre douleur. Où me blottir ? Pourquoi se réveiller ? De quel droit me force-t-on ... ? Les coqs ont raison, qui hurlent en apercevant les premières lueurs de l'aube. Moi aussi, le lever du jour me donne envie de pousser des cris perçants. Se retrouver ici et maintenant, c'est un scandale."
Nancy Huston
"Prodige"
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21 novembre 2009
pont
"Doors" d'Arman Stepanian
"un pont est montré
qui conduit le monde quotidien
des perceptions sensibles dans le temps
au royaume de la connaissance intemporelle"
Lama Amagarika Govinda
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