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15 avril 2014

Maxime

il a dormi dehors, il a fait la fête toute la nuit, comment on appelle ça déjà ? une rave-party ! voilà, il a été à une rave-aparty parce que chez lui, son père rentre du boulot fatigué, mange et dort, parce que chez lui sa mère est une ombre, depuis qu'il a cinq ans, il ne l'a plus revue, il ne se rappelle même plus à quoi elle ressemble, peut-être que s'il faisait un effort il se souviendrait mais il n'a pas envie en réalité, tout cela lui fait bien plus de mal que de bien et puis, ce n'est pas avec ça qu'elle reviendra, elle les a laissés tomber lui, ses deux frangins et le paternel il y a bien longtemps, quoi ? une dizaine d'années, oh oui au moins dix ans et elle n'a même pas donné de raison, de toute façon, il s'en fout totalement de ses raisons à elle, ce qui l'emmerde plus ce sont les raisons qui ont poussé ces connards à lui piquer son sac à dos, parce que là, il a beau chercher partout il ne retrouve plus son sac et il se demande comment il va faire pour ses papiers, ah puais, merde, sa carte d'identité, elle étaie dedans, et il n'a pas de tunes pour en refaire une et s'il demande au paternel il va encore se prendre une gueulante avec menace de finir en foyer, parce que franchement il en a marre le père de se coltiner des boulets pareils, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, déjà le grand a quitté la maison et vit dans la rue, comme un clochard avec son clébard et son look de punk troué de partout avec ces épingles, même pas hygiénique son truc, et ses fringues sales et déchirées, alors s'il s'y met aussi le Maxime, là, il baisse les bras, il va le foutre en foyer et ce sera réglé, il n'y a plus qu'à espérer que le petit dernier essaie de s'en sortir lui, un petit sursaut d'intelligence et de dignité, merde alors, parce qu'il n'a pas choisi, lui, le père de se retrouver seul avec les marmots, en plus c'est elle qui en a voulu trois, elle insistait, elle disait qu'ils formeraient une belle famille et lui comme un con, il l'a crue et tout ça pour quoi ? pour se retrouver avec ces trois gosses sur les bras, à bosser comme un dingue à la menuiserie et personne pour l'aider, même les services sociaux ont baissé les bras, les éducateurs n'arrivent rien à mettre en place avec eux et lui, il ne peut pas plus, faut arrêter de prendre les parents pour des héros, à la fin, n'empêche que le gosse, là, il s'est fait tirer son sac, il a dormi dehors et ça fait quinze jours qu'il n'est pas rentré chez lui, que personne ne sait comment le joindre, il avait perdu son portable, il vit on ne sait comment, il prend des substances pourries s'il fait, on en sait rien vu qu'on n'a plus de ses nouvelles, il ne va même plus en cours, pourtant la coordonatrice qui le suit est prête à l'accompagner pour mettre en place un apprentissage qui lui convienne pour qu'il s'en sorte qu'il ne finisse pas comme le grand comme un clochard avec son clébard et son look de punk.

Maxime n'a que quinze ans et quand il récupère enfin ses affaires jetées dans un sac plastique dégueulasse, il a les larmes aux yeux. les salauds qui lui ont tiré son sac à dos n'ont pas pris sa carte d'identité, ni sa carte de bus. il reste encore une trace de lui sur cette terre..

11 mars 2014

la nouvelle...

voilà la nouvelle intitulée "douleurs et tremblements" telle que je l'avais écrite à l'époque et qu'on retrouve dans le fameux recueil :

 

Je me réveille en sursaut. Mon cœur bat à tout rompre. Décidément, ça devient une habitude. Cette peur du noir.

Je voudrais me retourner.  Dormir sur le ventre. J’adore dormir sur le ventre. Jambes écartées, à demi repliées.

J’appelle « Pete, tu es là ? » J’ai l’impression d’entendre un vague murmure : « Oui, ma Diane, je suis là. »

Ca fait trente ans que Pete et moi dormons ensemble. Je ne sais plus dormir sans lui. Sa peau. Son odeur. Lui.

Quelle heure peut-il bien être ? Je n’ai pas moyen de le savoir.

Allez Diane, fais un effort, rendors-toi, tu n’as que ça à faire.

Je pense à Joy. Ma Joy. Ma fille. Notre fille. Ma force, mon courage.

Elle va bientôt avoir vingt-six et un bébé aussi. Joy est enceinte. Je vais être grand-mère. Je lui ai demandé : « C’est une fille ou un garçon ? » Elle ne sait pas. Joy ne veut pas savoir, elle dit qu’elle préfère la surprise. Mais moi, je sais, je sens que ce sera une fille. Ma petite-fille.

Je vais être grand-mère. Je l’emmènerai au parc et on se fera des orgies de glace. Chocolat-pistache. Parce qu’elle sera comme moi, elle adorera la pistache. Comme Joy. Il y a des choses qui se transmettent de génération en génération, comme l’amour de la pistache. Mélangée au chocolat glacé fondant.

Quand elle était petite, Joy avait des jolies boucles qui entouraient son visage poupin. Je replonge dans ces images d’un autre temps. Je sais bien que ce n’est pas possible de revenir en arrière mais ces souvenirs me font du bien.

Je ferme les yeux. D’autres clichés viennent se superposer.

Celles d’enfants blessés, malades, démunis.

J’ai vu tellement des enfants en souffrance. Je ne pouvais accepter que la chair de ma chair ait mal. C’est pourquoi, nous avons choisi de n’avoir qu’un enfant. Joy. Une enfant « facile » comme on dit, très peu malade, une vraie joie de vivre. Pete et moi en étions fous.

Ici, à Concepcion, je suis venue faire une nouvelle expérience.

Dans un hôpital au « bout du monde ».

Je vois défiler des prisonniers. Des jeunes. Des adultes aussi.

L’autre jour - c’était quand déjà ? Trois jours ? Quatre jours ? – un homme a débarqué à l’hôpital  avec une blessure d’une profondeur d’au moins sept centimètres dans la zone hypogastrique de la paroi abdominale. Il n’était pas très vieux – comment s’appelait-il celui-là ? allez, Diane, fais fonctionner ta mémoire, il faut que tu retrouves son nom… Ra… Ramon, c’est ça ! Ouf ! Ma tête n’est pas trop engourdie encore ! – mais son état était bien grave. Une plaie à l’abdomen, une au bras. C’était un « comunero » qui faisait la grève de la faim.

Pas facile d’assister à tant de déserrence.  Je revois ses yeux cernés, son corps amaigri et cette plaie si profonde. Les médecins de l’hôpital ont réussi à saturer les deux blessures, mais j’ai compris que j’ai fait un choix délicat en venant au Chili.

Et puis, les enfants bien sûr. Je dois avouer que j’ai mal encaissé ces quatre enfants – ils n’avaient même pas deux ans – qui n’ont pas survécu aux diarrhées et vomissements dont ils étaient sujets. Ils n’ont pas été soignés à temps. Issus de la communauté indigène sawhoyamaxa qui vit à Santa Lisa, ils n’ont eu droit à aucun soin médical. Devant l’ampleur du problème, la cour interaméricaine des droits de l’homme a décidé que ces communautés ne pouvaient vivre sur des terres ancestrales et que les autorités du Paraguay avaient l’obligation légale de leur fournir des services de base visant à assurer leur survie, notamment des soins médicaux, de la nourriture et une eau potable saine. Drôle de pays.

 

J’ai mal au pied gauche. Ce n’est pas vraiment que ça me gratte mais c’est une douleur sourde. Mon pied s’endort. J’essaie de ne pas y penser.

Je voudrais me rappeler pourquoi j’ai accepté cette mission.

« Pete, je ne te l’ai pas dit depuis longtemps, mais je t’aime. Ca fait si longtemps maintenant que nous vivons côte à côte et j’en oublie souvent les mots qui cajolent et rendent heureux… »

Je me souviens de l’annonce. Un hôpital à Concepcion cherchait un médecin avec une spécialité de pédiatre. Concepcion… J’ai pensé au Christ, immédiatement. Je me demande ce qu’il fait en ce moment le Christ. Il doit être en vacances. Février, c’est l’époque du ski,  l’après Noël, le redoux qui s’annonce.  Ici, il fait beau. Je me suis souvent sentie fâchée contre ce Christ qui laisse les gens dans une telle misère physique. Les enfants surtout. Des innocents.

Je ne dois pas m’énerver. Je dois positiver.

Mary, c’est joli comme prénom. Ma grand-mère s’appelait Mary. C’était une femme formidable. Si douce et si courageuse. Elle me faisait tellement rire. Joy pourrait donner ce prénom à sa fille.

Voilà. Penser à ce petit bébé qui va arriver. Je lui achèterai son premier vélo. Sa première paire de patins à rouettes. Sa première robe de princesse aussi pour le carnaval. Avec des paillettes. Et un diadème aussi. Une vraie princesse. On ira au cinéma ensemble voir les films de Disney. Rien qu’elle et moi.

C’est ma grand-mère qui m’a appris à faire du vélo quand j’allais en vacances chez elle à Cromer. On allait sur le port voir les arrivées des pêcheurs. Je roulais à côté d’elle qui marchait. Et me surveillait du coin de l’œil.

Il fallait voir les crabes qu’ils sortaient fièrement de leurs cageots. Grand-mère Mary savait si bien les cuisiner. Hum… J’ai faim. C’est vrai j’avais oublié que j’avais faim. Mais là, ça ne sert à rien de me faire mal avec ça. Régime forcé ma petite dame. Je vais avoir une de ces lignes si je m’en sors.

Si je m’en sors.

Non, non, ne pas pleurer.

Je vais me mettre au yoga. Depuis le temps que j’en ai envie... Ca me ferait du bien. Je pourrais apprendre à gérer mes stress mes angoisses mes peurs.

Pour un peu, je regrette de ne pas m’y être mise plus tôt.

Apprendre à contrôler sa respiration, ses pensées. J’en aurais tellement besoin actuellement. Ce noir me terrifie. J’ai toujours eu cette peur de ce que je ne vois pas. Quand j’étais enfant je pensais avec effroi que la pire chose qui aurait pu m’arriver c’était d’être aveugle. Ma mère laissait toujours une veilleuse allumée à côté de mon lit. Sans cela, je ne pouvais m’endormir. Finalement, quand on n’a pas le choix on s’y fait. Dans ma tête je m’imagine la petite lumière près de moi. Ca va me rassurer. Il le faut !

 

« Diane Lackey, acceptez-vous de prendre pour époux Pete Waldon ici présent ? » Oui. J’ai dit oui et si c ‘était à refaire aujourd’hui encore je dirais oui. Repenser à ce magnifique jour… Je sens que je déraille, je dois me concentrer sur des beaux souvenirs tels que celui-là, sinon c’est sûr je vais devenir folle. Complètement folle. Ca fait combien de temps que ça dure tout cela ? Je suis bien incapable de le dire.

« Pete Waldon voulez-vous prendre pour épouse Diane Lackey, ici présente, de l’aimer, de l’honorer jusqu’à la fin de vos jours ? » Tu as dit oui aussi. Emu. J’entendais ma mère qui reniflait derrière nous. C’est d’un classique les larmes d’une mère au mariage de sa fille. Mais n’empêche, ça m’a touchée. Maman, tu ne serais pas à ton aise si tu me voyais aujourd’hui. Je crois qu’encore une fois, on te verrait pleurer. Tu étais tellement sensible.

J’entends les applaudissements de nos amis quand nous nous sommes embrassés après ce serment éternel.

Oui, je les entends aussi nettement que si c’était aujourd’hui. Mais non… ce ne sont pas des applaudissements. J’entends des coups. Il y a du bruit au-dessus de moi. Je ne dois pas m’emballer. Je dois rester calme me contrôler.

Les coups s’intensifient. Je voudrais crier. Je pousse l’air dans mes poumons, le peu d’air qu’il reste et je me concentre. J’ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Envie de pleurer. Je ne dois pas laisser passer ma chance, ah non, sinon, tout est fini pour moi.

Comment faire pour alerter de ma présence ?

Le bruit se précise. Je prie : Seigneur tout puissant je ne vous ai jamais rien demandé mais là je mets toute ma foi dans cette prière, laissez-moi vivre, laissez-moi revoir Joy et Mary qui va arriver. Et peu importe, même si c’est un garçon, laissez-moi être la grand-mère de cet enfant !

Il y a beaucoup de grabuge au-dessus de moi, j’entends des voix maintenant. Je veux croire que c’est bon signe. J’essaie à nouveau de crier mais une fois encore aucun sort ne se fait entendre. Comment faire ? Ne pas paniquer. Réfléchir si je le peux encore.

Tant que le bruit est là, je dois garder espoir.

Ca se rapproche. Je sentirais presque un filet d’air si je ne m’imaginais pas sombrer dans la folie. Mais oui, je sens un peu d’air. Je tente de tourner un peu ma tête. Bloquée. Shit ! Les voix encore. Des voix d’hommes.

« Je suis là, je vous en prie, sortez-moi de là… Venez me sauver, ne me laissez pas… »

Maintenant je vois un peu de lumière. La pression sur ma poitrine se relâche. C’est un miracle ! Je distingue plus nettement les paroles échangées.

Ces hommes recherchent des corps. Ils n’ont pas l’air convaincus d’y arriver. « Mais si ! Je suis là, messieurs, n’abandonnez pas, je suis là ! » Et toujours ma voix qui ne dit rien.

Le trou de lumière s’agrandit. Il faut que je me fasse entendre avant qu’ils ne décident de cesser leur recherche. J’entends un homme qui dit : « On arrête tout ! Depuis quatre jours, il n’y a plus aucune chance de sauver quiconque ! Peu d’espoir de retrouver des survivants… »

Je sens mon coeur qui lâche prise au-dedans. Tout est perdu. Ils vont me laisser crever sous terre, ensevelie par ce tremblement de terre qui a fait s’écrouler l’hôpital de Concepcion. Je n’ai plus qu’à me laisser mourir. Tout est fini.

« Non, attends, je vois un pied, là… regarde, je ne rêve pas, c’est bien un pied… je distingue des orteils… »

« Je ne donne pas cher de ce corps s’il y a vraiment quelqu’un en dessous… On risque de trouver un cadavre… »

Et là, je mobilise toute l’énergie que j’ai en moi, toute la volonté dont je n’ai jamais su faire preuve et j’ordonne à mon pied de bouger. A mes orteils de faire un mouvement.

« Si ! Regarde, il a bougé ! Le pied a bougé, j’en suis sûr ! Dépêchons-nous, il y a quelqu’un vivant sous ces décombres ! »

Merci, mon Dieu !

14 février 2014

Augustine

normalement, je ne le fais jamais, mais là, je ne peux résister.

Augustine se tricote dans l'ombre, sans savoir si un jour elle se retrouvera dans un livre mais elle me plait, cette intrépide.

et vous ? vous en pensez quoi ?

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10 février 2014

prose

voilà j'ai envoyé ma contribution au con cours "photo" de Robert Loï.

je ne peux pas récupérer la photo sur son site (elle est protégée) mais c'est une photo du mucem, magnifique nouveau musée marseillais..

ça fait à peu près ça, comme photo...

 

et voilà mon texte :

 

Je me souviens cette première fois.

Je t’ai vue.

Je ne sais plus bien pourquoi

Je me sentais perdu

L’âme en vrac, le cœur de guingois

Un peu mal foutu

Ce malaise qui laisse souvent sans voix

Et tout moment suspendu.

 

De l’autre côté de la fenêtre

Cette ombre dans l’immensité du ciel

Devant moi je dus l’admettre

Une évidence : mon essentiel.

J’en perdais mes sens et mes lettres

Je devins un bégaiement artériel

Tandis qu’en moi fondait ce bien-être

Une douce coulée de miel.

 

Je me souviens toujours de cette fois

Je t’ai reconnue

Une chaleur dans ce grand froid

J’aurais pu aller nu

Cette flèche, par l’ange tirée du carquois

Arrivée à sa cible, bien vu.

Rouge aux joues, battements en émoi

L’enveloppe corporelle disparue.

 

Il ne me reste de ce jour lointain

Qu’un souvenir aux couleurs fades

Un éclat qui s’est éteint

Une mécanique en marmelade

Tes boucles souples éclat châtain

Qui tombaient en cascade

S’enroulent encore ce n’est pas malin

Sur mon amour malade

 

 

Je me souviens enfin je crois

Je t’ai toujours sue

Parce qu’il n’y avait rien avant toi

Et depuis il n’y a plus

Je suis revenu tant de fois

Errer au coin de cette rue

Ce destin maudit sait se faire sournois

Aujourd’hui je t’ai perdue.

  

 

 

07 février 2014

partitude

il y a ces voyages où tu m'emportes, ces mirages où je me frotte, ces ailleurs où je flotte comme si l'impossible devenait possible, il y a tous ces instants où la vie est différente, ces croyances qui deviennent miennes, ces pas-à-pas qui me donnent la sensation d'avancer...

seulement...

hic et nunc...

19 janvier 2014

derrière la fenêtre

derrière la fenêtre les gouttes de pluie

et soudain une silhouette : lui

derrière la fenêtre si souvent l'absence

devient chaque jour une évidence

mais lorsque revient enfin le samedi

c'est un espoir qui refleurit

une lumière qui éclaire le carreau

et l'envie de le voir à nouveau

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(c) Rebecca Dautremer

 

12 janvier 2014

red peppers

il est sur la table, il danse.

il tourne sur lui-même en écartant les bras, son corps souple et tonique, son tee-shirt près du corps qui fait ressortir ses bras musclés.

il se moque des regards sur lui, il est bien, il est venu pour faire la fête, il en a marre des gens tristes, des gens avec des problèmes, il voudrait que tout soit joyeux et léger et festif pour tout le monde. il tourne, il rit, il danse.

bien longtemps après quand il s'approche du bar, il la voit. il s'arrête.

il ne bouge pas, il la regarde : vous êtes la femme la plus lumineuse de cette soirée.

elle sourit. elle n'a que faire des beaux discours, elle est venue passer la soirée avec ses amis et écouter de la musique. elle l'avait remarqué sur la table tout-à-l'heure. et même si elle l'avait trouvé très charmant, ça n'avait pas été plus loin.

il continue, gêné : ce n'est pas mon genre d'aborder les femmes ainsi, je ne vous ai pas reluquée, pas regardé vos fesses ni votre dégaine mais votre sourire... c'est incroyable, vous avez un sourire qui respire le bonheur.

elle est amusée. quel clown, celui-là...

- je suis certain qu'on doit avoir le même âge et j'aime votre sourire. je trouve que les gens ne savent plus être heureux. je voulais juste faire la fête ce soir, je me sens si bien. 

elle voit ses deux dents bien écartées sur le devant de sa bouche. elle pense à Vanessa Paradis. on appelle ça "les dents du bonheur". c'est dingue cette scission nette.

- je suis désolée, je m'en vais.

il n'en revient pas. juste au moment où il la rencontre, elle s'en va.

- non, restez !

-non.

très vite, ils échangent quelques mots, il essaie de la convaincre de rester, il parle de son boulot, sa fille, son goût pour le bonheur, il voudrait qu'elle le rappelle, elle ne le fera pas.

- je ne sais pas d'où ça vient, mais vous êtes la plus sublime de la soirée, je vous assure.

déjà elle est sortie.

il cogne ses poings sur le comptoir. quelle connerie la vie !


20 décembre 2013

le mauvais étage...

elle était seule comme chaque jour, plantée devant sa télévision, télécommande à portée de mains, télévision et télécommande étaient devenues ses meilleures amies, une tisane tiédasse à côté du canapé sur la petite table en bois.

ça faisait quelque temps qu'elle n'avait plus fait de malaise. elle se sentait bien. plus de palpitations, plus de  sol qui se dérobe sous ses pieds.

elle essayait de répondre aux questions que l'animateur posait aux candidats de son jeu préféré. et chaque bonne réponse lui décrochait un "ouais" joyeux. elle était encore vaillante la mamie, pour sûr.

 

il montait les escaliers quatre à quatre, suivi par trois collègues. "allez, les mecs, on se magne parce que la vieille madame Françoise, elle est hyper fragile et je ne voudrais pas la perdre." ils haletaient, ils accéléraient.

"madame Françoise, c'est Luc, vous m'ouvrez ?"

pas de réponse.

"putain, les gars, pourvu qu'on n'arrive pas trop tard !". et ils défoncèrent la porte.

il gisait sur le sol, inconscient, les yeux révulsés. 

"euh, elle est vraiment bizarre ta madame Françoise, elle va vraiment super mal dis donc, on dirait un mec !!"

monsieur Simon n'avait pas réussi à aller jusqu'au meuble de la cuisine pour prendre son médicament et il vivait ses dernières minutes, allongé sur le carrelage écru, immaculé.

"appelle le Samu, vite, il est en train de crever, là, le pauvre homme !"

"mais c'est qui, lui ?"

le jeune pompier se dirigea vers la porte d'entrée et regarda sur l'étiquette de la sonnette : Simon Marquis. et se rendant dans le couloir, il s'aperçut qu'il s'était simplement trompé d'étage. dans leur course folle, ils avaient grimpé un étage de trop.

lorsque le Samu eut pris en charge le pauvre monsieur Simon, il redescendit à l'étage inférieur et sonna chez madame Françoise.

"oui, j'arrive !" répondit-elle toute contente d'avoir une visite. lorsqu'elle découvrit le jeune pompier qui venait régulièrement prendre soin d'elle lorsque son alarme se mettait en route, elle s'étonna.

"vous allez bien madame Françoise ?"

"bien oui, mon petit Luc. qu'est-ce qui se passe ? je vais super bien en ce moment, une vraie damoiselle !!"

le pompier sourit, soulagé. vraiment soulagé. il l'aimait bien sa petite vieille...

"c'est votre alarme, apparemment, elle s'est déclenchée pour rien !"

 

ben cette histoire est vraiment arrivée. hier. et je trouve que c'est une belle magie de Noël qui s'est déroulée là ! parce que cinq minutes plus tard, le vieil homme "tait mort !

08 décembre 2013

entretiens 5

- il faut que je te dise, c'est trop fou, il faut que tu saches...

- waow, ça a l'air important ce que tu as à me dire..

- un truc de dingue, je t'assure...

- alors, vas-y, je t'écoute...

- tu sais toi, en ce moment, combien j'ai changé... le régime, le sport, la nouvelle coupe de cheveux...

- oui, c'est indéniable, tu es vraiment resplendissante... une autre femme !

- oui, eh bien, justement... l'autre jour, j'étais allée faire des courses et j'entends quelqu'un m'appeler par mon prénom... je me retourne et je me retrouve nez à nez avec un type qui était avec moi à la fac. je le badais à l'époque, il était hyper canon, toutes les filles le badaient d'ailleurs.. on faisait les TP ensemble, il était vachement sympa mais je n'aurais jamais imaginé être autre chose pour lui qu'une coéquipière de TP...

- et ?... je sens venir le truc...

- déjà, je ne l'ai pas reconnu de suite, alors que lui, il n'a pas hésité une seconde..

- oui, ça c'est vrai que c'est assez étonnant, vingt ans après....

- et là, il m'avoue qu'il était super amoureux de moi, qu'il n'a jamais réussi à me sortir de sa tête, qu'il s'est marié mais qu'il appelait sa femme par mon prénom et qu'ils ont fini par divorcer, que sa mère en a ras-le-bol de l'entendre encore parler de moi...

- non ! tu te moques de moi ?

- non, je t'assure c'est ce qu'il m'a dit. qu'il fait des rêves dans lesquels il espère me retrouver...

- c'est juste incroyable non ?

- c'est d'autant plus incroyable qu'il est toujours aussi beau, à tomber par terre, qu'il est ambassadeur ou je-ne-sais-quoi, attaché parlementaire ou.. enfin un truc juste dingue... il m'a dit qu'il veut me revoir, qu'il veut m'épouser, qu'il...

- euh... tu lui as dit que tu étais mariée ?

- oui, je l'ai averti immédiatement. évidemment j'étais hyper flattée mais il faut revenir à la réalité : je suis mariée.

- bon, donc il ne te reverra plus ?

- ben... il m'a fait envoyer une bague avec un super diamant avec un petit mot où il me demande encore de l'épouser...

- tu plaisantes ?

- je t'assure ! mais j'ai refusé le paquet, j'ai demandé au porteur qu'il le renvoie à l'expéditeur...

- tu as eu bien fait...

- oui, je ne veux pas de cadeau, pas de promesse, pas de paillettes dans les yeux...

- mais quoi alors ? tu tires un trait sur lui ?

- il m'a proposé de manger avec lui la semaine prochaine... il viendra me chercher en limousine et il organisera tout...

- tu sais quoi ? on dirait le scénario d'un film ton histoire...

- je sais, je ne cesse de me répéter que c'est trop beau pour être vrai mais je te jure que c'est vrai. il m'envoie des fleurs presque tous les jours depuis...

- tu vas accepter le repas ?

- oui, et je te raconterai... tu en penses quoi ?

- je trouves ça fabuleux. en même temps, tu es fabuleux. vivre ce genre de moments magiques, je sais à quel point c'est "marquant" dans une vie... alors, tu serais bien sotte de refuser mais... je ne sais pas... si vite, si soudainement...

- oui, je me dis la même chose, mais je t'assure qu'il est juste... extraordinaire !



"Une amie qui vous veut du bien" Entretiens avec CL2 livre I


22 novembre 2013

entretiens 4

- eh salut, ça va ?

- bof !

- qu'est-ce que tu as ? le boulot ?

- non, le boulot c'est full.. mais elle m'a quitté.

- encore ?

- oui, mais cette fois c'est définitif.

- il faut croire que ça ne devait pas coller touts les deux...

- non, mais attends, je l'aime cette fille, j'étais fou d'elle, je lui ai tant donné, elle m'a traité comme un chien...

- mais non, c'est juste qu'elle n'avait pas envie de ce que tu lui donnais...

- tu rigoles ? elle a tout pris oui... mais c'est fini, je ne serai plus gentil... marre d'être pris pour un con...

- alors là, pas d'accord, les vrais gentils comme toi, les femmes adorent... pas ceux qui se disent gentils et qui ne sont que de vils manipulateurs égoïstes, centrés sur leur nombril qui n'attendent que d'être caressés, flattés, remerciés, félicités.. toi, tu es un être profond, vraiment gentil, sincère... juste qu,'elle, elle n'avait pas besoin de ça...

- c'était une garce, une nuisible, je le sentais depuis le début, je n'aurais pas du m'enticher d'elle..

- pas du tout... juste vous n'étiez pas en accord, elle n'aime pas ce que tu es, mais cela ne veut pas dire que l'un ou l'autre soyez nuls, moches, cons, pas intéressants.. ce que tu es plaira à une autre femme... et puis, as-tu réfléchi à ce qui t'attirait vers elle si tu sentais pourtant que..

- oui, j'ai compris pourquoi... 

- donc, ne garde que le positif de cette histoire.

- quel positif ?

- ben déjà, le fait qu'elle te vire ça te permet de ne pas perdre du temps dans une histoire nulle, tu vois un jour tu lui diras merci...

- tu plaisantes ? si je cherche le positif de cette histoire, il n'y en a pas et si je t'écoute je dois juste me dire de ne plus jamais être gentil, sinon je suis trop con..

- mais non, tu as compris ce que je veux dire... ouvre ton coeur, va respirer dehors, tu crois que tu vas la croiser chez toi sur un coin de bureau ta future amoureuse ??? bouge-toi, les choses ne vont pas venir à toi toutes seules... tu crois que c'est en restant à pleurer que ça va changer la donne ? regarde-moi bon sang...

- tu as raison, il est temps que je réagisse... 

- il n'y a pas qu'une fille sur cette terre, loin s'en faut et tu es vraiment un mec bien...


"Une amie qui vous veut du bien" Entretiens avec TB. livre I

19 novembre 2013

48 heures pour écrire...

j'ai participé ce weekend à ce défi d'écrire une nouvelle en 48 heures, sur un thème dévoilé au dernier moment. même en direct de Strasbourg, l'inspiration a été au rendez-vous et ma nouvelle est partie... à temps.

ce n'est pas avec ça que je recevrai un jour le Goncourt, soit, mais j'aime bien les défis.

je vous tiendrai informés si d'aventure je gagne un prix... et même si je perds, tiens, allez...

Affiche-de-48-heures-pour-écrire-Edilivre-L.jpg

15 novembre 2013

entretiens 3

- je suis venue te dire que je m'en vais...

- hein ?

- oui, je m'en vais vivre ailleurs.

- mais ton nouvel appart ? et ton boulot ?

- mon nouvel appart a été livré avec des défauts, du coup je n'ai pas pu y habiter et là je viens juste d'avoir des indemnités de compensation mais les travaux ne sont pas finis... et pour le boulot, j'ai demandé une mutation, je croyais que ce serait long, j'ai eu un poste de suite....

- mais tu vas où ?

- dans les Bouches-du-Rhône...

- attends, tu vas vivre avec ton nouveau mec ?

- ouais..

- t'es sérieuse, ça ne fait que six mois...

- oui, mais tout s'est accéléré et je me dis que dans la vie si on prend pas de risques...

- et tes filles ?

- ça a été super dur pour elles, le changement de bahut, l'éloignement d'avec leurs copines, et puis avec lui ça n'est pas terrible, il n'a jamais eu d'enfants et il est hyper sévère, pas de facebook, ni portable ni télé chez lui.. les filles m'en ont beaucoup voulu, elles m'ont traitée d'égoïste, m'ont accusée de ne pas penser à elles.. je pense que ça finira par s'apaiser...

- et donc ? tu vas vivre chez lui...

- donc rien, j'y vais quand même. je vais vivre chez lui... si je ne pense pas à moi un peu, je le regretterai... je sentais qu'il était temps que je change de coin, de boulot, de...

- il est fiable ce mec ?

- je n'en sais rien, j'espère, ça ne fait que six mois, c'est un super bosseur, après..

- tu l'as connu comment déjà ?

- à une soirée salsa.. d'ailleurs c'est drôle depuis que je suis avec lui je ne fais plus ni salsa ni aucun sport, ça me manque si tu savais...

- ben, ça en fait quand même des points noirs, non ?

- laisse-moi essayer.. si ça foire, je rebondirai, mais j'ai envie d'essayer...

- alors, soit !

 

"Une amie qui vous veut du bien" Entretiens avec L. livre I

13 novembre 2013

entretiens 2

- alors ?

- laisse tomber, je ne sais plus quoi faire...

- comment ça ?

- j'ai fait des efforts, je t'assure parce que rien que de l'imaginer dans les bras d'une autre, ça me fout en rage, mais je n'en sais rien il y a comme un ressort de cassé. je pense que c'est l'orgueil qui me pousse à réagir pas l'amour..

- explique-toi..

- je ne voudrais pas qu'il aille voir ailleurs parce que ce serait injuste qu'il apporte à une autre ce qu'il ne me donne plus. tu vois ? qu'il fasse des efforts pour une inconnue et moi qui ai tout partagé avec lui, le meilleur comme le pire, il n'essaierait pas..

- mais toi, tu as essayé ?

- ouais, mais là, c'est mort, il me sort par les trous de nez, par les pores de la peau...

- à ce point ?

- je ne sais pas comment t'expliquer... quand j'avais vingt ans un type charmant comme lui, pas chiant, pas compliqué, je trouvais ça tellement agréable pour faire ma vie avec.ce n'était pas une passion dévorante, loin s'en faut, mais je le trouvais vraiment mignon...

- et maintenant ?

- va savoir... peut-être qu'en vieillissant, je deviens plus exigeante ou alors ça ne l'intéresse plus la vie de couple.. j'ai mes copines, mes enfants, mes occupations... le pied quoi !

- attends, je ne comprends pas.. ça fait six mois que tu viens me voir pour que je t'écoute déverser ton envie d'autre chose et tu me dis que finalement ta vie te convient comme ça ?

- en fait, ce qui me gonfle c'est d'avoir un homme chez moi, dans ma vie, dans mes pattes, et que ce ne soit pas pour rajouter à mon bien-être... je crois que je suis arrivée à un stade où je n'ai pas envie de m'encombrer de "choses" inutiles, de paramètres frustrants et insatisfaisants..

- eh bien, quitte-le..

- non, je ne peux pas...


"Une amie qui vous veut du bien" Entretiens avec C. livre I

09 novembre 2013

envol

 

je prendrai mon envol, un grand souffle d'air, je fermerai les yeux, pieds campés sur la terre, j'invoquerai les cieux pour qu'ils me rattrapent si je dérape, j'ouvrirai les bras, j'ouvrirai mon âme mes bronches et mon coeur, je laisserai l'air entrer, un peu, beaucoup, passionnément, je sentirai sa caresse sur mes joues, dans mon cou, sur mes seins... et quand plus rien ne me retiendra je me laisserai aller...

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photographie Louise Markise

entretiens

- c'est pas facile, tu sais..

elle me regarde avec ses yeux prêts à pleurer, sa mine fatiguée et ses boucles blondes qu'elle secoue dès qu'elle est contrairée. c'est-à-dire presque toujours.

- qu'est-ce qui n'est pas facile ?

- je vais avoir 43 ans, j'ai trois enfants et seule je ne m'en sortirai pas financièrement. et puis, qui voudra de moi à présent ?

- comment ça qui voudra de moi ?

- ben oui, je vois bien les copines autour de moi, pas facile de se recaser quand on est séparée...

- ah, parce que tu dois absolument te recaser ?

- absolument, absolument.... non, mais enfin je ne me vois pas vieillir toute seule quand même... alors si c'est pour accepter le premier connard qui passe juste pour dire...

- certes... mais lui, tu l'aimes ?

- j'en sais rien, t'es maligne toi. vingt ans de vie commune, on ne se pose plus la question, on vit côte à côte, on fait l'amour une fois quand on y pense, on ne se regarde plus vraiment.. tiens, par exemple il ne me dit jamais que je suis jolie, il s'en fout. c'est à peine s'il remarque quand je change de coiffure, quand je m'achète une nouvelle robe..

- et toi ? tu lui dis encore qu'il te plait ?

- ben... tu sais, il a grossi, il ne fait plus de sport, il rentre épuisé et crado du boulot, d'ailleurs il part tôt il rentre tard, il fume de plus en plus et moi je ne supporte plus cette odeur de cigarette, je trouve qu'il a un humour à la con, j'ai du mal à le supporter, son odeur même quand on s'endort ensemble je n'aime plus... le soir, il se cale devant la télé, regarde n'importe quelle connerie, moi je me pelotonne dans le fauteuil avec un bouquin, il n'aime pas aller au ciné, j'y vais avec les copines, ben tu le sais bien on y va ensemble la majeur partie du temps..

- et ?

- quoi "et" ? ben rien, je me demande ce qu'on fout ensemble, on ne partage rien, à part les soirées chez les copains où on picole et où on s'évite...

- tu vois, je ne te comprends pas... tu préfères ça à la solitude ?

- non.... non... mais quand même... être seule c'est tellement moche... 

- et vivre ce que tu vis, c'est cool ?

- non, tu as raison, mais pour toi c'est tellement facile..

- ah bon ? et pourquoi ?

- parce que... regarde-toi... tu as tout ce que tu veux..

- tu te trompes mais ce n'est pas le propos.. tu comptes faire quoi ?

- peut-être qu'il faudrait que j'essaie de le reséduire, que j'y mette du mien, que j'invente des surprises, que je le surprenne oui, justement... que...

- donc, ça doit venir de toi ?

- ben tu sais, lui, il n'a pas l'air d'être si mal que ça...

- alors essaie, oui, et on en reparlera...


"Une amie qui vous veut du bien" Entretiens avec C. livre I


08 novembre 2013

l'envol

"- Oui, répondit Jilano sans se formaliser de l'interruption. Et pas seulement parce que différencier l'amour de la passion ou d'une stupide attirance physique ou intellectuelle, est complexe. Une fois le choix d'aimer effectué, tout est en devenir. Tout reste à bâtir. Mon maître disait que l'amour est une voie au même titre que la voie des marchombres.

C'était la première fois que Jilano évoquait son maître. Ellana en oublia ses préoccupations pour boire les paroles du marchombre.

- Selon mon maître, leur plus grande similitude réside dans leur nature de voie. S'y engager n'a aucun sens si on n'est pas décidé à y progresser."


Le pacte des Marchombres. Ellana, l'envol.

02 novembre 2013

le voisin

il a garé sa voiture dans la rue, juste devant sa porte et en est sorti souplement. alors qu'il veut ouvrir la portière arrière pour décharger les affaires stockées à l'arrière, il s'arrête.

elle arrive dans la rue.

il ne bouge plus, la regarde.

elle se concentre pour avoir l'air absent, lutte pour ne pas rester fixée à son regard. mais au dedans, comme la première fois, l'uppercut lui a coupé le souffle.

il sourit.

- bonjour !

- bonjour !

elle répond, évasive. elle pense qu'elle est bien contente de le revoir, qu'il est vraiment charmant qu'elle espère que les anges seront cléments un jour, qu'il va falloir qu'il revienne plus souvent, que c'est la première fois qu'ils se font vraiment face comme ça...

elle lui sourit enfin et rentre chez elle.

elle préfère se dire qu'elle s'en fout.

29 octobre 2013

la nuit

" La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable – le temps
la nuit exige que cette nuit même,
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf
les empires, les Césars et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes."

Jorge Luis BorgesLe sommeil

24 octobre 2013

per-te

parce que je n'ai pas eu de père, je manquais de repères avec mes pairs et même mes impairs.

alors quand cet homme hors-pair, si pertinent, m'a percutée, j'ai quitté mon repaire, persuadée que ce serait pour perpette.

et j'ai perdu.

perdu.

Copyright Strobox (Cesar de la Hoz)

18 octobre 2013

e-Provence

elle marche pieds nus dans le thym, une douce odeur un peu âcre s'en dégage, l'odeur de son enfance, de ce temps où elle passait ses vacances chez ses grand-parents et courait après les lézards qui se faufilaient entre les pierres des restanques, elle regarde le soleil à travers la dentelle des feuilles d'oliviers, les fruits sont presque mûrs, petits ovoïdes verts qui s'accrochent fièrement aux branches basses, elle se dit qu'elle en a de la chance d'être là, avec ce soleil qui réchauffe son corps à cette période de l'année, qu'il fait si bon vivre là, elle se sent bien, un peu ivre, un peu grisée, mais juste bien, là, et nulle part ailleurs, là, juste bien.

l'homme s'approche d'elle, costume impeccable, chemise blanche que l'on croirait presque fluorescente tant le blanc est immaculé, un sourire Colgate aux lèvres. il s'approche d'elle, il avance tel un cowboy prêt à dégainer, sûr de lui, de sa réplique, de sa vie et de ce qu'il en a fait, on ne sent aucune remise en cause dans son chemin qu'il s'est tracé à coups de projets réussis.

il a un drôle de boîtier à la main, elle a la sensation qu'il va prendre sa commande, comme au fast food : et pour vous, ça sera quoi ? hamburger-frites-coca ? le menu classique...

et elle ne se trompe pas tant que ça, finalement, il appuie sur une touche, son sourire de grande surface bien polissé sur les lèvres, dents brillantes et blanches, à croire qu'il n'a jamais rien mangé de sa vie, celui-là, ou alors juste des gélules, comme ils le font tous pour garder cette ligne impeccable, il appuie sur une des touche du clavier miniature et le paysage disparait. elle n'a même pas le temps de respirer que le rideau se lève aussi vite que s'il avait le diable aux trousses, vuiiit, ça monte si vite si vite. et au même moment, le sol se dérobe sous ses pieds, ce n'est pas un tremblement de terre, non, ça ne ressemble pas à ça du tout mais sans qu'elle ait besoin de décoller ses pieds, l'herbe fraîche détale et les petits bosquets de thym frais aussi. il ne reste qu'un lino fade et froid, il ne reste que de vagues effluves de thym, les murs sont blancs, "encaladas", et l'homme au costume-chemise-dentifrice se tient devant elle, patient.

alors, vous voulez tester un autre paysage ?

non, ça va, elle en a assez vu comme ça. elle avait juste oublié que le bonheur ça n'existait plus pour de vrai, qu'on devait le commander et se le faire livrer en kit à installer chez soi. 

File:Paysage près de Vitrolles-en-Lubéron 4.JPG