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13 octobre 2014

love-story VIII

la voiture de Marc était toujours là. or, il avait promis qu'il passerait lorsque les filles étaient à l'école, car voir son père prendre ses affaires et repartir penaud, n'était pas souhaitable pour ces gamines encore fragiles.

avait-il changé d'avis ?

avait-il eu envie finalement d'un coup d'éclat, lui qui avait promis de ne pas faire d'esclandre, de laisser Anne vivre sa vie comme elle l'entendait ? lui qui avait admis ne pas avoir été à la hauteur des attentes de sa femme, même s'il était certain d'avoir été tellement attentionné, tellement amoureux toutes ces années ?

mais on ne se refait pas et quand on n'a pas connu la tendresse d'un foyer on ne peut, peut-être, pas inventer l'harmonie dans le sien ?

il avait tant espéré enfin construire une vraie cellule familiale, enfin s'épanouir en tant qu'adulte là où la vie avait bousillé son enfance. une vraie tribu : le même sang, le même nom, le même sourire et la même envie de voir l'avenir...

dix ans plus tard, il découvrait, avec tant d'amertume qu'il s'était trompé. lui qui avait abandonné par son père, retiré de sa mère pour maltraitance, qui avait vu son frère mourir d'une méningite dans le foyer où ils avaient été placés.

dix ans après, il comprenait qu'il n'avait pas donné suffisamment à celle qu'il aimait, lui qui avait tant besoin qu'on l'aime aussi, qu'on le réchauffe enfin, qu'on croit en lui et qu'on ait envie de rester à ses côtés.

l'abandon, il connaissait, la trahison, les coups bas, il en savait la couleur, la saveur, la violence...

mais que c'était difficile d'accepter revivre cela à nouveau...

et ses filles, alors ?

09 octobre 2014

love-story VII

quand Anne était entrée dans le garage, elle avait senti de suite senti que quelque chose n'allait pas.

Marc avait dit qu'il viendrait prendre ses affaires cet après-midi alors qu'elle était à l'école, les filles aussi, afin de leur épargner le spectacle désoeuvré de son départ, des cartons qu'il bouclait, de ses valises dans le couloir qui s'entassaient, malheureuses et gonflées de cette peine d'un échec enfin avoué.

Marc n'avait pas fait de scène quand elle lui avait appris son désir de mettre un terme à leurs années de couple qui s'était étiolé, de couple qui faisait semblant d'en être un mais qui se cachait derrière le masque de la bienséance.

Anne avait expliqué son envie de vivre, de vibrer, d'être à nouveau heureuse pleinement.

d'ailleurs, non, elle n'avait pas dit "heureuse à nouveau", elle avait lancé, provocante "heureuse, enfin !".

Marc ne s'était jamais senti doué pour ces choses de l'amour, lui qui avait vécu de foyer en foyer, abandonné par une mère qui ne s'en sortait pas et un père lâche qu'il n'avait jamais vu.

Marc avait connu le manque, l'absence, l'attente, l'espoir d'un peu de chaleur pour lui gonfler le coeur...Il ne voulait pas revivre ça. Mais il n'avait pas fait de scènes. Il s'était juste effondré dans ses bras, sanglotant comme un enfant pendant de longues minutes et il avait ajouté :

- eh bien, soit, si c'est ce que tu veux, je ne peux rien y faire.

puis, il s'était levé, chancelant et avait rejoint la porte, comme un homme ivre l'aurait fait, hésitant à chaque pas, manquant tomber et se rattrapant aux meubles qui se trouvaient sur son chemin.

- laisse-moi juste le temps de trouver un appart et je reviendrai prendre mes affaires.

il avait fini la journée à l'hôtel, incapable de manger, de penser, de respirer normalement.

il n'était plus qu'un zombi.

06 octobre 2014

love-story VI

- écoute Olivier, tu dois redescendre sur Terre... ce que tu vis n'est pas normal...

- pas normal, pas normal... mais qu'est-ce qui est normal dans cette société ? de rester marié avec une femme qu'on n'aime pas juste pour être en phase avec la société ? de se retrouver à quarante ans seul et démuni ? de dormir dans la rue ? de...

- arrête, tu dis n'importe quoi ! ce n'est pas de choses communes dont on parle. c'est grave ce qui s'est passé Olivier, extrêmement grave !

Emilie observait son frère. Elle était terriblement inquiète car il semblait dans un autre monde. elle se disait que lorsqu'il allait atterrir de son voyage lunaire, il se ferait très mal.

- elles ne t'en parlent jamais ?

- de quoi ?

- de leur père ?

- si... parfois... tiens, l'autre soir, Victoire a dit quand je leur lisais une histoire que c'était l'histoire que son père préférait lui lire. et qu'elle adorait la façon dont il le faisait.

- ah, tu vois... ça va revenir sur le tapis un jour. elle avait l'air triste ?

- non, je t'assure, elle disait cela avec beaucoup de douceur dans la voix mais aucune tristesse.

Emilie soupira.

elle se rendait compte que son frère ne voulait pas entendre raison.

- tu sais, Anne m'a souvent dit que Marc était un excellent père.

- justement... tout cela n'est pas normal, je t'assure...

30 septembre 2014

love-story V

Lucie, une des jumelles, lui donnait la main joyeusement.

de l'autre côté Marie, la plus petite des trois soeurs, avait accaparé son autre main. ils s'amusaient en riant à faire une sorte de balancier et Victoire, l'autre jumelle rythmait le convoi de chansons absurdes mais entrainantes.

Olivier se demandait ce qu'il allait leur cuisiner à toutes ces filles, leur mère comprise, à leur retour. ce soir, il était prévu une partie de Monopoly géante et pour l'occasion, Olivier avait acheté un bac de glace à la framboise, la préférée des gourmandes.

il n'en revenait pas de tout ce bonheur. il en parlait régulièrement à Emilie sa soeur. il avait juste la sensation de planer. il avait hérité soudain d'une femme merveilleuse, une amante divine et de trois fillettes qui l'adoraient déjà. il avait si peur, pourtant.

il planait, c'était le mot, et tout ce bonheur lui donnait une énergie incroyable. il ne trouvait pas les disputes des filles pénibles, il savait déjouer leurs embrouilles, il ne trouvait pas l'emploi du temps trop chargé, lui qui avait passé des années dans le désert du silence de la maison. il était heureux de préparer ces repas pour cinq, rien n'était pénible. 

rien.

il planait.

et si Emilie était heureuse pour lui, elle s'inquiétait malgré tout.

que son frère ait trouvé si rapidement une place dans cette famille était une belle chose, vraiment, mais ce qui la chagrinait, c'était Marc, le père des filles.

elle n'arrivait pas à accepter.

26 septembre 2014

love-story IV

Olivier allait la retrouver une fois encore. cette fois, c'était officiel, leurs conjoints n'avaient plus le choix : Marc avait de suite proposé d'aller s'installer ailleurs, mais comme d'ailleurs il n'avait pas, il s'était pris pour quelques nuits assurait-il une chambre d'hôtel, pas très loin du domicile quand même pour pouvoir lesfilles, les emmener ou aller les chercher à l'école.

son seul bonheur c'était elles désormais, il n'avait pas l'intention de s'en priver.

Olivier allait retrouver Anne et c'était le coeur léger qu'il chantait dans sa voiture.

il se sentait tellement différent, tellement vivant.

quand il entendit sonner son téléphone portable, son coeur s'emballa : c'était Anne.

il adorait ses appels surprise durant lesquels elle lui murmurait des doux mots, des mots épicés aussi, des mots sensuels, torrides, excitants, heureux.

il décrocha avec un sourire joyeux :

- Olivier ? je ne viendrai pas mon amour.

- qu'est-ce qu'il se passe ?

- je t'expliquerai, on se voit demain, mais là, ce n'est juste pas possible. c'est Marc !

Marc ? qu'avait-il Marc ? il lui avait fait une crise de jalousie, il ne voulait pas la laisser partir finalement ?

il pensa l'instant d'un instant qu'Anne allait se rétracter, qu'elle allait choisir la sécurité, revenir dans son ancienne vie insipide.

Olivier était furieux. il en voulait soudain au monde entier. les gens ne sont que des égoïstes, incapables de laisser filer l'amour quand il est mort...

Olivier était furieux. Il appela sa soeur, il avait besoin de parler...

 

24 septembre 2014

love-story III

Olivier avait aimé la douceur de sa peau, la fougue de ses baisers, la candeur de ses envies, lui qui n'avait partagé avec Catherine que du conventionnel. avec Anne, il vivait le vrai, le fort, le pulsionnel.

cette femme était un bienfait pour lui et désormais il n'avait plus aucune culpabilité.

Catherine avait bien essayé l'apitoiement, les menaces, les larmes, puis les insultes.

mais elle n'était pas morte.

Olivier aimait Anne, plus que quiconque au monde, il venait de mettre un pied dans un royaume enchanté et rien ni personne ne le ferait revenir en arrière.

Marc avait quitté le domicile, la tête basse, emportant le strict minimum, se réfugiant dans une chambre d'hôtel les premiers temps.

Anne le savait fragile mais elle ne s'inquiétait pas. comme Catherine, il saurait rebondir. il était un père merveilleux, elle ne doutait pas qu'une autre femme lui donnerait sa chance.

elle, elle n'avait pas réussi à sortir cet homme au passé douloureux de son abîme, elle n'avait pas eu les épaules assez larges pour le porter encore, l'encourager, écouter ses jérémiades, affronter ses yeux de chien battu tous les jours en face d'elle.

Olivier était un homme vivant, pétillant, c'était un sportif, issu de bonne famille, c'était un homme cultivé, un homme de bien, un homme tout simplement.

et Anne pensait qu'elle méritait bien, à cette heure-là de sa vie de partager sa vie avec quelqu'un qui, enfin, prendrait soin d'elle.

elle avait été là pour Marc durant toutes ces années, puis quand les filles étaient arrivées, elle était restée vigilante au confort et au bonheur de tous les quatre. mais elle ? qui avait pris soin d'elle ? qui avait veillé à son bonheur ?

Heureusement, Olivier avait croisé sa route, elle n'avait nulle intention de le laisser filer, quel que soit le prix à payer.

23 septembre 2014

love-story II

sa mère l'avait avertie, les yeux gonflés de larmes, elle qui venait de perdre son mari, l'homme de sa vie, le seul, l'unique : ne lui fait pas de mal, une femme on doit en prendre soin.

mais Olivier n'avait pas tenu longtemps.

il avait fini par tout dire à Catherine qui s'était effondrée, l'interrogeant bruyamment entre deux sanglots : qu'allait-elle devenir, elle, sans lui ?

si c'était de l'argent qu'elle voulait, il lui en donnerait, mais enfin quoi, ils n'avaient pas eu d'enfants ensemble, preuve évidente du désert qui avait été celui de leur vie partagée, et elle venait d'une excellente famille, avait un bon job, n'était nullement en difficulté financière.

- je te parle de ma solitude, ma détresse, la fin de notre amour ! avait-elle hurlé, pas de fric ! tu ne te rends pas compte qu'un mariage n'est pas juste une histoire de compte en banque commun ?

non, il ne s'en rendait pas compte en effet, lui qui rêvait déjà de sa liberté pour épouser Anne, même si tout cela était déraisonnable.

Olivier était, au collège, le prof de sport des jumelles d'Anne et de Marc, la troisième fillette allait faire son entrée dans l'antre collégienne dans une année.

oui, Anne avait trois filles, trois adorables princesses qu'Olivier adorait déjà.

là encore, sa famille l'avait mis en garde : pas question de prendre la place d'un père qui était très présent, très attentionné envers ses gamines.

Olivier ne le voulait pas, mais il ne pouvait s'empêcher d'imaginer cette nouvelle vie de famille lui qui n'avait vécu que le duo, silencieux et aride avec Catherine.

Anne avait parlé à Marc, ils étaient désormais libres de s'aimer vraiment,  de s'aimer physiquement, de s'aimer passionnément.

et justement, ce soir, Olivier avait rendez-vous avec la directrice de l'école qui faisait face au collège, celle qu'il avait rencontrée lors de réunions professionnelles, et aussi parce qu'il était le prof de ses filles : Anne.

21 septembre 2014

love-story I

il lui a dit "je t'aime" la première fois où elle est restée lovée contre lui plus longtemps que d'ordinaire, alors que leurs lèvres s'étaient enroulées tant et tant, alors que leurs mains avaient exploré chaque parcelle de leur corps, alors qu'ils avaient résisté à se donner l'un à l'autre mais à quel prix.

elle avait levé les yeux, éperdue d'amour et de reconnaissance de cette déclaration passionnée.

elle était prête à assumer, à le dire à son mari, à en finir avec un mariage en naufrage, elle avait bu ce "je t'aime" avec une ivresse non feinte et en était repartie grisée d'une force jusqu'alors insoupçonnée.

il n'était pas question qu'elle reste une minute de plus avec Marc. celui qu'elle aimait c'était Olivier et maintenant qu'elle était certaine de la réciprocité des sentiments, elle n'avait pas l'intention de faire semblant, de tenir plus longtemps.

elle allait quitter Marc, immédiatement.

Olivier, quant à lui, réalisait qu'il venait de d'impulser avec cet aveu amoureux, un nouveau tournant à cet "adultère", pas consommé physiquement mais bien enraciné émotionnellement. il n'aimait plus Catherine, il se demandait même s'il l'avait déjà aimée, tant la magie de ce qu'il vivait avec Anne le faisait voler dans des hauteurs encore inconnues.

il aimait, enfin, et il ne comptait pas s'en priver.

mais Catherine était fragile, il se devait de la ménager. il imaginait déjà la scène, les menaces de suicide, le chantage exposé, les cris, les insultes peut-être même.

il imaginait et le redoutait tout autant, il détestait les conflits...

 

18 septembre 2014

c'est plus chez moi

une chanson presque de circonstance (!!) que j'ai écrite pour Léa, jeune chanson pétillante et qui vient de remporter le concours de l'émission  "c'est ma chance" aujourd'hui à 19h30 sur France Bleu National : C'est plus chez moi

"C'est ma chance" c'est quoi ? une découverte d'e jeune stalents locaux qui sont gagnatns si on vote pour eux.

 

alors bravo à Léa, et bravo à ma chanson !

rendez-vous demain pour la finale. (même heure !).. alors votez !!!

c'est le début de la gloire !!

Photo : ** Mobilisation sur France Bleu NATIONAL!!! 

Le titre " C'est plus chez moi ", que certains ont déjà pu entendre lorsque vous êtes venu me voir sur scène ou encore via mon site internet (http://leapresenteversatile.wix.com/lea#!home/mainPage) à été sélectionné pour faire parti de l'émission " c'est ma chance ", le jeudi 18 septembre à 19h30, en direct sur la radio FRANCE BLEU… NATIONAL!

" C'est ma chance " C'est quoi ?
Tous les soirs découvrez de jeunes talents locaux et faites les gagner en votant pour eux. Les gagnants du lundi au jeudi reviennent pour s'affronter dans la finale du vendredi et peut être accédé au tremplin France Bleu ! Dans "C'est ma chance", le jury c'est vous !

Comme dirait Coluche " On compte sur vous ! " pour que " C'est plus chez moi " explose les votes !! Une autre façon de démontrer votre soutien auprès des professionnels ! Pour cela deux possibilités pour voter : http://www.francebleu.fr/emissions/c-est-ma-chance-sur-france-bleu

- A partir de 17h00 sur 
- Et pendant mon passage à l'antenne par téléphone au 0810055056

12 septembre 2014

penchée

penchée, bancale, tombée sur le côté, retenue on ne sait comment grâce à quoi ou à qui, retenue parce qu'il le faut, parce qu'équilibrée ça ressemble à vivante, parce qu'en équilibre, aussi mensonger soit-il, on peut avancer

alors, penchée d'un côté et puis de l'autre, rééquilibrée et puis bancale, à nouveau, encore, parce que penchée c'est comme une vérité, comme un destin, une façon d'être qu'on n'a pas choisie.

penchée, bancale, presque tombée, mais quand même dans le lointain, là bas, l'arrivée.

photo de Mercuro B Cotto

06 août 2014

dernier train

il est des voyages qu'il faut entreprendre, des trains dans lesquels il faut savoir monter, seule, pour mieux tirer une révérence à ce qui a été, sans craindre que tout s'efface brutalement, sans avoir peur du vide du lendemain, des ailes qui vont s'ouvrir et du nouvel air que l'on va respirer.

il est des trains à ne pas manquer, des voyages à réaliser. sans regrets. aucun.

même s'il n'y a personne sur le quai pour nous dire au revoir.

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27 juillet 2014

Verstaile

j'ai écrit des chansons pour une jeune artiste qui les chante régulièrement en spectacles et pour l'une d'entre elles, fait pleurer ses proches lorsqu'elle la met en musique...

un album reprendra son répertoire avec trois des ces chansons.

je suis bigrement fière, vraiment..

et j'espère pouvoir retravailler avec elle, à l'avenir...

elle s'appelle Léa Crevon et son album s'intitule : "Versatile"

Photo : apprend, toute fiérotte, que l'album "Versatile" de Léa Chanteuse Personnage Comique dans lequel elle a écrit trois chansons, sortira en octobre 2014 !
à suivre....

28 juin 2014

trois petits tours et puis... s'en vont...

elle aperçoit sa dégaine de loin, elle ne pensait pas à lui, mais forcément il est là. forcément.

cette dégaine de cowboy qui lui plaisait, elle la fuit. 

elle le fuit.

elle évite d'aller aux mêmes endroits que lui, se concentre sur ceux avec qui elle parle quand elle le sait tout près, sourit presque trop, pétille et s'éloigne, pour l'éviter.

elle ne sait plus pourquoi il la débecte tant, ce n'est pas une affaire personnelle, et pourtant si.

politique aussi.

la malhonnêteté, l'hypocrisie, cette course vers le pouvoir. elle trouvait son assurance charmante, là elle le trouve pitoyable. n'exister que par cette image qu'on renvoit publiquement, n'exister que pour être au pouvoir, n'en avoir jamais assez, plaire, séduire, parvenir au sommet.

elle ne trouve plus cela charmant, son assurance a quelque chose du manque du mal être du cul-de-jatte qui cherche un équilibre dans une béquille extérieure.

pathétique.

elle le sait, il la regarde, elle sent son regard lourd sur elle, même si elle se concentre sur ses interlocuteurs, c'est trop pesant, ça la gène, elle salue s'en va, espérant partir à temps, avant qu'il ne s'approche, elle tourne le dos, fais vite quelques pas se noie dans la foule mais il est là. 

il l'a rattrapée.

là, en face d'elle.

"salut, madame l'écrivaine".

il a les yeux fatigués, un brin tristes.

elle le trouve vieilli, las, plus aussi cowboy.

il dit qu'il suit son parcours, qu'elle l'étonne, que vraiment ça marche bien pour elle... il n'a plus l'attitude du playboy en chasse. elle sent même qu'il tremble un peu. comme chaque fois qu'ils se retrouvent face à face.

il propose des choses professionnelles. elle refuse.

il dit : je suis sérieux.

et puis : appelle-moi lundi. 

elle hoche la tête. sait qu'elle ne le fera pas.

juste avant qu'il ne reparte, elle dit : et toi ? ça va ?

il se retourne, sourire fatigué : ben, tu vois...

elle ne porte pas de robe sexy, ni de talons, elle est là seule ou presque parmi le foule, anodine, recroquevillée au-dedans, insensible à ces autres qui l'entourent, avec une seule envie : partir vivre ailleurs, s'éloigner de tous ces gens qu'elle connaît depuis trop longtemps, une seule envie : le silence et la solitude. l'inconnu.

10 juin 2014

prêt, feu, sautez !

c'était à Aubervilliers.

un samedi soir.

ils étaient deux.

deux frères.

douze et dix ans. deux frères.

ils sont passés devant le local à poussette. les poussettes de bébés, c'est vraiment trop nazes, ça encombre et puis franchement c'est moche, c'est nul, ça sert à rien. c'est naze.

ça les faisait rire de craquer une allumette pour brûler le plastique du siège de la poussette.

comme ça pour rien.

rien que pour imaginer la tête de la femme le lendemain en voyant la poussette cramée.

ça les faisait rire de faire des conneries juste comme ça, pour montrer qu'ils n'étaient pas sages, pas obéissants, qu'ils ne craignaient rien. ni les adultes, ni la police.

ils ont craqué l'allumette et ont brulé le plastique du siège.

mais le feu s'est emballé.

et là-haut à l'étage, prise de panique une femme a sauté pour ne pas cramer dans les flammes, pour ne pas sentir l'embryon qu'elle porte en elle se ratatinée comme une entrecôte au barbecue.

parce qu'elle a eu peur.

parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait.

parce que le feu ça terrorise.

elle a sauté.

emportant son embryon qui grossissait en elle, avec elle.

elle a sauté.

et en est morte.

elle. et le futur bébé.

31 mai 2014

le roi déchu

Jean-François pensait tout savoir. dans la cour de récréation, il organisait les jeux, en fixait les règles, régnait en maître sur les autres écoliers et il était difficile de le remettre en cause.

il avait une petite cour d'indécrottables autour de lui, à qui il offrait volontiers un magnifique calot (la plus belle pièce du jeu de billes), un chewing-gum (totalement interdit en classe mais c'était justement ça qui était bon) ou une carte rare qui manquait au jeu d'un de ses sbires.

toujours correct avec les maîtresses, il avait réussi à convaincre l'institution qu'il était un élève modèle.

intelligent, social et bien élevé. que demander de plus ?

le jour où Bertrand tomba de la cage de foot où il s'était pendu par un bras pour faire son malin et d'où il avait glissé, un peu moins malin que prévu, les élèves étaient allés chercher Jean-François, leur chef. mais celui-ci ne bougea pas, prétextant qu'il n'avait rien vu, ne savait pas ce qu'il s'était passé et qu'il était occupé à une belle partie de cartes avec Philippe, qui perdait à plate couture.

c'est André qui vint donner un coup de main et aider à porter Bertrand pour signaler le problème à l'enseignante.

André qui restait toujours dans son coin, dont on disait qu'il était trop plouc, qui n'avait pourtant jamais manqué de respect à personne.

Jean-François eut beau sortir par la suite chewing-gum, cartes, billes et j'en passe, ils furent nombreux à ne plus le considérer comme un valeureux chef. et à comprendre qu'il ne savait pas tout et qu'il était loin d'être irréprochable. qu'on n'achetait pas le respect et l'amitié.

le règne de Jean-François fut terminé.

ouf !

26 mai 2014

Jean-Marie et les gâteaux

Jean-Marie n'était pas gourmand. et encore moins un bec sucré.

il avait toujours déclaré que les gâteaux le faisaient vomir, que donc ils étaient mauvais pour la santé et il jurait à qui voulait l'entendre qu'il fallait bannir les pâtisseries de la vie.

les gâteaux, à la crème, aux fruits, au chocolat, vanille ou citron, les gâteaux secs, les tartes, les bavarois, les charlotte, les baba... tous vous entendez, tous, il fallait les oublier, les renier, les éradiquer d'une vie saine.

certains écoutaient, l'oeil pétillant à l'évocation de ces douceurs, hochant la tête en faisant semblant d'être d'accord et partaient s'empiffrer de leur gourmandise préférée, aussitôt qu'ils avaient tourné au coin de la rue.

d'autres le fustigeaient, prétendant que les gâteaux leur rendaient la vie plus belle, plus supportable, tellement délicieuse et onctueuse.

d'autres encore s'interrogeaient : était-ce donc vrai ce que disait ce Jean-Marie avec son regard louche et sa grosse bedaine ? ils seraient avertis quand même si la pâtisserie était mauvaise pour la santé. ils n'étaient pas si cons, pas si benets, on ne leur racontait pas d'histoire comme ça, dis donc. en plus, ils y croyaient aux bienfaits du sucre. alors quoi ? suivre la campagne anti-gâteaux de Jean-Marie ou garder ses propres convictions ?

quelle ne fut pas la surprise de tous ceux-là, lorsqu'ils apprirent, ainsi que le monde entier, que Jean-Marie avait été nommé chef pâtissier du plus grand restaurant d'Europe.

incroyable, n'est-ce pas ?

qu'allait-il se passer ?

Jean-Marie allait-il brûler tous les livres de cuisine contenant des recettes de gâteaux ? allait-il interdire chocolat, vanille et crème pralinée ? et les récoltes de betteraves à sucre ? Jean-Marie allait-il faire de cette fabuleuse carte des desserts de ce restaurant une misérable cartelette amaigrie ?

allez savoir...

22 avril 2014

15 ans encore !

elle a quinze ans, elle ne sait plus vraiment quel âge elle a mais elle a envie de sauter danser courir de mettre ses baskets en toile et d'être cool, juste cool.

elle rit elle chante elle s'amuse d'un rien mais elle sait que c'est dangereux que bientôt la vie va la rattraper les rattraper qu'il faudra faire des choix et prendre des décisions et ça ça lui fait peur.

elle a peur tout le temps elle s'inquiète se demande si elle fait bien si elle n'aurait pas dû. mais là elle n'a pas envie pour le moment de réfléchir d'avoir peur ou de s'inquiéter elle a quinze ans et ça la rend légère et joyeuse et ça c'est vraiment une belle chose.

15 avril 2014

Maxime

il a dormi dehors, il a fait la fête toute la nuit, comment on appelle ça déjà ? une rave-party ! voilà, il a été à une rave-aparty parce que chez lui, son père rentre du boulot fatigué, mange et dort, parce que chez lui sa mère est une ombre, depuis qu'il a cinq ans, il ne l'a plus revue, il ne se rappelle même plus à quoi elle ressemble, peut-être que s'il faisait un effort il se souviendrait mais il n'a pas envie en réalité, tout cela lui fait bien plus de mal que de bien et puis, ce n'est pas avec ça qu'elle reviendra, elle les a laissés tomber lui, ses deux frangins et le paternel il y a bien longtemps, quoi ? une dizaine d'années, oh oui au moins dix ans et elle n'a même pas donné de raison, de toute façon, il s'en fout totalement de ses raisons à elle, ce qui l'emmerde plus ce sont les raisons qui ont poussé ces connards à lui piquer son sac à dos, parce que là, il a beau chercher partout il ne retrouve plus son sac et il se demande comment il va faire pour ses papiers, ah puais, merde, sa carte d'identité, elle étaie dedans, et il n'a pas de tunes pour en refaire une et s'il demande au paternel il va encore se prendre une gueulante avec menace de finir en foyer, parce que franchement il en a marre le père de se coltiner des boulets pareils, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, déjà le grand a quitté la maison et vit dans la rue, comme un clochard avec son clébard et son look de punk troué de partout avec ces épingles, même pas hygiénique son truc, et ses fringues sales et déchirées, alors s'il s'y met aussi le Maxime, là, il baisse les bras, il va le foutre en foyer et ce sera réglé, il n'y a plus qu'à espérer que le petit dernier essaie de s'en sortir lui, un petit sursaut d'intelligence et de dignité, merde alors, parce qu'il n'a pas choisi, lui, le père de se retrouver seul avec les marmots, en plus c'est elle qui en a voulu trois, elle insistait, elle disait qu'ils formeraient une belle famille et lui comme un con, il l'a crue et tout ça pour quoi ? pour se retrouver avec ces trois gosses sur les bras, à bosser comme un dingue à la menuiserie et personne pour l'aider, même les services sociaux ont baissé les bras, les éducateurs n'arrivent rien à mettre en place avec eux et lui, il ne peut pas plus, faut arrêter de prendre les parents pour des héros, à la fin, n'empêche que le gosse, là, il s'est fait tirer son sac, il a dormi dehors et ça fait quinze jours qu'il n'est pas rentré chez lui, que personne ne sait comment le joindre, il avait perdu son portable, il vit on ne sait comment, il prend des substances pourries s'il fait, on en sait rien vu qu'on n'a plus de ses nouvelles, il ne va même plus en cours, pourtant la coordonatrice qui le suit est prête à l'accompagner pour mettre en place un apprentissage qui lui convienne pour qu'il s'en sorte qu'il ne finisse pas comme le grand comme un clochard avec son clébard et son look de punk.

Maxime n'a que quinze ans et quand il récupère enfin ses affaires jetées dans un sac plastique dégueulasse, il a les larmes aux yeux. les salauds qui lui ont tiré son sac à dos n'ont pas pris sa carte d'identité, ni sa carte de bus. il reste encore une trace de lui sur cette terre..

11 mars 2014

la nouvelle...

voilà la nouvelle intitulée "douleurs et tremblements" telle que je l'avais écrite à l'époque et qu'on retrouve dans le fameux recueil :

 

Je me réveille en sursaut. Mon cœur bat à tout rompre. Décidément, ça devient une habitude. Cette peur du noir.

Je voudrais me retourner.  Dormir sur le ventre. J’adore dormir sur le ventre. Jambes écartées, à demi repliées.

J’appelle « Pete, tu es là ? » J’ai l’impression d’entendre un vague murmure : « Oui, ma Diane, je suis là. »

Ca fait trente ans que Pete et moi dormons ensemble. Je ne sais plus dormir sans lui. Sa peau. Son odeur. Lui.

Quelle heure peut-il bien être ? Je n’ai pas moyen de le savoir.

Allez Diane, fais un effort, rendors-toi, tu n’as que ça à faire.

Je pense à Joy. Ma Joy. Ma fille. Notre fille. Ma force, mon courage.

Elle va bientôt avoir vingt-six et un bébé aussi. Joy est enceinte. Je vais être grand-mère. Je lui ai demandé : « C’est une fille ou un garçon ? » Elle ne sait pas. Joy ne veut pas savoir, elle dit qu’elle préfère la surprise. Mais moi, je sais, je sens que ce sera une fille. Ma petite-fille.

Je vais être grand-mère. Je l’emmènerai au parc et on se fera des orgies de glace. Chocolat-pistache. Parce qu’elle sera comme moi, elle adorera la pistache. Comme Joy. Il y a des choses qui se transmettent de génération en génération, comme l’amour de la pistache. Mélangée au chocolat glacé fondant.

Quand elle était petite, Joy avait des jolies boucles qui entouraient son visage poupin. Je replonge dans ces images d’un autre temps. Je sais bien que ce n’est pas possible de revenir en arrière mais ces souvenirs me font du bien.

Je ferme les yeux. D’autres clichés viennent se superposer.

Celles d’enfants blessés, malades, démunis.

J’ai vu tellement des enfants en souffrance. Je ne pouvais accepter que la chair de ma chair ait mal. C’est pourquoi, nous avons choisi de n’avoir qu’un enfant. Joy. Une enfant « facile » comme on dit, très peu malade, une vraie joie de vivre. Pete et moi en étions fous.

Ici, à Concepcion, je suis venue faire une nouvelle expérience.

Dans un hôpital au « bout du monde ».

Je vois défiler des prisonniers. Des jeunes. Des adultes aussi.

L’autre jour - c’était quand déjà ? Trois jours ? Quatre jours ? – un homme a débarqué à l’hôpital  avec une blessure d’une profondeur d’au moins sept centimètres dans la zone hypogastrique de la paroi abdominale. Il n’était pas très vieux – comment s’appelait-il celui-là ? allez, Diane, fais fonctionner ta mémoire, il faut que tu retrouves son nom… Ra… Ramon, c’est ça ! Ouf ! Ma tête n’est pas trop engourdie encore ! – mais son état était bien grave. Une plaie à l’abdomen, une au bras. C’était un « comunero » qui faisait la grève de la faim.

Pas facile d’assister à tant de déserrence.  Je revois ses yeux cernés, son corps amaigri et cette plaie si profonde. Les médecins de l’hôpital ont réussi à saturer les deux blessures, mais j’ai compris que j’ai fait un choix délicat en venant au Chili.

Et puis, les enfants bien sûr. Je dois avouer que j’ai mal encaissé ces quatre enfants – ils n’avaient même pas deux ans – qui n’ont pas survécu aux diarrhées et vomissements dont ils étaient sujets. Ils n’ont pas été soignés à temps. Issus de la communauté indigène sawhoyamaxa qui vit à Santa Lisa, ils n’ont eu droit à aucun soin médical. Devant l’ampleur du problème, la cour interaméricaine des droits de l’homme a décidé que ces communautés ne pouvaient vivre sur des terres ancestrales et que les autorités du Paraguay avaient l’obligation légale de leur fournir des services de base visant à assurer leur survie, notamment des soins médicaux, de la nourriture et une eau potable saine. Drôle de pays.

 

J’ai mal au pied gauche. Ce n’est pas vraiment que ça me gratte mais c’est une douleur sourde. Mon pied s’endort. J’essaie de ne pas y penser.

Je voudrais me rappeler pourquoi j’ai accepté cette mission.

« Pete, je ne te l’ai pas dit depuis longtemps, mais je t’aime. Ca fait si longtemps maintenant que nous vivons côte à côte et j’en oublie souvent les mots qui cajolent et rendent heureux… »

Je me souviens de l’annonce. Un hôpital à Concepcion cherchait un médecin avec une spécialité de pédiatre. Concepcion… J’ai pensé au Christ, immédiatement. Je me demande ce qu’il fait en ce moment le Christ. Il doit être en vacances. Février, c’est l’époque du ski,  l’après Noël, le redoux qui s’annonce.  Ici, il fait beau. Je me suis souvent sentie fâchée contre ce Christ qui laisse les gens dans une telle misère physique. Les enfants surtout. Des innocents.

Je ne dois pas m’énerver. Je dois positiver.

Mary, c’est joli comme prénom. Ma grand-mère s’appelait Mary. C’était une femme formidable. Si douce et si courageuse. Elle me faisait tellement rire. Joy pourrait donner ce prénom à sa fille.

Voilà. Penser à ce petit bébé qui va arriver. Je lui achèterai son premier vélo. Sa première paire de patins à rouettes. Sa première robe de princesse aussi pour le carnaval. Avec des paillettes. Et un diadème aussi. Une vraie princesse. On ira au cinéma ensemble voir les films de Disney. Rien qu’elle et moi.

C’est ma grand-mère qui m’a appris à faire du vélo quand j’allais en vacances chez elle à Cromer. On allait sur le port voir les arrivées des pêcheurs. Je roulais à côté d’elle qui marchait. Et me surveillait du coin de l’œil.

Il fallait voir les crabes qu’ils sortaient fièrement de leurs cageots. Grand-mère Mary savait si bien les cuisiner. Hum… J’ai faim. C’est vrai j’avais oublié que j’avais faim. Mais là, ça ne sert à rien de me faire mal avec ça. Régime forcé ma petite dame. Je vais avoir une de ces lignes si je m’en sors.

Si je m’en sors.

Non, non, ne pas pleurer.

Je vais me mettre au yoga. Depuis le temps que j’en ai envie... Ca me ferait du bien. Je pourrais apprendre à gérer mes stress mes angoisses mes peurs.

Pour un peu, je regrette de ne pas m’y être mise plus tôt.

Apprendre à contrôler sa respiration, ses pensées. J’en aurais tellement besoin actuellement. Ce noir me terrifie. J’ai toujours eu cette peur de ce que je ne vois pas. Quand j’étais enfant je pensais avec effroi que la pire chose qui aurait pu m’arriver c’était d’être aveugle. Ma mère laissait toujours une veilleuse allumée à côté de mon lit. Sans cela, je ne pouvais m’endormir. Finalement, quand on n’a pas le choix on s’y fait. Dans ma tête je m’imagine la petite lumière près de moi. Ca va me rassurer. Il le faut !

 

« Diane Lackey, acceptez-vous de prendre pour époux Pete Waldon ici présent ? » Oui. J’ai dit oui et si c ‘était à refaire aujourd’hui encore je dirais oui. Repenser à ce magnifique jour… Je sens que je déraille, je dois me concentrer sur des beaux souvenirs tels que celui-là, sinon c’est sûr je vais devenir folle. Complètement folle. Ca fait combien de temps que ça dure tout cela ? Je suis bien incapable de le dire.

« Pete Waldon voulez-vous prendre pour épouse Diane Lackey, ici présente, de l’aimer, de l’honorer jusqu’à la fin de vos jours ? » Tu as dit oui aussi. Emu. J’entendais ma mère qui reniflait derrière nous. C’est d’un classique les larmes d’une mère au mariage de sa fille. Mais n’empêche, ça m’a touchée. Maman, tu ne serais pas à ton aise si tu me voyais aujourd’hui. Je crois qu’encore une fois, on te verrait pleurer. Tu étais tellement sensible.

J’entends les applaudissements de nos amis quand nous nous sommes embrassés après ce serment éternel.

Oui, je les entends aussi nettement que si c’était aujourd’hui. Mais non… ce ne sont pas des applaudissements. J’entends des coups. Il y a du bruit au-dessus de moi. Je ne dois pas m’emballer. Je dois rester calme me contrôler.

Les coups s’intensifient. Je voudrais crier. Je pousse l’air dans mes poumons, le peu d’air qu’il reste et je me concentre. J’ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Envie de pleurer. Je ne dois pas laisser passer ma chance, ah non, sinon, tout est fini pour moi.

Comment faire pour alerter de ma présence ?

Le bruit se précise. Je prie : Seigneur tout puissant je ne vous ai jamais rien demandé mais là je mets toute ma foi dans cette prière, laissez-moi vivre, laissez-moi revoir Joy et Mary qui va arriver. Et peu importe, même si c’est un garçon, laissez-moi être la grand-mère de cet enfant !

Il y a beaucoup de grabuge au-dessus de moi, j’entends des voix maintenant. Je veux croire que c’est bon signe. J’essaie à nouveau de crier mais une fois encore aucun sort ne se fait entendre. Comment faire ? Ne pas paniquer. Réfléchir si je le peux encore.

Tant que le bruit est là, je dois garder espoir.

Ca se rapproche. Je sentirais presque un filet d’air si je ne m’imaginais pas sombrer dans la folie. Mais oui, je sens un peu d’air. Je tente de tourner un peu ma tête. Bloquée. Shit ! Les voix encore. Des voix d’hommes.

« Je suis là, je vous en prie, sortez-moi de là… Venez me sauver, ne me laissez pas… »

Maintenant je vois un peu de lumière. La pression sur ma poitrine se relâche. C’est un miracle ! Je distingue plus nettement les paroles échangées.

Ces hommes recherchent des corps. Ils n’ont pas l’air convaincus d’y arriver. « Mais si ! Je suis là, messieurs, n’abandonnez pas, je suis là ! » Et toujours ma voix qui ne dit rien.

Le trou de lumière s’agrandit. Il faut que je me fasse entendre avant qu’ils ne décident de cesser leur recherche. J’entends un homme qui dit : « On arrête tout ! Depuis quatre jours, il n’y a plus aucune chance de sauver quiconque ! Peu d’espoir de retrouver des survivants… »

Je sens mon coeur qui lâche prise au-dedans. Tout est perdu. Ils vont me laisser crever sous terre, ensevelie par ce tremblement de terre qui a fait s’écrouler l’hôpital de Concepcion. Je n’ai plus qu’à me laisser mourir. Tout est fini.

« Non, attends, je vois un pied, là… regarde, je ne rêve pas, c’est bien un pied… je distingue des orteils… »

« Je ne donne pas cher de ce corps s’il y a vraiment quelqu’un en dessous… On risque de trouver un cadavre… »

Et là, je mobilise toute l’énergie que j’ai en moi, toute la volonté dont je n’ai jamais su faire preuve et j’ordonne à mon pied de bouger. A mes orteils de faire un mouvement.

« Si ! Regarde, il a bougé ! Le pied a bougé, j’en suis sûr ! Dépêchons-nous, il y a quelqu’un vivant sous ces décombres ! »

Merci, mon Dieu !

14 février 2014

Augustine

normalement, je ne le fais jamais, mais là, je ne peux résister.

Augustine se tricote dans l'ombre, sans savoir si un jour elle se retrouvera dans un livre mais elle me plait, cette intrépide.

et vous ? vous en pensez quoi ?

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