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02 mai 2015

biface

il salue avec diligence d'un petit signe de tête quand il passe dans les couloirs de l'hôpital et pour tout le service, ce jeune homme aux chemises impeccables et aux cheveux bien lissés est un exemple de sobriété et de sérieux.

il n'est pas très grand, pas très musclé non plus, il passe inaperçu parmi la foule, sa voix est posée, légèrement intimidée lorsqu'il s'adresse à des inconnus, il a des doigts bien équilibrés et de grandes lunettes qui trouvent leur place au-dessus d'une barbe bien entretenue.

il déplace ses yeux avec une infinie discrétion quand une belle femme le croise, pour qu'elle ne le remarque pas.

On ne lui connaît aucune histoire, aucune petite amie, certains se demandent même s'il ne préfère pas les hommes...

dans son grand appartement tout est impeccablement rangé, les serviettes sont bien pliées, les livres bien alignés, le parquet craquant bien entretenu.

mais... quand il rentre chez lui, il ne ferme pas le verrou de la porte. il ne pense qu'à une chose, comme tout au long de la journée, ce moment tant désiré, qui le fait presque trembler de désir et d'excitation... le moment où elle tournera la poignée et poussera la porte, où elle fermera le verrou et avancera dans l'appartement, laissant entendre le frottement du tissu contre sa peau.

il calmera les battements au creux de son ventre, les bourdonnements dans ses oreilles, il fermera les yeux, fera semblant de dormir.

et il sait.

il l'a attendue.

elle se glissera contre lui, nue.

embrassera le coin de ses paupières et les ourlets de ses lèvres, passera un doigt délicat sur les contours de son visage et murmurera bonsoir jeune homme.

il se retournera sur le dos dans un grognement feint et elle viendra appliquer la totalité de son corps à elle contre son corps à lui. peau contre peau. juste pour sentir le renflement entre ses jambes gonfler plus encore. et lentement, très lentement elle glissera entre les jambes de ce jeune homme discret, sobre et sérieux qui salue d'un petit geste de tête les passants.

01 mai 2015

triphase

il marche en trainant les pieds comme un robot, un automate qui n'aurait pas appris la flexion des articulations, il dit "je sais" chaque fois qu'on lui parle par réflexe parce qu'au fond, il a du mal à accepter qu'il ne sache pas tout, ne devine pas tout, ne comprenne pas tout avant même que les choses ne lui soient expliquées, dévoilées, partagées, il n'avoue pas son âge, se donne facilement neuf ans de moins et en enlèverait volontiers sept encore à cause de ce fameux test qui lui annonçait quinze ans de moins, il se persuade voilà tout, il teint ses cheveux en noir mais ne soigne pas ses dents, il accumule dans son appartement des tas de choses qu'il ne range pas, des vêtements aux quatre coins des pièces, entassés, négligés ou sur le rebord de la baignoire, des cartons pas ouverts, des objets qu'il achète et achète encore, il raconte les études qu'il a faites il y a trente ans, comme si ça datait d'hier au soir, comme si c'était tellement extraordinaire qu'il fallait que tout le monde le sache, le découvre avec admiration et référence.

il parle de lui comme un grand sage mais sa vie sentimentale est un fiasco, il a peur de vieillir seul, il ne sait qui ni comment aimer. Il pense que l'amour d'une femme se monnaie, il essaie de se persuader que rien n'est de sa faute, que la vie n'a pas été clémente dans ses rencontres, qu'il aurait dû avoir plus de chance...

il utilise des beaux mots, des mots compliqués, des mots rarement usités pour étaler une éducation qu'il ne doit qu'à lui-même.

il se voudrait homme unique, héroïque, tellement prestigieux, il n'est qu'un homme, qui a vécu, avec ses bosses et ses boitillements, un homme qui vit seul et ne comprend pas tout.

 

16 avril 2015

ben voyons

il est des jours où la fatigue est telle que rien ne va, tout me paraît inaccessible, loupé, frustrant....

où je ne sais plus si ça vaut le coup ou pas. ni pourquoi je fais tout cela.

un jour comme ça. pour moi. aujourd'hui.

et puis... bizarrement, alors que j'ai juste enfilé un survet en vitesse, attaché les cheveux à l'arrache et que je me dirige vers la salle de danse pour un cours défouloir...

je croise une bande de jeunes. des jeunes assis près de la salle de danse qui parlent fort, s'insultent, se chamaillent.

je les vois à peine, je m'en fous. c'est un de ces jours où rien n'a été comme il faut.

et là un regard qui reste accroché. un jeune de 15-16 ans qui me fixe. je ne dis rien, ne sourcille pas, rien ne m'importe aujourd'hui. trop fatiguée.

- eh madame !

je me retourne. 

- oui ?

- vous êtes vraiment très belle.

j'attends les moqueries, les railleries des autres jeunes à côté. mais rien. un lourd silence.

je hausse les épaules.

j'entends un gros soupir dans le lointain.

je suis rentrée dans la salle de danse.

il est des jours où je ne comprends vraiment rien à rien.

12 avril 2015

toujours

mon caillou, mon galet, ma Pierre, placé en équilibre sur ce je/nou, jeu subtile qui nous noue, placé en équilibre sur le genou qui flageole  encore parfois, tu es comme un phare dans le lointain, comme ce repère qui guida le petite Poucet vers son home, tu es mon homme, mon antre, mon lien vers un possible toujours si tangible.

tu m'as vue nue et pour toi, nue je resterai, sans tricherie ni mensonges.

mon caillou, mon galet, mon Pierre

05 avril 2015

amputée

il est là devant moi et tourne les pages maladroitement.

il n'a pas de mains et ses avant-bras, pareils à deux bâtons fins se terminent par des courts moignons.

je pense immédiatement que je ne saurais pas vivre sans mains tant j'aime toucher, palper, caresser. je vois mes mains tapotant sur le clavier. ma vie.indispensable.

mes pieds alors ? non, courir, marcher, danser, c'est aussi vital pour moi. pas question !

mes yeux ? impensable pour écrire, voir, admirer, pour guetter aussi. 

mes oreilles ? ne plus entendre ? ne plus entendre le chant des cigales, le son de la musique, les mots doux de mes enfants ? non non et non.

je ne sais pas.

je ne sais pas de quoi je pourrais me passer tant tout me paraît indispensable pour mon épanouissement.

alors, je promets, une fois encore, de ne pas oublier à quel point je suis bien chanceuse de ne pas avoir à vivre ces manques-là...

31 mars 2015

les deux miss

une reste chez elle et se languit

elle désespère son patron l'oublie

il n'y a plus de boulot c'est fini

elle mange des bonbons riquiquis

et voudrait avoir un chéri

et quand elle appelle ses amies

elle dit : je n'ai plus de vie

l'autre travaille jour et nuit

pas de trève, pas de pause, de répit

toute la journée elle rêve de son lit

et du moment où elle aura fini

elle ne voit plus ses amies

et elle pense qu'elle a une drôle de vie...

les deux miss un peu là un peu ici

hier, demain ou aujourd'hui

les deux miss et leur grain de folie.

22 mars 2015

mi-temps

il parait que ton père était soldat

c'est presque tout ce que je sais de toi, papa

un Anglais débarqué en pleine guerre

reparti chez lui, que pouvait-il faire ?

tu as vécu loin des tiens

mais ce que tu as vécu c'était bien

dans notre horizon, un phare : la mère

chez nous, on connait l'amère absence du père

Je suis devenue, et pour toujours, unijambiste

J'ai appris à courir plus vite sur la piste

j'ai bâti mon univers Pierre après pierre

je voulais partager cet univers avec lui, toute fière

j'ai définitivement gagné la bataille

j'ai tricoté mon avenir maille à maille

 

calouan.jpg

07 mars 2015

au fond de la réserve

Lula-Fé avance dans le dédale du grand magasin désert et de rayon en rayon elle ne peut que constater l'absence de vie.

elle n'a pas peur mais ça fait longtemps qu'elle n'a pas partagé quelques mots, quelques jeux avec un autre enfant de son âge. elle a la sensation de vivre dans une bulle. elle est protégée, elle se protège, elle ne craint mais ce silence ça commence à lui peser.

soudain, elle entrevoit une porte entrouverte. un panneau est fixé au centre : "réserve". Lula-Fé ne comprend pas bien ce qu'est une réserve mais elle s'engouffre à l'intérieur.

il ne fait pas sombre mais il fait un brin frais. elle frissonne au premier pas mais ensuite, elle ne ressent plus rien.

comme dans le magasin, de hauts étals s'alignent devant elle, tous surchargés.

elle avance, regarde rapidement ce qui se stocke ici, et puis, elle aperçoit une drôle de poupée. c'est un mannequin, pense-t-elle en s'approchant. ces personnes en plastique qui servent à présenter les vêtements.

la poupée est une garçon. il fait la même taille qu'elle, un poil plus grand. il porte un kimono blanc. il est immobilisé dans une position anodine. ça lui fait un coup au ventre, elle penserait presque qu'il est vivant.

- salut toi, qu'est-ce que tu fais là, seul ?

aucune réponse. évidemment.

- moi, c'est Lula-Fé, je fais partie des "Survivants de l'aube". tu connais ? non, bien sûr, tu ne sais pas bien toi la vie qui se déroule au dehors...

tout en parlant, la fillette s'approche du mannequin et avance sa main vers le bras en plastique.

avant, avec Firo-Ken, elle avait l'habitude de tenir son avant-bras quand ils discutaient. ça créait un pont de mots entre eux et la conversation circulait fluidement. elle s'apprête à faire la même chose. elle a envie de discuter avec cette poupée immobile. ça lui rappellera son ami.

le mannequin glisse d'un pas en arrière avec agilité et Lula-Fé pousse un cri de surprise.

- tu es vivant ?

Liunu-Gô ne bouge plus à nouveau. la même position immobile que lorsque la fillette l'a trouvé.

elle se demande si elle a rêvé. elle veut savoir et tend à nouveau sa main vers le visage cette fois de la poupée de plastique.

Liunu-Gô ouvre grand les yeux et murmure : il vaut mieux que tu ne me touches pas.

- tu es vivant ?

Lula-Fé ne sait que répéter la même question.

- je ne sais pas.

- si ! tu es vivant ! 

et comme si cette vérité prenait tout son sens, le mannequin en kimono prend vie totalement et devient un vrai garçon, capable de respirer et de vivre.

il lève une main, la bouge avec précaution. il soulève une jambe et fait un mouvement de gymnastique.

il se penche, tourne, gesticule et soudain il sourit.

- oui, je suis vivant...

Lula-Fé n'en revient pas, elle n'est plus seule.

Liunu-Gô n'en revient pas, il est vivant.

sans même réaliser ce qu'ils font, les deux enfants se prennent les mains et, postés l'un en face de l'autre, ils se mettent à parler, à raconter, ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils sont.

ils ne se lâchent plus la main et parlent. comme si soudain, tout avait enfin un sens.

 

17 février 2015

deuil

elle a dit : mais si je t'assure tu es veuve.

veuve.

quel drôle de mot.

veuve.

- ça va t'aider à accepter si tu te le dis.

ah ? bon.

être veuve comme on est bouddhiste, gourmande, docteur, rousse ou bien cinéphile, karatéka ou unijambiste ?

être veuve.

coupée.

en deux.

respirer à moitié, dormir à moitié, projeter à moitié, sourire à moitié, se brosser les dents à moitié.

faut s'habiller en noir, porter une voilette, pleurer dans des mouchoirs brodés, déposer des fleurs sur une tombe, même s'il n'y a pas de tombe ?

être veuve.

privée de l'autre. pour toujours.

04 février 2015

état de nécessité

Il fait un froid polaire sur la ville et Anthony, Vanessa et Enzo n'ent peuvent plus de grelotter dans ce squatt aux ouvertes béantes.

- Va vraiment falloir qu'on s'en sorte, les gars !

- Ouais, d'accord, mais là, on fait comment ?

- Repartir de où ? On n'a plus rien. Rien.

Les trois amis se sont réfugiés dans cette ruine inhabitée en espérant ne pas être délogés trop tôt, sinon ils n'auront plus nulle part pour s'abriter.

Comment ils en sont arrivés là ? ils ne savent plus. Ils ne se souviennent plus quand est-ce que cela a dérapé. Ils se sont rencontrés dans un foyer d'hébergement mais Vanessa s'est fait agresser par un sale type. Ils n'ont pas hésité, ils ont pris leur paquetage et sont partis, jurant à la jeune femme de la protéger quoi qu'il arrive.

Depuis, ils ne se quittent pas.

Ils ont essayé de postuler pour des petits jobs, ont été voir dans les restaurants pour faire la plonge, tondre les jardins, promener les chiens... ils ont essayé mais de refus en refus, leur motivation s'est éreintée et leur état dégradé.

Ils ne savent plus comment rebondir.

Et aujourd'hui, ils ont faim. Ils ont froid.

Quand les portes de la grande surface d'à côté a fermé ses portes, ils ne réfléchissent même pas ce soir-là. Ils se faufilent à l'intérieur de la grande cour, délogent d'un des grands conteneurs un lourd sac rempli et l'entaillent.

Au bout de deux sacs seulement, ils ont trouvé de quoi manger durant plusieurs jours. Ils repartent rassurés. Encore quelques jours de gagnés sur cette vacherie de crevure de saloperie de désespoir.

Ce soir, ils n'auront plus faim, et ils se blottiront sous les gros plaids qu'ils ont dénichés.

 

(mardi 3 février 2015 à 14h au TGI de Montpellier, tenue du procès de trois personnes pour avoir récupéré des produits à distribuer aux personnes en difficulté pour se nourrir.)

 

22 janvier 2015

l'attente

Attendre.

Attendre sans attendre.

Parce que pas le temps d'attendre.

Mais attendre tout de même.

Parce qu'on sait.

Attendre sans attendre.

Parce qu'on aime.

Sans comprendre. Sans savoir. Sans réfléchir.

Attendre.

Même si pas le temps d'attendre.

photo Damien Chamcirkan

21 janvier 2015

souvenirs

elle se souvient.

elle a quinze ans, elle finit le collège, il est en terminale. ils se sont connus elle ne saurait plus dire comment mais elle l'adore. il vient la chercher en 103 et il la ramène chez elle, ils s'arrêtent parfois dans un parc et ils parlent. il lui raconte ses cours, ses projets, sa musique, les défilés qu'il fait parfois pour cette jeune femme qui créé ses vêtements et les expose, un truc drôle et sans prétention, il lui parle des filles qui lui courent après et celles qu'il embrasse. elle rit. elle aime écouter ses histoires.

à son tour, elle raconte ses copines, ses soucis familiaux, les profs, des trucs de gamine presque.

il est beau. il a des cheveux bouclés autour de son visage d'ange et des yeux si bleus. il est grand et fin. il porte son sac US en bandoulière et un blouson court. elle est tellement bien avec lui. son grand frère. elle a longtemps mis une image de grand frère sur lui.

aujourd'hui elle n'a plus quinze. trente ans se sont écoulés.

elle voudrait le revoir. est-ce que ce sera possible ? 

aujourd'hui, elle n'a plus quinze ans et quand elle pense à lui, elle se dit qu'elle l'aime. qu'elle l'a toujours aimé. mais pas comme un frère.

elle voudrait poser ses mains sur son visage, boire son sourire, goûter sa voix d'homme mûr, elle voudrait à nouveau coller son corps contre le sien comme quand ils roulaient sur le 103.

il lui dit qu'il n'attend que ça, que ça l'étreint, que penser à elle le fait frissonner...

mais est-ce que ce sera possible ?

04 janvier 2015

elle et lui

elle se disait qu'elle ne méritait pas, ne trouverait pas mieux, elle ne voulait faire de peine à personne et de toute façon, pour quoi faire ? se retrouver seule et sans fric ?

 

il se disait que la vie roulait, depuis vingt-sept ans, tout n'avait pas été toujours rose, mais ça roulait. alors pourquoi changer ? d'ailleurs personne n'en parlait.

 

elle a regardé les petites annonces un jour, elle a trouvé un poste intéressant, pas extraordinaire mais sympa. elle s'est dit : pourquoi pas ? ça ne coûte rien. un timbre.

elle a eu un entretien, le boulot, un appartement et elle est partie. si vite.  si brusquement.

pour éviter de se demander si elle avait eu raison ou tort.

et elle s'est créé un nid, rien qu'à elle, si beau, si amusant, si décoré. elle et sa fille. à mi-temps.

jogging, copines, création, boulot. kilos perdus, sourire revenu.

 

il est rentré sans se douter de rien ce jour-là. mais tout a basculé. dispute, reproches, orage. elle lui a dit : faut qu'on arrête, cette comédie a assez duré, nous ne partageons plus rien. tu n'es plus le héros que j'ai épousé, les enfants sont grands, j'ai envie de vivre autre chose.

il a encaissé. ravalé sa peine. a dit : ok, si c'est ce que tu veux.

et ils se sont quittés.

 

chaque fois qu'elle le voit, elle se sent bien, il est un peu plus vieux qu'elle mais son regard tendre, ses cheveux poivre et sel, sa voix posée, tout ça, elle adore. elle le trouve talentueux. et attentionné.

chaque fois qu'il la voit, il a le coeur qui pétille, elle est plus jeune et tellement vivante, drôle et pleine d'imagination. elle respire la vie, la belle humeur, la liberté.

alors un soir, assis l'un à côté de l'autre, ils se regardent, se prennent la main en se crohetant les doigts et se sourient.

plus rien ne sera plus pareil.

parce que maintenant, il y a elle et lui.

27 décembre 2014

obsession

chaque jour, elle se connecte, elle va voir sa page, elle regarde ses photos, elle clique dès qu'il poste un message. elle "aime" tout. tout de lui. tout ce qu'il dit, ce qu'il vit, ce qu'il poste.

chaque jour, elle s'imagine que les messages qu'il écrit sur son réseau social sont pour elle, qu'il lui envoie des signes, qu'il n'ose plus, depuis leur dernier "frôlement" mais qu'il lui glisse des petits mots, et qu'un jour, il osera enfin.

c'était il y a deux ans, il avait eu besoin qu'on l'aide sur un salon du livre, elle elle dessine justement pour des albums enfants et elle lui avait proposé son aide. 

elle doit bien avouer qu'elle avait espéré ainsi qu'il lui proposerait en retour de travailler avec lui, pour lui, sur différents albums... mais elle n'avait pas prévu de tomber amoureuse. gravement.

il avait posé ses mains sur ses épaules un jour où elle était assise à discuter avec un lecteur pour lui parler des éditions et l'avait massée sous prétexte de la délasser. puis ses mains étaient descendues jusqu'à ses seins et elle avait adoré le contact de ses petits doigts épais sur la peau de sa poitrine.

personne n'avait rien vu, elle l'espérait en tout cas, et le soir, à la fermeture du salon, il l'avait pelotée à nouveau, avait fourré sa langue dans sa bouche.

ça n'avait pas été plus loin et elle n'avait plus jamais été pareille, attendant chaque jour qu'il se manifeste à nouveau.

depuis, il n'avait pas demandé son aide sur d'autres salons, il ne lui avait pas proposé de travailler avec lui et quand ils se revoyaient au détour de rayonnages de livres, il l'évitait, mais elle ne se rendait compte de rien.

elle était toujours follement amoureuse et elle s'en foutait si d'autres illustratrices racontaient comment il les avait pelotées aussi, elle, elle savait qu'il n'y avait qu'elle qui comptait.

chaque jour, elle faisait une prière : soit ils avaient enfin une histoire ensemble, soit il était heureux avec une autre femme, et ça, elle était même prête à l'accepter. tout, pourvu qu'elle le sache heureux.

c'était son obsession.

24 novembre 2014

requiem

la musique s'installe, virevolte

déjà, les corps chavirent

leur sourire au milieu des notes

une émotion qui transpire

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16 novembre 2014

Thomas

Ils sont trois garçons, il y a le Russe, le blond, fils du médecin et le petit aux cheveux foncés.

Elle, celui qu'elle aime c'est le petit brun. Il a un air revêche, engoncé dans son blouson matelassé, avec son sac US en bandoulière.

Ils ne sont pas du même monde, lui c'est un type plein de fric et de classe et de conventions, elle elle n'a rien, même pas à manger les fins de mois.

Elle l'a suivi, elle connaît son nom et son prénom, son adresse, ils ne sont pas du même monde, il habite une maison grande et chic et chère, dans le haut de la ville. Elle habite un appartement trop petit dans une résidence populaire, dans le bas de la ville.

Rien ne peut l'empêcher de l'aimer secrètement. Parfois, elle s'entraine à signer avec son nom à lui. Elle le suit dans la rue, elle le surveille dans la cour, elle ne se cache pas, au contraire elle voudrait qu'il la remarque.

Elle fait des rimes avec son nom à lui, elle les chante, elle sait que jamais elle n'oubliera tout cela. Ni son nom, ni ses yeux sombres, ni son air revêche...

Et plus de trente ans après, elle s'en souvient encore.

Tellement.

Les cheveux foncés sont parsemés de sel, et l'arrogance a fait place à autre chose, mais c'est bien lui.

Thomas.

 

09 novembre 2014

lui

je voudrais juste qu'il revienne...

03 novembre 2014

mère et fille

on se dit qu'il est trop tôt, que ces années ont passé si vite, que le temps nous a pris par surprise parce que la vie a fait pousser des bouts d'êtres, des petites jambes et des esprits libres, des rides au coin des yeux aussi et des larmes qui y coulent quand les bouts d'êtres montent dans un train.

on se dit que c'est trop tôt mais que c'est bien ainsi, la douleur du départ, le bonheur, si grand, du retour.

on voudrait avoir appris ça, la fin des choses sans peine, comme une évidence, rendant précieux chaque instant.

on voudrait pouvoir revenir en arrière, inlassablement, même si on n'ignore pas le chemin parcouru.

alors, on essuie les larmes, on laisse le coeur dégonflé et on attend le prochain jour des retrouvailles. car il y en a toujours un.

31 octobre 2014

love-story X

Olivier regardait cette belle famille qui reprenait vie. Victoire, Lucie et Marie, les jumelles, toutes les trois l'avaient totalement adoptées.

Anne n'avait pas raconté dans quelle circonstance leur papa avait décidé d'aller vivre "au ciel" mais elle savait qu'elle n'oublierait jamais cette vision du corps de Marc pendu dans le garage, alors qu'à ses pieds, étaient étalées des centaines de photos sur lesquelles on voyait les filles plus jeunes, les filles et lui, les filles et leur mère, Anne et lui.

des photos souvenirs d'une époque où il pensait qu'enfin il pourrait créé un cocon qui le protégerait de cette solitude cruelle qui avait été son lot quotidien dans son enfance et bien après.

avant de se donner la mort, Marc avait replongé dans ces moments, tentant de se rappeler si effectivement chacune de ces journées où l'on avait pris un cliché, avait été aussi partagée que ne le montraient les personnages sur le papier glacé.

il avait essayé de comprendre ce qu'il avait fait, ou pas fait justement pour qu'Anne décide de l'abandonner elle aussi, décide de briser le foyer familial, décide de le priver de ses filles, ses filles à lui, et pas à l'autre connard qui débarquait soudain avec ses épaules musclées et son sourire de premier de cinéma, qui débarquait et ensorcelait sa femme, lui promettait une vie de bonheur et lui en donnait le goût.

Marc savait que jamais il ne supporterait de voir ses filles élevées par un autre homme, ses filles préférer un autre "papa" que lui..

il avait préféré faire place nette.

de façon définitive. irréversible.

il s'était pendu.

et même si Olivier avait, de suite, trouvé une place au sein de ces quatre "filles", il avait entendu les doutes de sa soeur qui trouvait tellement bizarre que Marc ait été rayé si vite des tripes de chacune.

est-ce ainsi donc que la vie se déroulait ? aussitôt disparu, on était oublié ? totalement ?

il aurait le temps d'y réfléchir plus tard. là, il y avait l'anniversaire de Victoire à fêter et la joie réganit dans la maison. tant mieux !

24 octobre 2014

love story IX

Anne avait fait quelques pas à l'intérieur du garage mais un étrange pressentiment l'avait envahi.

que cherchait-il à faire ?

elle imaginait une scène de ménage terrible, un scénario digne des plus grands films dont il était fan, car Marc était un grand amateur de cinéma, à croire qu'il préférait vivre sa vie sur écran que dans un quotidien à deux. elle sentait qu'il ne l'avait pas épargné pour ce dernier adieu, elle pensait soudain à une grande banderole où il aurait écrit en grand qu'il aimait, elle s'attendait à voir sa voiture vandalisée, elle divaguait sur l'excès de violence dont Marc aurait pu faire preuve.

le souvenir des baisers d'Olivier lui donna soudain un relent de courage, elle se sentait portée par ce nouvel amour, par cet homme qui le vouait un amour inconditionnel, avec qui elle se sentait si bien, si femme, si vivante...

elle soupira grandement, libérant le surplus d'oxygène qui asphyxiait ses poumons, et s'enfonça un peu plus dans le garage.

elle avait tout imaginé mais pas ça.

elle stoppa, totalement tétanisée par le spectacle qui s'offrait à elle. là, vraiment, il lui avait fait un bel adieu.