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07 août 2010

bribes en conserves

- maman, je peux rapprocher mon coussin, si jamais j'ai peur ?

- pourquoi tu lis ce genre d'histoires aussi ?


- je ne suis pas ton frère, je ne peux pas t'aider

- je sais, nous ne nous connaissons pas.


- j'ai une excuse, je pars quelques jours

- moi aussi

- je ne voulais pas vous faire patienter plus


- je suis contente de te revoir par ici, on se retrouve bientôt ?

- il faut que je recommence à écrire


- est-ce que tu veux bien me donner de tes nouvelles ?

- je vais devenir infirmier-pompier, en réa pour polytraumatisés.

- ça ne sera pas trop dur ?

- je suis devenu fort.

- tu m'as manqué.


- tu n'as pas honte, indigne ?

- non, je bois une bière à notre santé !


- tu es la plus gentille des mamans

- on va partir tous les quatre.

 

- elle est belle cette photo, c'était quand ?

- mai 2009. le 30...

- c'est vrai je me souviens de cette robe noire...

 

- j'aime pas la peau des tomates

- j'aime pas la peau du poulet

- et ça vient de qui ça ?

06 août 2010

sieste

allongée dans l'herbe chaude

poires bien mûres

petit chat noir et blanc

les enfants jouent tout autour

ballon et cris joyeux

fugaces bonheurs d'août...

 

FEMMES NOIR ET BLANC

03 août 2010

courses

- dans ma tête j'ai 90 ans

- je ne suis pas une marionnette

- qu'est-ce qui m'attend demain ?

- brochettes ou merguez ?

- je ne veux pas que mon frère me voit ainsi...

- la rivière est froide mais quel bonheur !

- tu vas me manquer

- tu me manques déjà

- viens, partons loin tous les deux rien que tous les deux

- mal dormi

- mal au pied

- je sais

 

Femme

25 juillet 2010

libération

- je suis heureux avec toi. très. vraiment.

- arrête de me harceler.

- tu peux me couper les cheveux ?

- pourquoi tu t'embarques toujours dans des galères ?

- je ne fais rien comme les autres. toujours borderline...

- envie d'une cigarette.

- la littérature est aussi une drogue

- tu dis n'importe quoi, rien de comparable.

- et pourtant ça peut rendre fou aussi.

- tu veux un dessert ?

- juste un café...

Femme Sensuelle


23 juillet 2010

Eh Manu !

- coffee is ready

- j'ai mal au ventre

- j'ai été déçu par le concert d'hier soir

- pourquoi ?

- son merdique, artiste rodé, public pas enthousiaste

- j'ai rencontré une femme qui fait des massages ayurvédiques, elle m'a laissé sa carte

- j'en ai marre de bosser comme ça

- t'as bu trop de bière

- je ne voulais pas que tu fasses la vaisselle

- je ne veux que toi...

 

Femme Sensuelle

22 juillet 2010

secrets

- j'ai bien réfléchi à ce que tu m'as dit hier...

- il est trop bizarre ce film, je ne comprends pas le sens...

- est-ce que tu m'as déjà menti ?

- chut ! c'est pas le moment.

- réponds-moi...

- non.

- pourquoi ?

- je t'ai répondu. il faut que je promène mon chien.

- demain matin j'irai acheter des croissants. ça nous fera du bien de prendre le temps de déjeuner ensemble.

- c'est quoi ces hommes qui tournent autour de toi ? le premier qui te touche, je te préviens, c'est "crime passionnel" direct...

- tu n'as pas trop mal au pied ?

- demain matin j'aime mieux qu'on fasse l'amour...

- viens, j'ai sommeil...

 

Femme Noir et Blanc

21 juillet 2010

déchirure

- je vais m'en aller

- reviens s'il te plait

- je n'aime pas m'endormir avec de la musique à fond dans la maison

- je te connais au plus profond de toi

- je n'aime pas te voir fumer

- on a un bout de chemin à faire ensemble

- arrête de tout analyser, décider, poser, critiquer...

- alors, dégage, si vraiment ça ne va pas

- j'ai faim. je vais préparer des pâtes au basilic...

 

Femme Noir et Blanc

16 juillet 2010

matin

" je me suis réveillée en sursaut. sur mon dos en dessous de l'épaule gauche j'ai senti une brûlure.

comme le reste d'un baiser qui chauffait encore.

en bas de mes reins une vibration qui irradiait encore. un baiser, c'est ça.

quelle heure pouvait-il bien être ?

tu n'étais plus là. lit vide. maison calme. pas un seul bruit.

je me suis extraite de la chambre où la chaleur n'était pas encore étouffante mais où planaient des restes d'une nuit où deux corps mélangés avaient respiré. les restes de souffles entortillés.

le chien était allongé devant la porte. inerte. terrassé par la chaleur. ou trop vieux peut-être.

tu n'étais plus là. pièces vides. maison calme. pas un seul bruit.

j'ai pensé à tes yeux sombres si doux à tes mains longues si douces à ta peau lisse si douce...

le café m'attendait. la confiture et le pain aussi.

je n'ai pris le temps de rien.

la vie s'impatientait dehors, je m'y suis faufilée. en pensant à toi, pas là. à nous. à nos discussions sans fin. à nos avancées. nos sourires, nos bagarres d'enfants... "

Anne se réveilla en sursaut. cette voix de femme était encore venue la hanter cette nuit. elle ne comprenait pas pourquoi elle entendait cette voix dans ses songes, cette voix éraillée qui semblait si lointaine. et qui revenait de plus en plus souvent la visiter la nuit... et semblait s'adresser à quelqu'un. à un homme.

elle se dit qu'elle devrait peut-être écrire ce que la voix disait dans sa tête la nuit. elle se leva, prit une feuille blanche sur son bureau et se concentra sur les phrases qu'elle venait d'entendre.

laisser une trace.

parce qu'un jour peut-être, elle saurait...

14 juillet 2010

juste une photo de toi

il y avait cette photo postée contre l'ordinateur et la voix qui murmurait : écris !

ouais ben t'es malin toi mais ça ne vient pas comme ça. envie d'écrire de vraies belles choses moi.

l'instant d'avant le vent qui soufflait en bourrasques légères et rafraîchissantes dans son cou pendant qu'elle déambulait par les chemins villageois semblait lui envoyer le même message : maintenant c'est à toi, écris. moi je suis là, je reste près de toi quoi que tu fasses quoi que tu décides je te protège je t'accompagne alors écris.

elle allongeait ses jambes sous la table en plastique blanc et sentait son corps couler dans une molle sudation sous le soleil qui la réchauffait toute entière.

tout autour le calme. enfin. un silence qui n'augurait aucune organisation planifiée codifiée obligée.

d'abord j'enlève les majuscules et la ponctuation. je garde les points. point. je trouve des mots hauts en couleur.

non, j'écris une histoire glauque. du noir.

ou une histoire de bouffe. une nouvelle.

un conte pour enfants. du nouveau. fantaisie décalée.

je commence par où, je finis quoi ?

je vais où moi comme ça ?

elle fermait les yeux. les images affluaient dans sa tête sans même attendre une autorisation qu'elle ne se savait pas prête à donner.

"arrête de tricher, merdeuse"

eh oh ça va, tricheur toi-même. moi je suis encore là. pas toi.

comment il avait écrit le lecteur anonyme ? : je tiens à vous signaler qu'il m'est par contre tout à fait impossible de vous faire remonter le temps (pour une vague histoire de paradoxe temporel)

ben voilà on y était : impossible de faire marche arrière, il ne restait qu'à avancer.

et écrire.

sous peine de paradoxe temporel.

ben avec ça, elle était bien lotie...

allez courage, il allait bien venir ce best-seller qu'il attendait tant.

ben voyons...

 

13 juillet 2010

S.O.S. (fin)

Soupir.

Francine s’en doutait. Elle s’en doutait. Elle s’en doutait.

Il n’empêche que son cœur battait à tout rompre. Francine fermait les yeux. Qu’allait-on lui annoncer ? Une côte cassée ? Une épaule luxée ?

- Bénédicte Caligari est bien votre fille ?

- Oui… malheureusement.

Francine n’en revenait pas. De penser ça. De le penser vraiment.

Bénédicte et elle avaient toujours été tellement complices.

Et il avait fallu l’arrivée de ce Marco dans la vie de sa fille pour que leur relation se réduise à néant.

Et qu’elle n’ait plus envie de se comporter comme une mère avec sa fille.

Quelle connerie l’amour !

- Il va falloir faire vite. J’ai besoin de votre autorisation.

- Mon autorisation ? Mais pourquoi ?

- Pour sauver le bébé… Pour votre fille, on ne pourra malheureusement rien faire de plus, mais on peut encore sauver le bébé. Si vous acceptez de le prendre en charge ensuite…

- Mais quel bébé ?

- Celui qu’elle porte dans son ventre depuis huit mois. Et dont elle ne pourra s’occuper, je le crains. Elle a de multiples fractures aux côtes et le visage broyé. Son cœur respire à peine. On ne peut rien faire pour elle, je vous assure. Si ce n’est sauver le bébé.

12 juillet 2010

S.O.S. (4)

Marco avait appris la venue de Francine, s’était fâché et les coups avaient redoublé de violence.

Il surveillait sa « fiancée » de près et Bénédicte avait décidé de ne plus risquer sa peau pour quelques échanges téléphoniques anodins.

Anodins…

Francine encaissait tout sans réagir.

Persuadée qu’elle ne pouvait malheureusement pas grand-chose pour sa fille, elle avait vécu le même parcours, elle connaissait le fonctionnement de ces hommes-là et la détresse qui peut ravager la femme qui vit cela. Elle avait mis dix ans à se sortir de l’emprise « frappante » de son mari.

Le soir où il avait porté la main sur Marwin, elle n’avait pas supporté. Elle avait alors compris que le père de ses enfants avait dépassé les limites. Elle s’était enfuie, sa marmaille sous les bras et avait trouvé refuge chez une tante compatissante. Sa mère ne lui parlait plus…

Quand la sonnerie du téléphone retentit dans la nuit, elle sursauta si fort qu’elle en reversa son verre de lait.

C’était la seule boisson non alcoolisée qui calmait ses angoisses nocturnes.

Madame Caligari ?

Oui…

Madame Francine Caligari ?

Oui…

C’est l’hôpital de Draguignan.

10 juillet 2010

S.O.S. (3)

Et Francine avait commencé à avoir peur. Sérieusement peur.

Alors, bravant les interdits elle était partie voir sa fille. Elle l’avait trouvée tuméfiée, lèvres boursouflées, yeux gonflés et noircis.

Elle le savait.

Francine le savait depuis le début. Les histoires se reproduisent en cycles générationnels.

Ce n’était pas juste.

Bénédicte avait accepté de passer l’après-midi avec sa mère. Avait raconté qui était ce Marco.

Videur de boite de nuit depuis plusieurs années, Marco Balestra avait rencontré Bénédicte au cours d’une soirée festive organisée par les étudiantes infirmières.

Bénédicte avait accompagné ses copines dans cette boite de nuit branchée et avait certainement bu plus que de raison.

Lorsque Marco lui était tombé dessus, argumentant son attitude trop aguicheuse, Bénédicte avait ressenti la violence de ses coups de poing sur son visage au diapason de la violence des battements de son cœur qui  craquait pour l’homme fort et musclé qui la tabassait.

Francine écoutait, se retenant de pleurer. Pourquoi avait-il fallu que ça arrive à Bénédicte ? Elle avait déjà tellement donné, elle, quand elle était jeune femme et elle espérait en avoir suffisamment parlé pour éviter que le drame ne se reproduise.

Mais, obstinée, Bénédicte ne savait que lui répéter : Je l’aime, c’est l’homme de ma vie, tu sais, et puis il n’est pas toujours brutal. Juste quand il rentre fatigué et saoul. Ou qu’il est contrarié. Sinon, c’est un homme merveilleux  tellement attentionné et si amoureux aussi…

Ca, Francine n’en doutait pas, elle connaissait la chanson sur le bout des doigts.

Il lui avait sûrement dit également qu’il ne pouvait vivre sans elle, parce qu’elle était sa source d’équilibre et que grâce à elle, il allait changer et se contrôler.

Francine était repartie mortifiée ce soir-là. Mais Bénédicte l’avait convaincue de lui faire confiance, elle savait ce qu’elle faisait, elle n’était plus une enfant et elle allait faire sa vie avec Marco, quoi qu’on puisse lui dire.

Pour Francine l’attente avait pris sa place dans sa vie. Elle savait qu’un jour ou l’autre, le téléphone sonnerait. Elle croisait les doigts pour qu’il ne soit pas trop tard alors.

Depuis cinq mois, Bénédicte n’appelait plus.

04 juillet 2010

S.O.S. (2)

Là, Francine avait compris que sa fille ne lui avait pas tout dit.

- Maman, je te rappelle demain parce que c’est l’heure du bain des garçons. Je t’embrasse. Fort fort fort…

Silence à nouveau.

- Maman ?… Je t’aime.

Il avait fallu plusieurs appels pour que Francine obtienne enfin une réponse à cette question inlassablement répétée : Tu dors où ?

Bénédicte dormait chez Marco. C’était d’ailleurs Marco qui lui avait trouvé ce travail saisonnier. Pour qu’elle puisse le rejoindre.

Marco ? Mais qui était ce Marco ? Francine n’en avait jamais attendu parler au préalable.

Il avait fallu encore d’autres nombreux appels avant que Francine sache que Marco était plus vieux que Béné d’une dizaine d’années.

Mais la jeune femme de vingt ans vivait avec fierté cette différence d’âge. Dans le cœur de Francine de mauvais souvenirs avaient ressurgi et elle s’était mise à prier Dieu que rien ne recommence comme avant. Comme ce qu’elle avait vécu.

Et pourtant, elle avait un pressentiment qui grossissait dans son âme jusqu’à la faire vomir parfois. Malaise. Pressentiment.

Arrête, tu te rends malade pour rien. Ta fille va bien.

Même la tendresse de Gilles n’apaisait pas son trouble. Si cet homme était quelqu’un de bien, pourquoi sa fille faisait-elle tant de cachotteries. Elle ne savait que répéter qu’elle était follement amoureuse. Heureuse.

Amoureuse. Heureuse. Amoureuse.

Ces deux mots en boucle.

Comme pour mieux convaincre sa mère. Ou se convaincre elle.

Avec les semaines, les appels s’étaient espacés. Après tout Bénédicte était une femme à présent, elle vivait sa vie d’adulte et il était temps pour elle qu’elle s’éloigne des jupons de sa mère. Pourtant, Francine n’était pas dupe et quelque chose changeait dans le ton de sa voix. Bénédicte avait perdu son enthousiasme des premiers jours.

Et parfois, les mots sortaient difficilement comme coincés entre deux sanglots.

« Ma fille a le temps de se mettre avec un homme, de façon sérieuse, confiait Francine à Gilles quand elle n’arrivait plus à faire semblant que tout allait bien. Ce job saisonnier se termine dans un mois, même pas, et nous verrons bien où en sera leur histoire à ce moment-là… »

Mais après les deux mois écoulés, Bénédicte n’était pas redescendue les voir. Elle n’avait pas les moyens pour le moment, car finalement elle n’avait reçu que vingt euros pour son babysitting, les parents de Benjamin et Arthur ayant argumenté qu’elle avait été logée, nourrie et blanchie durant toute cette période et qu’elle avait même pu aller skier avec les enfants, à leurs frais.

La vérité c’est qu’ils étaient de bons amis de Marco et que Bénédicte n’avait pas osé broncher.

Mais du coup, elle était tributaire de ce Marco qui l’avait finalement accueillie chez lui.

Francine insistait : tu peux revenir avec nous, tu le sais, la maison est grande ouverte.

Mais Bénédicte n’avait qu’une réponse, invariablement : Marco était l’homme de sa vie, elle en était follement amoureuse.

Et puis, il y eut le silence.

Durant plus d’une semaine, Bénédicte n’avait plus donné signe de vie.

03 juillet 2010

S.O.S. (1)

Francine attendait dans la pénombre de sa chambre que le téléphone se décide à sonner. Chaque soir, c’était le même rituel : impossible de fermer l’œil de la nuit, elle attendait ce foutu appel.

Cela faisait huit mois que Bénédicte était partie de la maison. Elle avait trouvé un job saisonnier, avait-elle dit, fière de pouvoir enfin voler de ses propres ailes. Financièrement, tout du moins. Et le temps d’une saison, semblait-il.

Mais peu importe, Francine était contente de voir Bénédicte se bouger et prendre son destin en mains.

Ça, pour le prendre, elle l’avait pris.

Les premiers jours, elle appelait et rassurait sa mère avec sa voix enjouée et sa bonne humeur. Tout se passait à merveille, les gosses qu’elle gardait étaient vraiment adorables - remuants mais adorables ! - et puis, faire babysitter dans un chalet à la montagne, c’était quand même le pied ! D’accord elle ne pouvait pas skier la journée car elle devait surveiller les deux lascars qui n’étaient pas toujours de tout repos, mais elle espérait pouvoir négocier rapidement un week-end - un dimanche au moins ? - pour se faire plaisir sur les pistes.

- Il fait un temps splendide, maman, et Benjamin s’éclate sur la luge, si tu le voyais !

- Benjamin ?

- Oui, le plus petit des deux… Le grand skie déjà sur des patinettes et je dois garder l’œil ouvert car il n’attend qu’une chose : pouvoir se débrouiller seul. Ce dont il n’est absolument pas capable pour l’instant.

- Et toi ?

- Quoi moi ?

- Tu te plais là-bas ?

- Oh maman ! Je n’ai jamais été aussi heureuse.

- Mais tu dors où ?

Silence.

19 juin 2010

jambes de bois

les filles voudraient remarcher

avec leurs jambes de bois leur coeur démantibulé leurs viscères en plomb

elles écoutent des chansons tristes

pleurent en cachette

prennent des béquilles

elles courent musique dans les oreilles

cheveux au vent l'odeur des genets qui enivre

MP3 des enfants sur les oreilles

"le vide je vais le remplir

de bons ou de mauvais souvenirs

le vide je veux le remplir

avant que mon âme s'assèche et que je craque

je veux tout le silence et les promesses

le rigide et la souplesse

je veux tout l'anarchie et la sagesse

ton sourire et puis tes fesses

je veux tout toi et tous tes amis

pour tracer mes jours et mes nuits

sur les coeurs il n'y a pas de prix

je veux tout, tout de suite et ici..."

elles pensent à cette phrase de l'homme grand : il faut faire sa place au mal -mauvais ou souffrance- mais juste sa place, on ne doit pas laisser le mal tout envahir. il y a le reste aussi. la vie. celle qui existait avant ce mal, celle qui continue encore...

dans la tête des filles Balavoine répète comme dans Starmania : si on vit pas maintenant, après il sera trop tard.

alors elles marchent elles courent elles sautillent

en boitant

ou pas.

 

Femme


14 juin 2010

Dylan

j'entends du bruit devant ma porte. je frissonne. je n'aime pas la pénombre de ma chambre et savoir que la porte va s'ouvrir que je vais pouvoir jeter un oeil au dehors que je vais me reconnecter un instant seulement au monde extérieur me fait battre le coeur. mais j'ai peur.

que vont-ils me faire aujourd'hui ?

est-ce elle ?

est-ce lui ?

j'essaie de tenir ma mémoire éveillée. si j'ai bien compté on doit être mercredi.

parce que le mercredi c'est le jour où mon petit frère reste à la maison et elle vient toujours vérifier que je ne ferai pas de désordre que je me tiendrai tranquille. il pourrait y avoir des visites du passage et mes cris les dérangent.

forcément.

je crie encore.

je ne sais même plus pourquoi car personne n'entend jamais mais je crie.

il me dit que je suis un sauvage et que c'est pour cela qu'il m'enferme. il me donne des coups parce que les sauvages on le dresse dit-il.

la poignée tourne. ma tête aussi.

j'ai faim. enfin je crois. il y a si longtemps que j'ai faim que je ne sais même plus si c'est réellement pour cela que mon ventre se tord que ma bouche bave.

peut-être qu'ils ont raison que je ne suis qu'un sauvage.

quand la porte s'ouvre je sens la bouffée d'air qui pénètre dans ma chambre. l'odeur de pipi est devenue une habitude le pipi le renfermé le rance.

le silence.

hormis mes cris et les bruits du dehors que je guette.

une bouffée d'air où je décèle des odeurs de gâteau et de vie. une lumière qui m'aveugle un peu.

je ne me rappelle plus le goût des gâteaux je ne mange que du pain avec des pâtes et des restes de viandes secs. ou des morceaux de jambon bleuis.

je fais des boulettes avec la mie je la roule dans mes doigts j'en fais des boudins et je croque chaque petits rondins avec délice. comme s'il s'agissait d'une nourriture sacrée.

je me recroqueville sous mon lit. parce que je sais qu'elle va me dire que je suis sale et que je pus. et que je la dégoûte. et que je ne vaux rien que je ne suis qu'un sauvage.

elle va prendre cette voix de mépris qui me lacère les tripes. un jour pourtant elle m'a porté dans son ventre. elle a changé mes couches et endormi dans mon lit en chantant de douces chansons.

quand est-ce que tout a basculé ? je n'en sais rien. je ne sais plus.

depuis combien de temps je suis dans ma chambre ? mes tee-shirts sont devenus serrés et elle m'en veux.

- tu grandis trop vite. tu nous coûte cher. peut-être que tu devrais moins manger...

- j'ai faim.

et la première gifle tombe. je ne dois pas avoir faim. ni froid. nie envie de rien.

je retiens mon souffle je l'entends approcher.

- ohé ? il y a quelqu'un ici ?

ce n'est pas sa voix. c'est une voix d'homme. mais pas celle de l'homme qui donne des coups. une autre voix.

ils ont emmené quelqu'un d'autre. pour que les autres voient le petit sauvage qui bousille leur vie.

je vois un visage se profiler sous le lit. je voudrais devenir tout petit. c'est vrai j'aurais du moins manger.

une main large se tend.

- viens, sors de là, tu ne crains plus rien.

je ne bouge pas pas je ferme les yeux. je ne veux pas voir celui qui,me frappera tout à, l'heure.

- écoute petit, sors de là je ne te ferai rien.

ils disent toujours ça avant que les coups ne tombent. ou alors "tu l'as bien chercher, c'est de ta faute !"

je ne les crois plus.

et pourtant... quand l'homme m'extrait de sous le lit il a les yeux tristes et confiants. il me tend une paume amicale.

- tu ne crains plus rien ton calvaire est terminé désormais je vais te sortir de là.

je me suis peut-être trompé on n'est peut-être pas mercredi aujourd'hui...

 

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Dylan ne va plus à l'école depuis 3 ans, enfermé dans sa chambre et maltraité par ses parents.

10 juin 2010

courses

- bonjour madame la marchande

- bonjour madame

- aujourd'hui je voudrais... euh... des enfants tout charmants.

- hummm...

- bien polis.

- hummm...

- pas malades.

- hum hum...

- qui travaillent bien en classe. et qui m'aimeraient follement...

- hummm.... et ce sera tout ?

- non ! je voudrais également un travail fabuleux qui me ferait rêver et rire, grâce auquel je pourrai voyager et rencontrer d'autres enfants. et plein de gens. un travail sans réel horaire ni patron...

- hummm.... et là, ce sera tout ?

- non. vous plaisantez... j'aimerai également des amis. des femmes. des hommes...

- hummm...

- mais je veux dire : des femmes et des hommes aussi fous que moi, des tendres des sincères des rêveurs. qui connaîtraient les mots des dictionnaires et les autres aussi. qui vivraient dans de drôles de mondes...

- houlà ! c'est tout là peut-être ?

- euh... j'ai encore un peu de place dans mon cabas pour un homme aimant, une soeur merveilleuse et des fraises sucrées...

- hein ?

- c'est possible ?

- pour les fraises, j'en sais rien... je vais voir ce que je peux faire...

- vous me direz combien je vous dois ?

- une éternité de bonheur, quelques liasses de partages et des rires et sourires en menue monnaie...

03 juin 2010

pardon...

pardon... pour les mots non prononcés retenus tus, les moments oubliés gâchés foutus, pour les larmes qui ont coulé celles qui gonflent mes veines et celles qui noient mes nuits, pardon pour les actes manqués les secrets dévoilés les promesses envolées dans les airs comme des bulles de savon, pour les souffrances accumulées incontrôlées amplifiées, pardon pour les sourires qui n'ont pas zébré mes lèvres, les regards hargneux froids cruels, pardon pour mon orgueil déplacé ma fierté blessée et mes espoirs déçus, pour mes envies à peine voilées celles cachées et celles qui n'auront jamais le droit de percer, pardon pour nos corps enflammés, enlacés jamais rassasiés, pardon pour la cruauté de l'ignorance et la brûlure de l'absence, pardon pour mes impatiences enfantines trépignantes infidèles, mes incompréhensions de petite fille, mes révoltes d'adolescente, mes doutes de femme, pour mes colères parfois, mes abandons souvent, pour ces amis que j'ai du laisser tomber sans le vouloir et ce refus du pouvoir, pour mes luttes effrénées, les rides qui creusent mon visage, les années qui comptent au calendrier, pardon pour mes souvenirs ternis ceux jaunis enfouis ou détruits, pardon pour les mercis non murmurés et les pardons chuchotés, pour les messages nocturnes et ceux auxquels je ne réponds pas ou plus, pardon pour ces gens juste croisés ceux évités et ceux que je n'ai pas vus, pour mes longues conversations et mes incessantes questions, pour ma voix qui chante faux et mes tricheries par jeu, pardon pour mes victoires et mes échecs non acceptés, pour mes obstinations et mes rétractations, pardon pour mes croyances futiles mes loyautés chevaleresques mes histoires édulcorées, pardon à ceux que je déteste, ceux que je n'ai jamais aimés et ceux qui m'ont déçue, pardon pour mes ongles rongés et les cigarettes fumées, pardon pour nos souffles suspendus et nos soupirs éternels, pardon de ce que je n'ai pas dit pas fait ou pas quand il le fallait, pour mes bouderies et mes grimaces, pour mon amour infini et ma haine qui m'a déjà trahie, pardon pour les silences dans lesquels je me mure et mes yeux fermés, pardon pour mes réveils matinaux et mes caresses sans fin, pour mes certitudes non partagées, pour mes priorités, mes peurs si nombreuses, mon manque de confiance, ma force destabilisante, pardon pour mes chemins pas droits, mes parcours tortueux, mes changements et évolutions, mes dévotions, mes passions, mes illusions et désillusions, mes errances, mes exigences, mes silences mes errances mes silences...

 

Femme Noir et Blanc

photo trouvée sur le centerblog de Papillon1967

02 juin 2010

simplement

la vie n'est pas aussi simple qu'on le voudrait. ça on le savait...

je voudrais... ne pas voir mourir ceux que j'aime, ne pas en être malade au point de ne plus tenir debout, pouvoir à nouveau dormir la nuit, ne pas voir entrer Facebook dans mon foyer, ne pas écouter Justin Bieber même rien-qu'une-fois-s'il-te-plait-maman, ne pas dire "on fait une pause", ne pas voir les magouilles et abus d'un élu, ne pas voir les journées défiler sans avoir eu le temps d'écrire un peu, avoir le temps de voir mes ami(e)s, ne plus pleurer devant des photos, pouvoir remonter le temps même que quelques instants, je voudrais... faire ce que j'aime, tout comprendre tout le temps, voyager ici ou là, rencontrer des gens et puis les quitter, ne pas oublier toutes mes affaires, ne pas voir faner mes souvenirs ni mes plantes, fêter encore la fête des mères, ne plus avoir à faire le ménage, porter des chaussures à talons sans avoir d'ampoules, ne pas voir des piles de linges entassés dans les chambres des enfants... et tant d'autres choses encore...

 

Femme noir et blanc

15 mai 2010

avec mon panier...

- bonjour jolie dame rêvée, où allez-vous ainsi parée de mandarine écrasée, d'ébène en touches ça et là dispersées ?

- je me rends au marché, il paraît que les hommes y sont frais et les amours à savourer.

- serait-ce donc pour moi ce joli sourire ensoleillé, cette lumière en demi-teinte irisée, cette fossette à peine dissimulée ?

- pour vous ou celui d'à côté, celui qui aura envie d'en faire un bouquet et sans lassitude y glisser son nez, celui qui ouvrira ses mains sans danger, celui qui criera de cette soudaine liberté et sautera au ciel étoilé, celui qui timidement osera s'approcher et fourrer un baiser dans mon cou parfumé...

- jolie dame rêvée, laissez-moi approcher et enrouler autour de votre cou parfumé des baisers dorés, croquer au bout de vos lèvres les fruits sucrés.

- mon ami, assez palabrer, je suis pressée, et le marché va fermer si je n'y suis pas à point nommé, agissez ou laissez-moi donc passer sinon je vais me fâcher et sur vous laisser mon courroux s'énerver... et ne soyez pas désolé, je crois que vous l'avez bien cherché.

c'est vrai bientôt c'est l'été et les jolies dames rêvées pourraient être fatiguées de ces langueurs soupirées de ces envies calfeutrées de ces saveurs à peine dévoilées. quand l'été sera terminé qui viendra les dénicher ?


Femme Noir et Blanc