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07 mai 2016

un nouveau monde

le corps est grand, très grand, équilibré, dosé.

la peau est lisse, douce.

l'odeur est subtile, raffinée, poudreuse.

les yeux sont bleus.

le sourire charmant.

l'humour est pertinent, vif, irresistible.

des mains ne sort aucune promesse.

des lèvres ne sort aucun reproche.

si on fait le tour, on ne trouve pas de cordage, pas de chaîne, pas de lien.

pas de ronces blessantes.

pas de pulvérisation de poison destructeur.

dans le lointain le ciel est clair, immense, sans nuages.

venir, partir, revenir, repartir.

pas de passeport, de visa, de douanes.

pas de frontières, de territoires limités.

un univers à explorer, à l'infini, sans lassitude.

07 avril 2016

profession de foi

peu importe que je ne sois pas jolie

tant pis si je ne suis pas polie

peu importe que je ne sois pas conforme

que je ne respecte pas les normes

je vais au bout de ce que j'entreprends

je respecte la vie et les gens

chaque jour, chaque jour

je reinvente le monde avec amour

pour que mes enfants soient heureux

et qu'ils aient confiance en eux

je ramasse les graines de douceur

 que je peux trouver sur mon chemin

maintenant dans mon coeur

je cultive un petit jardin

je tiens debout malgré les tempêtes

et avance bille en tête

et quand la fatigue se fait sentir

je me dis que j'ai évité le pire

un seul remède pour guérir

respirer, continuer et sourire

02 avril 2016

le sens

un jour l'enfant est né.

les entrailles, l'enfant, la vie, le sang, le sens.

la vie a eu un sens.

et tous les autres sens ensuite.

et tous les autres signes après.

on pense qu'on n'aura plus froid, plus mal, plus peur.

parce que l'enfant est né.

et après l'autre enfant. et encore l'autre.

les sens après les sens.

une construction, un empilement.

un jour l'enfant naît et on devient bâtisseur.

pourtant on finit par oublier.

on oublie les sens. et les autres sens ensuite.

et les autres signes.

même si la vie a eu un sens.

et un jour le sens revient. la vie avec du sens, le sens de la vie.

on sait pourquoi.

pourquoi un jour l'enfant est né.

 

la-mere-et-lenfant-4.jpeg

photo Carol Letanneur

 

13 février 2016

dance floor

Jessica se trémousse sur la piste de danse et sa robe remonte sur ses cuisses. Il faut dire qu'elle a choisi volontairement de porter cette robe souple qui ressemble plus à un tube qu'à une robe, cette robe qui s'arrête au-dessus du genou si elle ne bouge pas mais remonte systématiquement sur ses cuisses dès qu'elle fait un pas.

Jessica a dix-sept et demi et elle s'est autorisée les escarpins à talons 14 cms qu'elle cache dans le fond de son armoire pour que sa mère ne les trouve pas.

elle trouve qu'elle ressemble à Cheryl Cole dont elle a vu les photos dans People. 

c'est sûr que si Arthur la voyait ainsi, il en serait vert. ça lui apprendra à ce sale con de l'avoir larguée. "j'ai besoin de faire un break" qu'il lui a dit. il n'y pensait pas trop au "break" quand ils passaient toutes leurs après-midis dans sa chambre, au lieu d'aller en cours.

mais il va regretter ce con ! Jessica s'en veut. elle n'aurait pas du céder.

cet après-midi avec Laura, elles ont fait des essais dans la salle de bains, essais de tenue, essais de maquillage. pour ce soir, Laura a réussi à chiper à sa soeur ses escarpins couleur argentée, ça claque ! avec sa jupe tube aussi, gris clair, c'est assorti.

Laura est grande et voluptueuse. elle aussi a bien l'intention de rentrer avec un mec ce soir. elle en a assez d'être toujours la bonne copine. elle va leur montrer combien elle déchire.

le petit top qu'elle porte gonfle ses seins et elle dandine en avançant la poitrine, afin d'être bien certaine que les garçons la matent bien.

Jessica descend en écartant légèrement les jambes et en cambrant les reins. elle descend le long de la jambe du garçon qui s'est approché un peu plus près, comme s'il s'agissait d'un pole dance et remonte tout aussi langoureusement.

bientôt ils sont quatre, puis cinq. 

elle agite sa chevelure épaisse, elle ondule des hanches, sa robe est remontée jusqu'en haut de ses cuisses, elle s'en moque, ce soir elle est la reine de la fête et Arthur n'est pas là.

Jessica a dix-sept ans et dans un coin de la salle il y a cette femme qui la regarde tristement en pensant à tous ces combats menés pour le respect de la femme, à ces manifestations contre la violence et la crasse des hommes à leur égard. en pensant qu'elle aimerait bien pouvoir lui expliquer à cette jeune fille qu'elle a certainement bien d'autres qualités qui pourraient lui permettre d'être aimée.

 

25 novembre 2015

violence

Joanna regardait Dylan en souriant.

- Je suis bien content que tu aies accepté mon invitation à aller au restaurant, ce soir.

- D'ordinaire c'est toujours moi qui choisis les hommes qui me plaisent. C'est la première fois que je me laisse faire.

Dylan n'en revenait pas. Cette fille était très belle, très sensuelle, pulpeuse à souhait avec un côté très sauvage, presque masculin. Tellement intelligente aussi.

Ca faisait deux heures qu'ils discutaient, passant d'un sujet à un autre, sans temps mort, culture, politique, sport... Philosophie aussi. Même ils avaient abordé la psychologie.

Quand il l'avait ramenée, jusqu'à sa voiture elle avait murmuré "et si je venais chez toi ?"

Il n'avait pas su résister.

Mais il s'était juré de ne "rien faire" avec elle. Il n'était pas ce genre d'hommes. Lui, il voulait une vraie histoire, une histoire d'amour qui dure sur le long, très long terme avec des enfants pour parsemer cette histoire-là. 

Il ne voulait pas d'un plan Q, il était près à patienter pour que ça marche entre Joanna et lui.

Elle était venue 3 jours avant, pour la première fois à son cours de boxe, parce qu'un ami lui en avait parlé.

Elle était restée juste scotchée par la forte puissante de ce jeune prof. Dylan était réellement très puissant. Fort. Sans peur.

Elle l'avait abordée sans gène à la fin du cours et Dylan avait demandé son numéro pour avoir le plaisir de revoir ses yeux sombres si brillants d'envie.

 

Joanna ne lui laissa pas le temps de retirer son blouson, elle était déjà collée contre lui, le plaquant contre le mur de son salon.

- On se fait un combat ?

- Oh non, Joanna, j'en ai bien assez avec les séances de cours.

Dylan tentait de l'embrasser doucement, il s'était promis de ne pas aller au-delà du baiser mais il ne pouvait pas attendre plus pour franchir cette unique étape.

Elle se refusait dans cette douce étreinte.

- Si tu veux m'embrasser, il te faudra me ligoter.

Dylan la trouvait bien joueuse et après tout, il était prêt à s'amuser un peu.

Il attrapa son écharpe toujours enroulée autour de son cou et voulut lier ses bras.

- Non ! Prends ta ceinture. J'ai vu que tu en avais une en cuir, alors attache-moi les poignets avec ta ceinture et tu pourras m'embrasser.

Dylan commençait à douter. Est-ce qu'elle rigolait ?

Mais il s'exécuta. Joanna se laissait faire docile, même si elle grimaçait un peu.

- Serre fort, hein, sinon, je peux me détacher et tu ne m'embrasseras pas.

Dylan serra.

- Encore.

Encore.

- Mais je vais finir par te tordre le bras, objecta-t-il en voyant la position inconfortable de la jeune femme.

- Je te dirai lorsque je m'en pourrai plus !

- Tu plaisantes ?

- Non.

Non.

Il approcha enfin sa bouche mais elle tourna la tête.

- Agrippe-moi par les cheveux et tire-les fort en arrière, si tu veux ma bouche.

- Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque ?

Dylan ne comprenait plus.

- Il n'y a pas de cirque. Je ne prends du plaisir que dans le rapport de force, que si l'on me maltraite.

Dylan ne souriait plus.

- Tu blagues n'est-ce pas ?

- Non. Quand je t'ai vu l'autre jour à la boxe, je me suis dit que j'avais enfin trouvé un partenaire à la hauteur de mes envies. J'ai besoin d'être maltraitée pour faire l'amour.

Dylan aimait prendre soin des femmes, surtout de la sienne. Il aimait l'entourer d'attentions, de délicatesse, de tendresse.

Il ne voulait ni violence ni maltraitance.

Aussi belle soit-elle, Joanna n'était pas ce qu'il recherchait. Il était perdu soudain...

 

 

aujourd'hui c'est la journée internationale contre les violences faites aux femmes....

17 novembre 2015

vendredi 13 novembre

il faut toujours qu'elle me cherche des noises pour rien. Je la regarde, je me demande ce qui m'a plu chez eelle, comment j'ai pu tomber amoureux parce que si je suis honnête je suis tombé raide  dingue de cette nana, elle pétillait, riait tout le temps, trouvait tout tellement beau, joyeux, pertinent.

curieuse, elle était curieuse. Intelligente aussi.

bordel mais qu'est-ce que je fous là en face de cette folle qui me reproche je -ne-sais-quoi, qui plaque un point final à cette belle aventure ? j'ai tellement aimé la retrouver après le boulot, l'attendre et la désirer à travers nos textos, tellement aimé la déshabiller et découvrir sa peau, son corps, son odeur.

je me souviens la première fois où j'ai parlé de Jessica à mes pôtes, ils rigolaient en douce "ouais ouais, la femme idéale, la gonzesse de tes rêves, tu nous la fais pas à nous, on te connait, il n'y a aucune nana qui prendra ta liberté ton envie de faire la fête et tes soirées foot entre copains".

ben si, faut croire qu'ils se sont gourés parce que j'ai tout remisé et pour Jessica j'étais même prêt à bien plus.

cette fille,  il suffit qu'elle me regarde et mon monde tourne n'importe comment, plus de sens, plus d'orientation, plus de vérité.

sauf que ce soir, c'est la Bérézina, tout part en vrille, elle me reproche un tas de trucs dont je ne comprends même pas le sens, elle est venue à notre rencard pour me faire une scène c'est évident, tellement évident, les pôtes seraient morts de rire, ils me diraient : ça sentait le roussis, man, ça sentait pas bon...

Jessica, my love, hé, reprends-toi, merde, sinon,  je vais avoir l'air d'un con.

j'écoute ce qu'elle me dit, tous ces reproches accumulés, putain mais je n'ai rien vu venir, j'étais tout content de ce petit verre partagé à la terrasse du Petit Cambodge, c'est "son" bar parce que mademoiselle a ses habitudes, ses passages obligés...

OK, bon, les pôtes m'attendent sans m'attendre et j'en ai marre de ses reproches, je n'ai pas le courage ce soir pour une engueulade en bon et due forme, je ne m'y attendais pas.

je me lève, je me casse.

Jessica me suit. elle vocifère encore.

stop, please, my girl, stop !

- attends !

elle hurle, je m'en fous, je pars. cette fois, rien ne me fera rester. on parlera demain.

- je ne suis pas sûre qu'on ait réglé nos consos, dit-elle, furieuse de découvrir qu'en plus de tout, je suis radin.

il y a des soirs comme ça où ce n'est pas notre soir et basta !

je me casse.

Jessica est devant la porte vitrée du Petit Cambodge quand la déflagration retentit.

bordel, ma gonzesse est allongée par terre et un sale connard balaie les tables d'une rafle de Kalash...

quand je reviens tout est fini et pour certains cela n'est même pas un mot vain. certains sont transpercés de balles, inanimés.

morts.

je hurle : Jessica ?

et je vois ma gonzesse, ma nana, ma princesse qui lève un visage ensanglanté vers moi :

- je vais bien,  t'inquiète. occupe-toi des autres.

je me dis que je l'aime, que je l'aime comme un fou et que si ce soir, elle n'avait pas décidé de me faire une scène nous serions morts tous les deux.

morts.

pour toujours.

oui, je sais, c'est con quand on est morts c'est pour toujours.

vendredi 13 novembre, Jessica, ma douce, je veux que tu sois ma femme pour aujourd'hui et le restant de mes jours.

merci de ton caractère de merde.

 

 

08 novembre 2015

8 novembre

ce n'était pas un dimanche comme les autres.

ma grande fille avait 14 ans, la famille était là, une famille boiteuse, chancelante, malade, sclérosée, abîmée sur le déclin. une famille qui n'est plus que l'ombre d'elle-même.

je faisais semblant d'être dans le bain, je jouais le jeu, je ne pensais qu'à lui, à ma vie qui allait prendre un tournant important dès le lendemain, à nos partages à venir, nos inséparables partages.

je recevais ses messages que je lisais en cachette dans la cuisine.

il y avait des tensions autour de la table, ça me pesait.

il y avait la joie de ma fille, ça me plaisait.

ce n'était pas un dimanche comme les autres.

quand il a appelé le soir pour savoir comment ça s'était passé, j'étais en vrac.

il était en vrac également.

ensemble nous allions recoller nos morceaux, faire de ce drôle de puzzle un bonheur incommensurable.

ce n'était pas un dimanche comme les autres.

ce ne sera jamais un dimanche comme les autres.

c'était le 8 novembre 2009.

c'était il y a 6 ans.

07 octobre 2015

SNCF

elle roule sous les éclairs, le ciel clignote, on dirait une ambiance de boite de nuit, elle a l'impression de se faire flasher par les radars tous les mètres, ses yeux fatiguent, elle n'aime pas ça.

et soudain, alors qu'elle patiente longtemps à un feu rouge, le ciel se déchire, une pluie torrentielle tombe sur la voiture, elle ne voit plus rien et il fait noir. c'est la nuit.

elle n'a pas peur. elle pense que la vie lui réserve chaque jour de nouvelles surprises, elle a confiance en demain, elle est même tellement joyeuse des lendemains à venir. son oreille se débouche, elle pense soudain qu'elle voudrait bien ne plus attendre qu'il revienne, sans savoir.

le feu passe au vert, elle repart vers la gare.

elle accède aux arrivées à temps, sous la pluie et les éclairs, dans la nuit et elle se sent bien.

 

28 septembre 2015

boxe, Ô "ma" boxe

je n'ai jamais été fan des combats de boxe, voir la tête des concurrents se couvrir petit à petit de boursouflures et de sang, très peu pour moi.

je n'aime pas les coups, la violence, et je me demandais ce qui poussaient les boxeurs à choisir un sport où on se fait démolir à chaque "partie".

les films de Rocky ne m'ont pas fait vibrer si ce n'est quand Balboa hurle à travers le ring :"Adrienne, j't'adore !" avec sa voix qui semble venir du fond de la caverne.. irrésistible pour moi.. là, l'oeil du tigre peut bien briller, je suis conquise..

bref...

tout a commencé quand ma nénette numer one m'a dit : maman, ce truc-là c'est pour toi. une heure et demi d'entrainement à en pleurer pour une demi-heure de combat, tu seras gainée pour la course à pieds".

après tout, si je ne me fais pas mal dans un sport comme dirait un moqueur que je connais bien, je n'aime pas.

je me suis donc inscrite à la boxe.

je ne dis pas, les premiers cours, il m'a fallu plusieurs jours pour récupérer des douleurs physiques de l'entrainement.

ce samedi matin c'étaient les premiers "combats".

avec les poings, avec les pieds. j'ai choisi muay thaï et chausson marseillais alors pour les pieds, j'ai intérêt à y aller à fond..

prendre mon premier direct dans le ventre, qui m'a laissée séchée sur place. rivaliser contre des hommes aguerris, ça fait mal mais ça forme...

et soudain, alors que j'apprends comment placer mon corps pour me protéger des coups et pour frapper le mieux et le plus fort possible, révélation !

prendre des coups dans sa vie, physiques ou psychologiques, on n'aime pas, on ne comprend pas toujours, on trouve ça injuste, on est trop peu préparés, on ne sait pas répondre, ou on est trop petit, ou on n'a pas le droit.. alors on encaisse, on pleure, on n'oublie pas, on souffre.

prendre des coups à la boxe, d'abord on s'y attend on est là pour ça, c'est surveillé, cadré, arbitré... et en plus, on peut, on doit répondre. on peut rendre ce qu'on reçoit, toujours dans un cadre, pas gratuitement, pas par vengeance, mais parce que c'est le principe, le sport.

apprendre comment ne pas recevoir les coups, ou comment les recevoir et comment les rendre, intelligemment, pas sauvagement. savoir pourquoi on en prend et pourquoi on en donne... ça a un sens.

pas de méchanceté gratuite, de soumission, d'humiliation... on est prêt, on sait pourquoi, on a fait le choix..

je crois que j'avais vraiment besoin d'apprendre à rendre les coups que j'ai reçus, pas n'importe comment, pas bêtement, pas à n'importe qui, par lâcheté, vendetta ou cruauté... 

alors oui, j'ai les jambes couvertes de bleus, mais cela n'a aucune importance. c'est comme une mue qui s"opère.

une nouvelle peau.

une reconquête de mon estime.

 

24 septembre 2015

entrez dans la danse

1)

- bonjour mademoiselle, est-ce que vous voulez danser avec moi ?

- je suis bien maladroite, vous savez, et danser avec un inconnu me fait peur, on m'a tellement mise en garde contre les inconnus, vous pourriez me marcher sur les pieds, me lâcher la main et même me faire tourbillonner trop fort et j'aurais mal au pied, mal au corps, mal au coeur.

- on essaie.

- non, partez je vous prie.

 

2)

- mademoiselle, on se connait, on a déjà essayé de danser ensemble, vous vous souvenez il y a quelques années, dix ans peut-être ou plus ?

- oui, c'est vrai.

- je vous ai cherché vous savez, je voulais vous montrer, j'ai appris à danser, je voulais qu'on tente à nouveau, j'ai tellement regretté de na pas avoir insisté la dernière fois.

- j'avais si peur, vous savez.

- et aujourd'hui ?

- ce n'est plus possible. je ne peux pas danser. vous... nous... je.... partez, je vous prie.

 

 

3)

- mademoiselle, dites-moi que vous n'avez plus peur. dites-moi que vous voulez bien danser, maintenant, il y a si longtemps, plus de 20 ans, je crois. dites-moi que vous voulez, même si mes pieds ont gonflé et que mes pas ne sont plus aussi sûrs. mais j'ai tellement envie de danser avec vous.

- alors dansons !

- quoi ?

- mais oui, dansons, nous verrons bien si nos pas s'accordent, si vous me marchez sur les pieds ou si vous me lâchez la main. ça n'a aucune importance, j'ai tellement envie de danser avec vous, vous savez ?

- c'est bien vrai ?

- oui. lançons-nous... que la fête commence !

 

4) 

- mademoiselle, vous êtes tellement belle quand vous dansez !

- c'est à cause de vos mains... vos mains sur les hanches, ça me donne envie de danser. dans la joie et la légèreté.

- je me souvenais de votre regard. il est resté le même, malgré les années. et votre corps ferme qui tourbillonne...

- je ne pensais pas qu'on pouvait se sentir si légère.

- et si je vous lâche la main maintenant ?

- je danserai encore.

18 septembre 2015

roue crevée

il me regarde avec un oeil pénétrant.

j'essaie de me souvenir et soudain, ça revient.

la dernière fois que je l'ai vu, si on peut appeler ça "voir", il avait un plâtre sur le nez, qui lui mangeait le visage. un boxeur, peut-être ?

on s'était âprement attrapés pour une place de parking non officielle, devant chez lui ou pas, privilège dans le village ou pas, droit du sol, du pouvoir, prétention malvenue, vanité homme contre femme, cette sensation qu'il se sentait "intouchable" alors qu'il avait dû baisser la garde et se rendre à l'évidence : pour ce coup-là, je l'avais fait plier.

moi, la victoire, je m'en foutais, je refuse les gens qui se croient supérieurs et je l'avais renvoyé dans ses quartiers. petit con, va !

il me regarde, la haine au bord des lèvres et je ricane, idiote et immodeste que je suis, pas du tout impressionnée par sa magnifique Mercedès, par sa gueule de beau gosse (ben oui, là, il n'a plus de plâtre) et sa carrure balèze.

bien mal m'en pris de lui ricaner au pif comme une sale gamine. car, bizarrement, le lendemain matin, je trouvais mon pneu crevé.

juste avant un rendez-vous important, ça tombait mal, bon sang (genre un pneu crevé, ça peut tomber bien !!!). avec mon pantalon blanc et ma tenue soignée, je n'étais pas hyper à l'aise pour filer sous la bagnole à déplacer des roues dégueulasses...

je ne suis pas super forte au jeu du "push" dans le coffre de la voiture pour faire tomber la roue de secours ni dans "je pose l'embout du cric dans l'encoche prévue à cet effet sous la voiture"..

moi non.

mais c'est sans compter sans la comtesse S.

parce que la comtesse S, elle est geolée comme une tige de bambou, elle est sapée avec soin et elle vit une vie de... comtesse.

mais s'il y a un truc qu'elle revendique c'est "se démerder seule".

je l'avais croisée dans une soirée voisins, bien arrosée et on avait discuté une demi-seconde... les comtesses, ça n'a jamais été mon truc...

mais là, quand elle s'approche pour proposer son aide, c'est "oui" sans aucune pensée.

alors, quand elle a eu son permis, elle a fait une formation "je sais changer une roue" auprès de son paternel bienveillant.

la comtesse S prend les choses en mains, donne des consignes au pauvre type qui passait dans le coin pour qu'il nous fasse profiter de ses 85 kilos pour dévisser les écrous et ni une ni deux, elle orchestre mon changement de roue, toutes deux mains noires, mais sourire aux lèvres.

il n'y a pas à dire, il y a des femmes sur cette planète, qui n'ont pas fini de m'impressionner...

 

 

 

17 septembre 2015

second chance ?

j'aurais aimé voir ma mère rentrer du travail en combinaison de cuir, casque de moto coincé au coude, cheveux ébouriffés, j'aurais aimé voir la maison emplie de potes de passage, venus boire un verre, gratter un morceau de musique sur leur guitare, et plaisanter avec la petite gamine que j'étais.

les écouter en cachette alors qu'ils me croyaient endormie, parler de politique, d'art, de culture en sirotant de la Vodka ou du rhum..

j'aurais aimé voir ma mère danser dans la cuisine en lançant les cuillères en bois jusqu'au plafond.

j'aurais aimé ne pas sentir la peur, la crainte, la difficulté, le vide.

ado, j'aurais aimé avoir un Dax pour rejoindre mes potes, pouvoir sortir le soir, ne pas douter ni de moi ni de l'autre. avoir le droit de faire du dessin mon travail, dire merde aux garçons malveillants et me sentir suffisamment équilibrée.

j'aurais aimé ne pas me poser autant de questions, ne pas avoir un caractère si rude, ne pas affronter tout comme une guerrière, mettre des fleurs dans mon jardin et de l'eau dans mon moulin. 

j'aurais aimé dire merde aux hommes malveillants et me sentir suffisamment équilibrée.

voilà voilà...

une autre vie, peut-être ?

11 septembre 2015

abîme

il avance en se tenant le bras, une cicatrice barre son visage du côté gauche, son souffle est irrégulier.

en face de lui, elle se rapproche, traînant une jambe estropiée, un corset enserrant son corps trop faible.

ils se sourient. mais ne lâchent rien. 

elle tend sa main et caresse son visage. il ferme les yeux et de sa main valide il entoure sa taille. puis plongeant son nez dans son cou, il respire son odeur.

- je me souviens de ton odeur.

- moi aussi. 

- je me souviens de tes formes.

- je me rappelle ta chaleur et ta force.

elle se tait.

ça ne sert à rien. tout est cassé, abîmé, irréparable. trop d'années, de blessures, de résistance, de manque.

- tu veux une cane ?

elle sourit encore.

- non, je devrais m'en sortir toute seule, va.

il soupire, il aurait bien aimé mais tant pis !

- d'accord !

elle le regarde, doucement.

- quoi que... pourquoi pas ?

 

09 septembre 2015

tambour battant

il a dit : non, je te jure, j'ai embêté personne à l'école aujourd'hui.

il a pensé : pourquoi, on ne me croit jamais dans cette famille.

il a soupiré. c'est tellement dur de trouver sa place quand on a trois ans et que personne ne nous aime. 

j'ai rien fait, j'ai pas voulu être là, je voulais être un enfant comme les autres, ceux que je vois à l'école maternelle, que leur mère serre fort contre leur coeur, et regarde longtemps à travers la vitre de la classe avant de partir. larmes aux yeux.

je ne voulais rien d'autre que ça. qu'on m'aime un peu.

il a dit : non, papa, pas ça, j'ai rien fait, je te jure, j'ai embêté personne à l'école aujourd'hui.

et pourtant, il a fini dans la machine à laver. parce que ça le nettoierait de toutes ses mauvaises pensées qu'il avait, parce que ça lui remettrait un peu la tête à l'endroit, parce que franchement, à trois ans, il faisait quand même bien chier toute la famille, ce merdeux.

il est entré dans le tambour, il ne voulait pas, mais son père l'a agrippé par le col, l'a forcé et lui a même filé une claque avant qu'il ne se recroqueville dans l'espace fermé de la machine.

voilà, c'est sa dernière image, la dernière qu'il a vue, le visage de son père, bouffi de colère, qui appuie sur le bouton et lui crie des insultes.

il a fermé les yeux, il a laissé la douleur courir sur son corps, il a dit : donnez-moi une chance d'être heureux, une seule, une seule minute de ma vie.

et son coeur s'est arrêté compressé par les mouvements terrifiants de la machine à laver qui tournait.

 

"Aujourd'hui, devant la cour d'assises de Seine-et-Marne à Melun, s'ouvre le procès des parents de Bastien, 3 ans, mort après avoir été puni dans la machine à laver, vraisemblablement mise en route par son père. L'enfant, suivi par les services sociaux, était victime de mauvais traitements répétés."

28 août 2015

source

elle avance, hésitante, chancelante, usée.

elle a tant marché, elle a tant cherché et elle fatigue. vraiment.

elle croyait qu'elle avait soif de grands crus, de millésimes, de ces vins qui font tourner la tête, elle croyait qu'elle voulait voir du pays, aller dans des chemins inconnus, tordus, dangereux, exotiques.

elle a tant marché, elle a tant cherché.

elle a bu à chaque goulot, ne trouvant que des boissons amères, âcres ou sans goût. hier encore, elle s'est rendue malade à cause d'une boisson empoisonnée, elle a cru qu'elle ne s'en remettrait pas.

elle a grimpé, escaladé, crapahuté, elle s'est tordu les chevilles et essoufflé le coeur.

elle fatigue, vraiment.

elle s'arrête au bord de ce petit chemin. l'air est frais, quelques oiseaux gazouillent, elle ôte ses souliers et retire ses vêtements. elle respire grandement.

et elle voit la source. comme un vague souvenir.

elle s'approche, laisse une main capturer un peu de cette eau qui semble fraîche et elle commence à boire.

cette eau fraîche est si bonne. elle se souvient. ce goût. c'était l'eau qu'elle buvait avant.

il y a longtemps.

une eau bienfaisante, rafraîchissante, pure et douce.

mais à ce moment-là, elle croyait qu'elle avait soif de grands crus, de millésimes, de ces vins qui font tourner la tête. elle s'est éloignée de cette source parce qu'elle croyait qu'elle voulait voir du pays.

elle boit encore un peu de cette eau de source.

un bien-être tout entier envahit son corps.

après tant et tant de kilomètres, de boissons frelatées, elle est revenue à la source.

heureuse.

15 août 2015

Sylvie

je ne l'ai pas vue depuis un an, et encore, je l'avais croisée par hasard.

avant, on était copines, même amies. on passait du temps ensemble, nos garçons s'entendaient à merveille, des explorateurs en herbe. j'entends encore sa voix, ce qu'elle me disait, ses cheveux roux presque orange.

sa peur du lendemain, de l'insécurité. et ensuite, elle m'a raconté la séparation. les coups bas, les coups forts, les mots durs. les garçons se sont perdus de vue, elle a déménagé, pas loin, mais plus ici non plus. un nouveau compagnon, une nouvelle vie pour elle. certainement d'autres envies, d'autres amies. un nouveau boulot...

hier, j'ai appris qu'elle était décédée.

en avril.

elle n'avait rien dit à personne.

j'entends encore sa voix, tellement nettement.

je ne sais pas comment expliquer cette sensation de tourner des pages régulièrement dans ma vie, de vivre des époques avec des gens et puis, pouf, on tourne une page, on rencontre d'autres gens, les enfants grandissent, nos chemins se séparent... on s'oublie. pas tout à fait mais quand même.

il est des gens qui restent en lien toute leur vie, même quand ils s'éloignent, je n'ai pas réussi cela avec elle.

j'ai recontacté mes amis d'enfance, mes amis d'adolescence... j'ai peur d'apprendre un jour qu'ils sont morts...

est-ce que c'est ça, la vie ? des pages qu'on tourne comme dans un livre ?

 

 

28 juillet 2015

beurk !

- bonjour madame la marchande.

- bonjour madame Zaza !

- Je ne trouve plus dans votre superbe boutique les délicieux gâteaux à la vanille que j'aime tant.

- Ah ben non, madame Zaza, je n'en ai plus. 

- Oh, dommage ! Je les trouvais si bons.

- Je n'en aurais plus jamais, vous savez, l'entreprise a interrompu la fabrication.

- Mais ce n'est pas possible ! Comment vais-je faire, ils étaient si bons. J'en mangeais tous les jours vous savez, tous les jours depuis un mois et demi, je ne pensais plus qu'à ça, croquer dans ces délicieux gâteaux, j'en avais le goût à la bouche à longueur de journée.

- Oui, mais il n'y en aura plus.

- Non, mais vous imaginez, me priver de ces délices ? C'est impossible ! Je n'y survivrai pas !

- Madame Zaza, je vous l'ai dit déjà hier, vous vous en souvenez ? Vous êtes déjà venue me questionner sur ces gâteaux... Hier je vous ai expliqué, l'entreprise a arrêté la fabrication. Fini. F.I.N.I. Vous ne trouverez plus ces gâteaux en vente nulle part.

- Oh..........

- Ca va, madame Zaza ?

- De toute façon, je vais vous dire madame la marchande, je les trouvais dégueulasses en vérité ces gâteaux, il y avait comme un goût infecte dans la bouche quand on les mangeait, ils étaient secs et si durs à mastiquer. Et puis, la vanille je déteste ce parfum. Comment peut-on avoir l'idée de fabriquer des gâteaux à la vanille, je vous le demande ? En plus, depuis que j'en mange, j'ai pris du poids, je suis sûre qu'ils étaient bourrés de gras et de sucre même pas raffiné. Je le disais à mon mari et on en riait à chaque fois, je lui disais Fernand, ces gâteaux c'est vraiment de la merde, c'est sûr que personne ne doit en acheter et on riait avec mon Fernand, on riait... En plus leur forme en rond, genre "demi-lune" comme si ça allait nous inciter à en acheter, n'importe quoi. Et l'emballage, franchement l'emballage ! Quelle horreur ! J'espère qu'ils ne l'ont pas payé cher le designer qui a créé l'emballage...En plus, votre boutique... merci ! J'aurais honte si j'étais vous d'appeler cela boutique. Ca ne ressemble à rien votre bouiboui !

- Madame Zaza ?

- Quooooiiiii ?

- Sortez de ma boutique, s'il vous plait.

14 juin 2015

liaison dangereuse

C s'est cassée le pied en tombant. et l'âme tout autant.

sans réaliser qu'elle s'engageait dans un jeu dangereux, elle a accepté ce qu'il demandait, juste pour ne pas le perdre, juste pour ne pas le voir s'éloigner vers d'autres horizons.

elle ne l'avouera pas, elle préfère dire que ce jeu-là lui plaisait, qu'elle était en phase avec ses demandes, mais elle souffre aujourd'hui de ne pas avoir réussi son pari. A est parti voir ailleurs, A ne va pas bien, il s'est perdu aussi. A ne la veut plus dans sa vie, plus de la même façon.

C serre les dents, prend des anti-douleurs pour son pied, a les yeux empli de larmes quand elle parle de lui.

elle redoute la confrontation finale, elle redoute de comprendre qu'il n'y aura pas d'après.

il y a un mois, il la demandait en mariage.

elle s'est dit qu'il était crevé totalement épuisé dans un poste de dingue, refusant d'accepter les burn out qui le menaçait. mais elle ne voit pas que leur jeu dangereux l'a emporté trop loin et que cela non plus, il ne sait pas le gérer.

C s'est cassée le pied, dans deux jours, elle passe un examen important, elle ne peut plus conduire, elle ne sait pas encore comment elle va s'y prendre.

et A la laisse gérer.

12 juin 2015

tour de roue

je me souviens de sa voix à lui, emplie d'amour et de promesses, juste avant sa mort.

je me souviens sa voix à elle, gonflée d'orgueil et de haine, après sa mort à lui.

ses mots à lui réconfortants et empressés.

ses mots à elle durs et aussi brûlants que des coups de fouet.

elle a paradé durant des années avec lui autour du cou comme une écharpe de fierté.

je n'ai rien dit, j'ai encaissé, pleuré, remonté la pente, domptant ces souvenirs passionnés.

j'ai franchi chaque étape, affronté chaque rebondissement, j'ai souri tellement à la vie toujours là.

elle a dévalé la pente soudainement, anéantie par un terrible rebondissement.

aujourd'hui je suis droite.

aujourd'hui elle est à terre.

et dans l'ombre, je savoure cette couleur qui éclaire mon quotidien, cette luminosité, ce bonheur intense en pensant à cette noirceur qui aujourd'hui l'enveloppe.

immoral sentiment que le temps finit souvent par équilibrer les choses.

26 mai 2015

boum boum

elle se souvient.

la première fois qu'elle l'a vu. le boum au milieu du ventre.

juste avant qu'il n'apparaisse, il y avait eu sa voix dans le téléphone. premier boum.

et puis lui, en vrai. deuxième boum.

pendant des jours et des jours, des boum en cascade, un tambourin qui ne cesse pas, une palpitation qui anime jour et nuit. résonance de boum. les siens à lui, les siens à elle.

elle se disait qu'on pouvait aimer plusieurs fois, de façon différente. là, elle était prête.

et puis, la vie, l'impossibilité des choses. stoppé les boum. net. 

un lien dans le lointain. resté, peu nourri, mais resté. comme un souvenir de ces boum si forts, si rares, si puissants.

les années qui passent.

un matin, à nouveau, la voix dans le téléphone. cette chaleur. ce posé. ce sourire qu'elle sent derrière.

"travaillons ensemble" dit la belle voix.

et soudain, elle a l'impression d'être passée dans un autre monde. pas de boum, pas de cascade. une sensation inconnue. elle se dit qu'elle l'aime encore. que ce sentiment ne s'est jamais éteint. et qu'elle va devoir jongler avec.

bim !